21 février 2007

M. Baudis : "La situation de l'IMA est pire que je ne l'imaginais"

M. Baudis : "La situation de l'IMA est pire que je ne l'imaginais"
LE MONDE | 19.02.07 | 16h51 • Mis à jour le 19.02.07 | 16h51


Dominique Baudis, qui vient de quitter son poste de président du Conseil supérieur de l'audiovisuel, a été nommé président de l'Institut du monde arabe (IMA), le 1er février, par le président de la République, en remplacement d'Yves Guéna, qui ne voulait pas aller au bout de son mandat, en juillet 2008. Inquiet de la situation financière de l'institut, il indique, dans un entretien, comment il compte redresser la maison.


Les nominations à la tête de l'IMA sont souvent politiques. La vôtre aussi ?
Ce lieu est politique, donc ma mission a aussi un caractère politique. Sans être partisane. Nos expositions, la bibliothèque, le musée, les conférences et les débats que nous organisons visent deux objectifs : intensifier les relations entre la France et les pays arabes ; participer au maintien d'une cohésion sociale pour les jeunes issus de l'immigration.
Ces Français doivent savoir que leur pays entend mettre en valeur la civilisation dont sont issus leurs parents ou leurs grands-parents et ne prend pas uniquement en compte les enfants de Gaulois.
En quoi votre nomination est-elle légitime ?
Le président de la République connaît mon intérêt pour le Proche-Orient. J'ai habité le Liban cinq ans, pays à partir duquel j'ai exercé mon métier de journaliste dans de nombreux pays arabes. Outre cette connaissance du terrain, j'ai des liens familiaux avec le Maghreb.
Vous connaissiez l'IMA ?
Je venais régulièrement aux expositions, j'ai participé à des conférences, et ma femme est une fidèle lectrice de la bibliothèque. J'aime ce lieu.
Dans quelle situation financière l'avez-vous trouvé ?
Elle est grave, pire que je ne l'imaginais. Au point d'avoir demandé huit jours de réflexion avant d'accepter ce poste. J'ai accepté parce que l'IMA est vivant. Avec un million de visiteurs par an, c'est une des institutions culturelles les plus fréquentées de France. Le personnel est compétent. Nous avons un taux d'autofinancement de 48 %. On fait rarement mieux !
Quel est le problème ?
L'IMA est une fondation financée par la France et par 21 pays arabes. Nous avons 23 millions d'euros de dépenses par an. La France nous donne 8,7 millions, les Etats arabes ont investi dans un fonds dont le capital nous rapporte 1,5 million. Ajoutons 10 millions de recettes propres. Il manque 3 millions d'euros par an en moyenne, pour boucler l'année. Notre dette cumulée est de 14 millions d'euros, sur laquelle nous payons des agios. Cette situation ne peut plus durer. Nous devons trouver un équilibre annuel, puis résorber la dette. Ma mission première est de pérenniser l'IMA. De gérer cette maison aussi bien que je l'ai fait à Toulouse quand j'y étais maire.
La France comblera toujours le trou...
Ce n'est pas mon tempérament de voir les choses ainsi.
Comment faire alors ?
Une solution serait de réduire la voilure. Mais l'IMA a déjà licencié 9 des 150 salariés en décembre 2006. Je ne souhaite donc pas sacrifier nos activités, même si certaines pourraient être réorientées. Mon désir est surtout d'aller de l'avant, alors que la maison est en panne. Il faut donc trouver de l'argent. Je vais proposer un contrat de trois ou quatre ans qui engage l'IMA, la France et les pays arabes concernés. Avec des objectifs assortis de moyens.
La contribution de la France, versée par le ministère des affaires étrangères, n'a pas bougé depuis dix-sept ans - elle a donc reculé. Je vais lui demander d'augmenter sa dotation de 3,5 millions d'euros. Les ministères de l'éducation et de la culture peuvent aussi nous aider. Nous accueillons chaque année 800 étudiants qui apprennent l'arabe et 1 500 classes dont près de la moitié viennent de la Seine-Saint-Denis. Nos expositions à succès - 300 000 entrées - participent au rayonnement culturel. Des comédiens, des chanteurs comme Jamel Debbouze, Faudel ou Khaled ont donné leurs premiers spectacles à l'IMA.
L'Etat va-t-il vous suivre ?
Laissez-moi un peu de temps avant de répondre.
Mais si l'IMA va mal, c'est d'abord parce que des pays arabes ne paient pas ?
C'est vrai pour certains pays, parfois depuis les premières années de l'IMA. Je dois renouer les contacts, discuter, dans le cadre du nouveau contrat que je veux établir.
Cela fait vingt ans que ça dure...
Ce n'est pas une raison pour rester inerte.
Des pays arabes font aussi pression sur la programmation de l'IMA pour des raisons politiques.
L'IMA n'est pas un office du tourisme, un bureau d'information ou le porte-voix de tel pays. Les pays arabes doivent se sentir chez eux à l'IMA, mais dans le dialogue et le pluralisme.
L'IMA aurait-il pu organiser un débat sur les caricatures de Mahomet ?
Je pense que oui.
Cherchez-vous de l'argent ailleurs ?
C'est central. Auprès de l'Union européenne, de collectivités locales françaises, d'entreprises. L'IMA doit aussi sortir de ses murs et essayer de créer un réseau avec les établissements similaires qui existent en Europe. A nous d'être plus visibles. La chaîne France 24 va lancer prochainement sa version arabe depuis l'IMA.
Le musée et la bibliothèque ne sont-ils pas essoufflés ?
Ils vont avoir vingt ans et doivent sans doute jouer un autre rôle. D'autant que de nouvelles institutions sont apparues depuis. Le Louvre développe un département des arts islamiques, le Musée du quai Branly a une large section tournée vers le Maghreb. Côté bibliothèque, la BNF est désormais installée à Tolbiac et la bibliothèque des Langues O doit bientôt ouvrir dans le même quartier.
Nous devons développer des synergies communes avec eux et redéfinir les missions de notre musée et de notre bibliothèque.
Comptez-vous vous présenter aux municipales à Toulouse en 2008 ?
Je ne réponds pas à une question sur Toulouse en tant que président de l'IMA.

Propos recueillis par Michel Guerrin et Emmanuel de Roux
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le financement de l'IMA
devaient, au départ, payer une cotisation calculée au prorata de leurs richesses, selon les critères de la Ligue arabe.
Capital. Certains membres de l'IMA étant "mauvais payeurs", Camille Cabana, président de l'institut de 1996 à 2002, a imaginé de demander aux débiteurs d'acquitter leurs dettes d'un coup, pour solde de tout compte, afin de constituer un capital dont les intérêts seraient versés à l'IMA. Ce capital devait atteindre 75 millions d'euros. Seuls 39 millions d'euros ont été réunis, certains membres ayant fait la sourde oreille.
Les mauvais payeurs. Parmi les Etats "déficients" se trouvent la Libye, qui doit 14,7 millions d'euros, l'Irak (13,2), le Soudan (2), le Yémen (1,7), la Somalie (1,3). L'Egypte (1,8) s'acquitte de sa dette par tranches.

Article paru dans l'édition du 20.02.07

En finir avec le multiculturalisme

En finir avec le multiculturalisme
LE MONDE | 19.02.07 | 14h39 • Mis à jour le 19.02.07 | 14h39


Les ennemis de la liberté se recrutent d'abord dans les sociétés libres, chez une partie des élites éclairées qui dénient le bénéfice des droits démocratiques au reste de l'humanité, voire à leurs compatriotes, si ceux-ci ont le malheur d'appartenir à une autre religion, à une autre ethnie. Il suffit pour s'en convaincre de lire deux écrits récents, le livre d'Ian Buruma On a tué Theo Van Gogh (Flammarion, 2006) et la critique de ce même livre par le journaliste et universitaire anglais Timothy Garton Ash parue dans le New York Review of Books.
Ian Buruma cache mal son agacement pour l'engagement de la députée néerlandaise d'origine somalienne Ayaan Hirsi Ali, amie de Theo Van Gogh, elle-même condamnée à mort et dont la critique du Coran l'embarrasse. Timothy Garton Ash est plus brutal encore : pour lui, apôtre du multiculturalisme, l'attitude d'Ayaan Hirsi Ali est à la fois irresponsable et contre-productive. Son verdict est implacable : " Ayaan Hirsi Ali est aujourd'hui une courageuse et légèrement simpliste fondamentaliste des Lumières."
Dans le cas précis d'Ayaan Hirsi Ali, elle-même excisée, vouée à un mariage forcé et qui s'est échappée d'Afrique pour trouver asile aux Pays-Bas, l'accusation est d'abord fausse : la différence entre elle et Mohammed Bouyeri, le meurtrier de Theo Van Gogh, c'est qu'elle n'a jamais préconisé le meurtre pour faire triompher ses idées. Les seules armes dont elle use sont la persuasion, la réfutation, le discours. On reste là dans le cercle de la raison raisonnable et non dans la pathologie du prosélytisme. L'espérance de faire reculer la tyrannie et la superstition ne semble pas relever d'une exaltation malsaine. Mais Ayaan Hirsi Ali a commis, aux yeux de nos gentils professeurs, un crime impardonnable : elle prend au sérieux les principes démocratiques.
Ian Buruma, non sans perfidie, dénie à Ayaan Hirsi Ali le droit de se référer à Voltaire : celui-ci aurait affronté l'une des institutions les plus puissantes de son temps, l'Eglise catholique, quand elle se contente d'offenser " une minorité vulnérable au coeur de l'Europe". C'est oublier que l'islam n'a pas de frontières : les communautés musulmanes du Vieux Monde qui s'adossent sur plus d'un milliard de croyants, traversés de courants divers, peuvent devenir l'aile avancée d'une offensive intégriste ou donner au contraire l'exemple d'une religiosité plus conforme à la mesure. Ce n'est pas une mince affaire, c'est même l'un des enjeux majeurs du XXIe siècle !
Isolée, promise à l'égorgement par les radicaux, contrainte de vivre entourée de gardes du corps, Ayaan Hirsi Ali doit en plus subir, comme Robert Redeker, ce professeur de philosophie français menacé de mort par des sites islamistes, les sarcasmes des grands esprits et des donneurs de leçon. Les défenseurs de la liberté seraient donc des fascistes, tandis que les fanatiques sont dépeints comme des victimes !
On oublie qu'il existe un despotisme des minorités rétives à l'assimilation si elle ne s'accompagne pas d'un statut d'extraterritorialité, de dérogations spéciales. On leur refuse ce qui a été notre privilège : le passage d'un monde à un autre, de la tradition à la modernité, de l'obéissance aveugle à la décision raisonnée. La protection des minorités implique aussi le droit pour les individus qui en font partie de s'en retirer sans dommage, par l'indifférence, l'athéisme, le mariage mixte, l'oubli des solidarités claniques ou familiales, de se forger un destin qui leur soit propre sans reproduire ce que leurs parents leur avaient légué.
La minorité ethnique, sexuelle, religieuse, régionale n'est souvent rien d'autre, en raison des offenses subies, qu'une petite nation rendue à son angélisme, chez qui le chauvinisme le plus outrancier n'est que l'expression d'un légitime amour-propre. Le chantage à la solidarité ethnique, religieuse, raciale, la dénonciation des apostats, des félons, des "bougnoules de service", des "Oncle Tom" et autres "Bounty" servent de rappel à l'ordre pour les récalcitrants éventuels et brisent leur aspiration à l'autonomie.
Il n'est donc pas surprenant que la réprimande de nos intellectuels s'exerce à l'endroit d'une Ayaan Hirsi Ali. Rien ne manque au tableau que Timothy Garton Ash dresse de la jeune femme, pas même un machisme suranné : seule la beauté de la parlementaire hollandaise, son côté glamour expliqueraient, selon lui, son succès médiatique et non la justesse de ses attaques. Timothy Garton Ash ne se demande pas si l'islamologue Tarik Ramadan auquel il adresse des dithyrambes enflammés ne doit pas lui aussi sa renommée à son physique de play-boy. Ayaan Hirsi Ali, il est vrai, déjoue les stéréotypes du politiquement correct en cours : Somalienne, elle proclame la supériorité de l'Europe sur cette région de l'Afrique ; femme, elle échappe au destin d'épouse et de mère ; musulmane, elle dénonce ouvertement l'arriération du Coran. Autant de clichés bafoués qui font d'elle une insoumise et non une de ces insurgées en toc comme nos sociétés en produisent à la pelle.
Les Lumières appartiennent au genre humain tout entier et non à quelques privilégiés nés en Europe ou en Amérique du Nord, qui se permettent en plus de les piétiner comme des enfants gâtés, d'en refuser la jouissance aux autres. S'il est un multiculturalisme légitime tant qu'il reste modéré, sa version anglo-saxonne n'est peut-être rien d'autre qu'un apartheid légal où l'on retrouve les accents attendris des riches expliquant aux pauvres que l'argent ne fait pas le bonheur : à nous les fardeaux de la liberté, de l'invention de soi, de l'égalité entre les sexes, à vous les joies de l'archaïsme, des abus reconvertis sous le beau nom de coutumes ancestrales, le mariage forcé, le voile, la polygamie.
Et si la dissidence des musulmans britanniques venait non seulement du rigorisme de leurs leaders, mais aussi de la perception confuse que les égards dont ils bénéficient de la part des autorités manifestent une forme subtile de dédain, comme si on les jugeait trop arriérés pour accéder aux bienfaits de la civilisation ?
Il existe enfin un argument qui milite contre le multiculturalisme pur et dur à la britannique : de l'aveu même des gouvernants, il ne marche pas. Non content d'avoir été pendant des années la terre d'asile du djihad, avec les conséquences dramatiques que l'on sait, le Royaume-Uni doit admettre, aujourd'hui, que son modèle social, fondé sur le communautarisme et le séparatisme, ne fonctionne plus. On a beaucoup raillé l'autoritarisme français lors du vote sur le voile islamique qui interdisait aux femmes et aux jeunes filles de le porter à l'école et dans les locaux administratifs.
Comment expliquer alors que, en Grande-Bretagne, en Hollande, en Allemagne, des responsables politiques, choqués par la généralisation de la burka ou du hidjab soient tentés à leur tour de légiférer sur ce sujet ? Les faits sont cruels pour les temporisateurs qui enjoignent l'Europe de se plier à l'islam plutôt que l'islam à la civilisation européenne : plus on cède au radicalisme des barbus, plus ils durcissent le ton.
A dire vrai, les positions d'Ian Buruma et de Timothy Garton Ash sont dans la droite ligne de leurs gouvernements américain et britannique (même s'ils les désapprouvent politiquement) : la faillite de George W. Bush et de Tony Blair dans leurs guerres contre la terreur vient aussi de ce qu'ils ont privilégié le terrain militaire au détriment du débat d'idées.
Or la mobilisation en faveur d'un islam européen éclairé est capitale : l'Europe peut devenir un modèle, un foyer de rayonnement pour la réforme de ce monothéisme dont on espère qu'il sera gagné un jour, à l'exemple de Vatican II pour les catholiques, par l'autocritique et l'examen de conscience. Encore faut-il ne pas se tromper d'interlocuteurs, ériger en amis de la tolérance des fondamentalistes qui usent de la dissimulation, investissent la gauche et l'intelligentsia pour avancer leurs pions et s'épargner l'épreuve de la laïcité.
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Pascal Bruckner est écrivain, essayiste. La version intégrale de ce texte est consultable sur le site : signandsight.com

Pascal Bruckner
Article paru dans l'édition du 20.02.07

16 février 2007

Feu vert pour le lycée musulman de Décines

Feu vert pour le lycée musulman de Décines

Frédéric Poignard (à Lyon).
Le Figaro, Publié le 15 février 2007

INFO LE FIGARO. Le tribunal administratif de Lyon considère que l'établissement peut ouvrir, en dépit des recours engagés par ses opposants.

L’opposition du recteur de l’académie de Lyon et sa saisine du conseil académique de l’éducation nationale ne faisaient pas obstacle à ce que le lycée Al Kindi de Décines, dans la banlieue de Lyon, ouvre ses portes à la rentrée scolaire dernière. C'est ce que vient de considérer le tribunal administratif de Lyon dans un jugement rendu public jeudi.

Second établissement musulman de France par sa taille, privé hors contrat, l’ouverture du lycée Al Kindi avait été contestée en août dernier. Pour des questions de sécurité, tout d'abord. Puis en raison d’une volte-face du déclarant du projet d’établissement, Zoubir Meddour, qui avait renoncé à ses fonctions de directeur.

En novembre, le conseil supérieur de l’Education avait renvoyé la décision dans le camp de la justice, estimant ne pouvoir refuser l’ouverture que pour des raisons d’hygiène ou de morale.

Jeudi, le tribunal administratif s’est basé sur le principe du régime déclaratif pour considérer que l’opposition ne faisait pas obstacle à l’ouverture de l’établissement à l’issue du délai d’appel d’un mois.

Contactés, les responsables du lycée Al Kindi, qui doivent s’exprimer vendredi, étudient les conditions qui pourraient leur permettre d'ouvrir leur établissement le plus rapidement possible, compte-tenu de l’avancée de l’année scolaire.

Le grand rabbin de Lyon condamne le mariage homosexuel

Le grand rabbin de Lyon condamne le mariage homosexuel

SOPHIE DE RAVINEL.
Le Figaro, Publié le 16 février 2007

Richard Wertenschlag se dit convaincu que la société française ne doit pas aller plus loin que le pacs.

« Les homosexuels ont des problèmes médicaux de type génétique ou des problèmes de pulsions. Il faut donc mettre des pa¬rapets, des limites, ou alors on de¬vient une société décadente avec des zoophiles et des pédophiles. » Interrogé par l'hebdomadaire Lyon¬capitale dans sa dernière édition, le grand rabbin de Lyon est entré avec fracas dans le débat sur le mariage homosexuel. Richard Wertenschlag se dit convaincu que la société française ne doit pas aller plus loin que le pacs, « qui est déjà une grande concession ». Co-initiateur d'une déclaration contre le mariage homosexuel, signée le 6 février par la plupart des responsables religieux locaux, ce grand rabbin conservateur, qui refuse de mettre les pieds dans une église ou un temple, a par ailleurs dé¬noncé la communauté protestan¬te. Guillaume de Clermont, président de l'Église réformée de Lyon, a en effet refusé de signer la déclaration car cette question lui semble « trop importante pour être prise en otage dans un débat préélectoral ». Pour le rabbin Werten¬schlag, la raison est à chercher ailleurs : « Ils ont des pasteurs homosexuels, c'est pour ça qu'ils n'ont pas signé. Ils ne voulaient pas créer des mouvements à l'intérieur de leur communauté. » Furieux, le pasteur Marcel Manoël, président de l'Église réformée de France a envoyé une lettre hier à Lyoncapitale. « Il est peut-être encore temps, s'est-il indigné, de refuser les conduites qui - de part et d'autre - refusent l'écoute et le respect de l'autre et qui, à coup de lobbying ou d'oukases, cherchent à fermer un débat. »

15 février 2007

A Tel-Aviv, juifs et catholiques débattent de la sécurité d'Israël

A Tel-Aviv, juifs et catholiques débattent de la sécurité d'Israël

LE MONDE | 13.02.07 | 15h20 • Mis à jour le 13.02.07 | 15h20
TEL-AVIV ENVOYÉ SPÉCIAL

Il est loin le temps où Mgr Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris converti du judaïsme, suscitait des débats houleux en Israël. En mars 2000, le voyage de Jean Paul II à Jérusalem a constitué un tournant. Mgr André Vingt-Trois, successeur du cardinal Lustiger à Paris, a été reçu, lundi 12 février à Tel-Aviv, avec les honneurs, par le gouvernement israélien. Initiative sans précédent, il conduit en Israël, pour quatre jours, un pèlerinage de 600 catholiques français.

Comment concilier sécurité et éthique ? Sur cette question au coeur des controverses israéliennes, l'archevêque de Paris a débattu, lundi soir, à l'université de Tel-Aviv, avec Schlomo Amar, grand rabbin d'Israël, et Isaac Herzog, ministre du tourisme. Mgr Vingt-Trois a réaffirmé la position de l'Eglise dans le conflit israélo-palestinien : "Le seul fondement de la sécurité est le respect de la justice. Sans justice, il ne peut y avoir de paix. Sans paix, il ne peut y avoir de sécurité." Si les religions n'ont pas de recettes politiques à donner, leur devoir, a-t-il insisté, est de rappeler que "le respect du droit passe par celui des droits de chaque peuple, ami ou ennemi".

La surprise est venue du grand rabbin séfarade d'Israël, habitué à des propos convenus mais qui n'a pas craint, cette fois, dans un amphithéâtre de près de mille personnes, de dire qu'Israël ne devait pas "perdre la tête pour sa sécurité". Pour lui, il y a des "rééquilibrages délicats" à opérer. "Les autres aussi ont besoin de sécurité, de vie, besoin d'exister", a-t-il déclaré.

Le dialogue entre l'Eglise et Israël, qui semblait tourner au ralenti, a témoigné à Tel-Aviv d'une nouvelle vigueur. Devant les journalistes français et israéliens, l'archevêque de Paris a déclaré que le dialogue des chrétiens avec les juifs, malgré les réticences, "passait obligatoirement par Israël". Et il a demandé aux catholiques de France de se mettre aux côtés de leurs compatriotes juifs "qui ont le sentiment de vivre une pandémie d'antisémitisme".

"PAROLES DE VÉRITÉ"

Président du Congrès juif mondial, le grand rabbin américain Israël Singer s'est aussi réjoui de cette "normalisation" du dialogue : "Ce n'est plus un dialogue de belles paroles. Nous échangeons des paroles de vérité, y compris sur des thèmes tabous comme l'éthique et la sécurité. L'Eglise est notre seul partenaire exemplaire dans le monde religieux", a-t-il déclaré.

Il reste que ce voyage suscite une irritation dans les communautés chrétiennes, propalestiniennes, d'Israël. Il a été organisé et pris en charge intégralement par le ministère israélien du tourisme, qui veut relancer les pèlerinages venant de France. "Voyage unilatéral, très malheureux dans le contexte actuel de souffrances du peuple palestinien", entend-on chez des catholiques locaux. Les organisateurs ont rectifié dans l'urgence les contours d'un pèlerinage qui les conduira aussi au patriarcat latin de Jérusalem, dans des communautés religieuses et dans les mairies palestiniennes de Bethléem, Beit Jala et Beit Sahour.

Henri Tincq
Article paru dans l'édition du 14.02.07

Nicolas Sarkozy retournera en banlieue, promet sa porte-parole

Nicolas Sarkozy retournera en banlieue, promet sa porte-parole

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 14.02.07 | 18h11 • Mis à jour le 14.02.07 | 18h23

La banlieue parisienne attend toujours une nouvelle visite de Nicolas Sarkozy. Depuis que le ministre de l'intérieur est devenu candidat officiel de l'UMP, le 14 janvier, les rumeurs vont bon train sur son "retour" dans un "quartier". Samedi 10 février, il a déprogrammé une rencontre sur la dalle d'Argenteuil. En octobre 2005, il y avait été "caillassé" et insulté par des jeunes, et avait assuré à une habitante qu'il allait débarrasser le quartier de ses "racailles". Il avait alors promis de revenir rapidement sur place.

Mercredi 14 février, Rachida Dati, porte-parole du candidat, a assuré que la volonté du ministre ne faiblissait pas. "On est allés (en banlieue) et on y retournera, les dates seront indiquées quand on ira", a-t-elle affirmé lors d'un point de presse au QG de campagne de M. Sarkozy. Elle a démenti les informations annonçant une visite mardi à Nanterre : "Hier il n'y avait pas de visite prévue." "Je devais y aller, c'est ce qui était prévu", a-t-elle dit, puisqu'elle s'est finalement rendue seule à l'invitation de l'association locale Zy'Va. Le président de cette association avait au contraire indiqué que Nicolas Sarkozy avait "annulé son déplacement au dernier moment".

"INSTRUMENTALISATION"

Mme Dati a accusé le Parti socialiste d'"instrumentaliser la venue en banlieue de Nicolas Sarkozy. Il y est allé à de nombreuses reprises en tant que ministre de l'intérieur" s'est-elle défendue, énumérant ses visites dans la banlieue du Havre, de Perpignan, Mulhouse, Orléans et Lyon, depuis son retour Place Beauvau en juin 2005.
Mardi soir, Nicolas Sarkozy s'est lui-même défendu en affirmant que ses projets de déplacement en banlieue ne se heurtaient à "aucune difficulté" mais qu'il n'entendait pas "faire un numéro" devant des caméras de télévision. "Je veux pouvoir le faire tranquillement et rencontrer les gens. Je ne suis pas non plus responsable de tout ce que dit parfois mon entourage", a-t-il ajouté. Un député UMP affirme mercredi matin dans Le Parisien que M. Sarkozy ne se rendra en banlieue qu'après avoir quitté son poste de ministre de l'intérieur, pour ne pas brouiller son image.

Nicolas Sarkozy cherche la bonne formule pour son retour sur la "dalle" d'Argenteuil

Nicolas Sarkozy cherche la bonne formule pour son retour sur la "dalle" d'Argenteuil

LE MONDE | 12.02.07 | 15h09 • Mis à jour le 12.02.07 | 15h09

Pierrette Chevalier a de la chance. Le 25 octobre 2005, elle a pu converser avec Nicolas Sarkozy, de son balcon avec vue imprenable sur le commissariat, au quatrième étage d'une petite tour d'Argenteuil (Val-d'Oise). Son mari, Yvon, la tenait par la manche en lui murmurant à l'oreille : "Arrête, ne lui parle pas, on va avoir des représailles." Mais Pierrette, 72 ans, est du genre bavard. "Bonjour, monsieur Sarkozy", a-t-elle osé, à l'adresse du ministre de l'intérieur, qui venait d'essuyer une bordée de "Sarko, on t'encule !", scandés par quelques dizaines de jeunes. Elle l'aime bien, Nicolas Sarkozy : "C'est du vif argent, ce gars-là, il faut l'aider !"
La réponse, c'est tout juste si elle l'a entendue. "Il s'est tourné vers moi et m'a dit : "n'ayez pas peur, on va vous débarrasser". C'est tout." Mais "débarrasser" de quoi ? Grâce aux images tournées par France 3, ce soir-là, on entend bien la réponse de M. Sarkozy : "Vous avez assez de cette bande de racailles... on va vous en débarrasser." Derrière son pas de porte, seize mois plus tard, Pierrette Chevalier peste. "Oubliez le terme racaille, ce n'est pas important. D'ailleurs, je ne l'ai pas dit. Il ne faut pas confondre jeunesse et racaille." Au lendemain de cette soirée mouvementée, mi-goguenard, mi-ennuyé, M. Sarkozy lâchait à un journaliste : "Puisque ma visite à Argenteuil a tellement plu, j'y retournerai."

"PAS LÀ POUR LÉCHER LES BOTTES DE SARKO"

Depuis, il n'a jamais remis les pieds sur la "dalle", cette vaste langue de béton qui traverse Argenteuil. On l'annonçait, samedi 10 février. Fausse alerte. "Il y reviendra, assure Rachida Dati, sa porte-parole. Rien ne s'oppose à ce que Nicolas Sarkozy se rende en banlieue. Depuis 2002, on a organisé plus de 500 déplacements du ministre, tout s'est toujours bien passé." Le 25 octobre 2005 ? "Rien à voir, ce n'était pas un déplacement, rétorque Mme Dati, mais l'inspection d'un dispositif de sécurité."

Une certitude : il ne viendra plus "inspecter" le commissariat d'Argenteuil. Il se sait attendu. "Il est venu chez nous pour nous insulter, dit aujourd'hui Pascal (le prénom a été changé), "racailles", dans sa bouche, ça ne passe pas. Qu'il vienne un samedi soir, ici, et le ghetto va se réveiller." Avec ses cinq copains, il tue le temps au pied d'une cage d'escalier. Ce n'est pas tant la personnalité du ministre qui le dérange que sa méthode : cette visite à l'improviste, à grand renfort d'uniformes galonnés et de caméras. "Parce qu'on veut bien lui parler, lui poser des questions. Il est courageux, quand même, assure-t-il. Et puis "Kärcher" (expression employée par M. Sarkozy le 20 juin 2005 à La Courneuve), ça m'a pas gêné. C'est vrai que c'est sale, à La Courneuve, plus sale qu'ici..."

Dans un coin, discret, Tarek Mouadane se marre. A 26 ans, il est le porte-parole de BBR (Bleu-blanc-rouge), une association montée en avril 2006 pour faciliter l'accès à l'emploi. Tarek Mouadane a une gueule et de la tchatche. Nicolas Sarkozy avait pu s'en rendre compte, lors de sa visite, lorsqu'il avait été abordé par cet histrion décomplexé. Depuis, ils ne se quittent plus. "Je ne suis pas là pour lécher les bottes de Sarko, dit le jeune homme, on n'est pas des marionnettes. Je ne travaille pas pour lui, mais avec lui. Si la gauche nous écoutait, on bosserait avec elle, pas de problèmes. Mais avec Sarko, c'est du gagnant-gagnant."

"JEUNES DE BANLIEUE SUR-MESURE"

Ses copains des cités le surnomment "Tarko", ça ne le dérange pas : "Je voudrais que Nicolas Sarkozy soit bien reçu à Argenteuil, que les jeunes du coin ne soient pas vus comme des animaux." Ça se déroulera dans un gymnase, une grande salle, avec des thèmes de discussion précis. "Pour l'instant, on n'est pas encore prêt", explique le leader de BBR.

En face, on se fâche. Faouzi Lamdaoui, le candidat socialiste pour les législatives, n'a de cesse de critiquer BBR : "Avec eux, Sarkozy s'est inventé des jeunes de banlieue sur-mesure. Il s'agit de figurants payés, une machination politique montée par Rachida Dati. Ils veulent faire un safari photo en banlieue." L'association a effectivement reçu, dans son berceau, une obole de 20 000 euros, ponctionnée sur les crédits de la politique de la ville. Deux de ses membres sont encartés à l'UMP, et son président travaille au conseil général des Hauts-de-Seine, dirigé par M. Sarkozy. "Comment voulez-vous qu'on les instrumentalise, répond Rachida Dati, sauf à dire qu'ils n'ont pas leur libre arbitre. Au niveau des crédits, tout est clair et transparent, il n'y a pas de financement direct."

A BBR, on s'insurge contre les accusations de M. Lamdaoui : "On bosse pour les jeunes d'ici, on a déjà obtenu des résultats pour une trentaine de personnes, avance Aziz Benhassni, la cheville ouvrière de BBR. On subit cette campagne électorale. Mme Dati, elle nous conseille, sans nous récupérer. Déjà qu'on galère pour se payer une cafetière malgré nos 20 000 euros..."

Pas d'affiche de Nicolas Sarkozy dans leur local, pas de réunions électorales. Simplement, le ministre leur a ouvert grand son carnet d'adresses, sans contrepartie, jurent-ils tous. Mais M. Sarkozy se trouve tout de même doté d'une tête de pont chez les jeunes d'Argenteuil. Du "gagnant-gagnant", pour revenir un jour dans la cité.

Gérard Davet
Article paru dans l'édition du 13.02.07

14 février 2007

Première condamnation pour discrimination à l'embauche sur critères d'âge

Première condamnation pour discrimination à l'embauche sur critères d'âge

AFP 13.02.07 | 11h45

Un cabinet de recrutement lyonnais, qui avait passé en août 2004 une offre d'emploi pour un chasseur de tête âgé "de 28 à 35 ans", a été condamné mardi à une amende de 500 euros avec sursis pour discrimination à l'embauche par le Tribunal de grande instance de Lyon.

Il s'agit de la première condamnation en France pour discrimination à l'embauche sur critères d'âge, selon l'association Apnée/Actuchômage, qui avait saisi la Halde (Haute Autorité de lutte contre les discriminations) sur une quarantaine d'annonces réservées à des catégories d'âge.

Poursuivi par un membre d'Apnée, ancien directeur des ressources humaines âgé de 45 ans au chômage depuis six ans, le gérant du cabinet F3S, a plaidé coupable et accepté la peine de 500 euros avec sursis, assortie d'un euro symbolique de dommages et intérêts, proposée par le procureur.

"Il y a eu une erreur de la part d'un des trois salariés du cabinet, qui a rédigé une offre contenant des critères d'âge", a reconnu l'avocate du cabinet, Me Isabelle Verlhac. "Cette annonce a été corrigée trois jours plus tard, et une note de service rappelant l'article L122-45 qui interdit les discriminations à l'embauche a été aussitôt diffusée", a-t-elle souligné.

"Je suis très heureux que la justice reconnaisse l'illégalité des annonces contenant un critère d'âge, et j'espère qu'au-delà de mon cas personnel, cela permettra à des chômeurs âgés de 40 ans et plus de défendre leur cas en entretien, sans discrimination préalable", a déclaré le plaignant, Vincent de Rocher.

Une première plainte déposée par le même chômeur avait abouti à une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité à Niort en octobre 2006, au cours de laquelle une consultante poursuivie pour une offre d'emploi dans les assurances s'était finalement refusée à plaider coupable. Elle a été renvoyée en correctionnelle.
Une troisième affaire du même type doit être jugée à Bordeaux le 5 mars.

D'autres parquets comme Paris, Rennes, Versailles et Créteil avaient classé ces plaintes sans suite.

Un groupe de sept chômeurs s'estimant discriminés en raison de leur âge avait saisi la Halde d'une quarantaine d'annonces stipulant des critères d'âge, et la Halde, reconnaissant le bien fondé de leur demande, avait transmis leurs plaintes à la justice.

La Halde, autorité administrative indépendante créée par la loi du 31 décembre 2004, peut être saisie par des personnes victimes de discriminations et peut, à son tour, saisir le parquet de faits constitutifs d'infractions pénales.

Obama à la conquête de la Maison-Blanche

Obama à la conquête de la Maison-Blanche

lefigaro.fr (avec AFP), Publié le 10 février 2007

Le sénateur démocrate Barack Obama a lancé officiellement samedi sa quête historique pour devenir en 2008 le premier président noir des Etats-Unis.

"Je suis devant vous aujourd'hui pour annoncer ma candidature à la présidence des Etats-Unis", a-t-il déclaré devant une foule de milliers de partisans à Springfield dans l’Illinois.

Barak Obama avait annoncé mi-janvier la formation d'un "comité exploratoire", qui lui avait permis de sonder le terrain. Il a finalement choisi de faire le grand saut.

"Je sais que je n'ai pas passé beaucoup de temps à connaître les méandres politiques de Washington. Mais j'y ai passé suffisamment de temps pour savoir que la façon de faire de la politique à Washington doit changer", a-t-il déclaré.

A 45 ans, avec pour principal bagage politique les deux premières années d'un mandat de sénateur, Obama est considéré comme le premier responsable noir à avoir des chances sérieuses à s'emparer de la Maison-Blanche.

Une campagne électorale ouverte

Obama va être désormais confronté à l’épreuve des élections primaires, qui permettront de désigner début 2008 le candidat démocrate à la présidentielle. Et le combat sera probablement difficile.

Sa principale adversaire est la sénatrice de New York, Hillary Clinton, qui dispose déjà d'un trésor de campagne considérable et d'une équipe de conseillers expérimentés, dont beaucoup ont travaillé avec son mari à la Maison Blanche entre 1993 et 2001.

Il sera aussi confronté à un autre adversaire de taille, John Edwards, l'ancien co-listier de John Kerry lors de la présidentielle 2004 qui avait également été son concurrent le plus dangereux lors des primaires.

Etoile montante de la politique outre-Atlantique, Obama fait le pari que les Américains veulent du changement et la fin des années d'affrontement à Washington entre démocrates et républicains.

Barack Obama, le Noir qui monte au firmament démocrate

GUILLEMETTE FAURE.
Le Figaro, Publié le 09 janvier 2007

À 45 ans, le sénateur de l'Illinois, qui compte sur l'attrait de la nouveauté, attend son heure.

« AVEC un nom pareil, il est foutu. » Kris Schultz se souvient de la première fois où elle a entendu parler de Barack Obama, en 2002. Consultante politique, elle plaignait sa collègue qui travaillait pour un candidat au Sénat dont le nom rimait avec Oussama. De l'avis général, quelqu'un dont le patronyme ressemblait à celui du commanditaire des méga-attentats du 11 septembre 2001 n'avait aucune chance de faire carrière en politique.

Deux ans plus tard, Barack Obama était élu sénateur, haut la main. Et aujourd'hui, Kris Schultz, qui a travaillé pour Al Gore en 2000, consacre, bénévolement, tout son temps à « Run Obama », un site Internet dont l'objectif est de convaincre le sénateur de 45 ans de se présenter aux présidentielles de 2008.

Une pétition recueille déjà 16 000 signatures. « On a organisé une soirée de levée de fonds », raconte-t-elle. Les dollars ramassés ont servi à financer un spot télé pressant Obama d'entrer dans la course à la Maison-Blanche. La publicité a été diffusée pendant les vacances de Noël sur les trois chaînes de télévision d'Honolulu : Barack Obama passait ses congés à Hawaii, où il est né.

« Je ne veux pas sembler mièvre, mais il dégage quelque chose de quasi spirituel de lui », avance Kris Schultz. Aux États-Unis, les médias ont trouvé un mot pour cet engouement : l'« obamania ». Ses deux livres sont en tête des ventes, un site Internet, Obamarama, suit ses faits et gestes, et sa virée en décembre dans le New Hampshire, État clé des primaires présidentielles, a charrié tous les journalistes politiques, comme si la campagne de 2008 battait déjà son comble.

Le vent de l'« obamania » se lève le soir du 27 juillet 2004. Devant les délégués démocrates rassemblés pour la Convention du parti, ce grand Noir inconnu tient un discours de réconciliation politique. Il n'y a pas « une Amérique rouge » des républicains et « une Amérique bleue » des démocrates. « On prie aussi dans les États bleus », dit-il et « on a aussi des amis homosexuels dans les États rouges », ajoute-t-il, cassant les stéréotypes socioculturels américains. Fils d'un étudiant kenyan marié à une fille de Blancs du Kansas qui partageaient « une foi infinie dans les possibilités de ce pays », il projette sur scène une image d'une Amérique multiraciale nettoyée de ses tensions, comme un Tiger Woods de la politique.

Des études à Harvard

Obama n'a pas le profil classique de l'homme politique noir. Il n'est pas issu du mouvement des droits civiques ou de l'Église. Fils d'un Africain, il a, comme son père, étudié à Harvard. Si sa femme, Michelle, passée elle aussi par Harvard, est une Noire de Chicago, son parcours à lui est plus proche de celui des immigrants que des Noirs américains. Il a grandi à Hawaii. Sa mère s'est remariée avec un Indonésien et il a des demi-frères et soeurs sur plusieurs continents. Dans son premier livre, Dreams from My Father, publié en 1995, il raconte que plus jeune, il était mal à l'aise lorsqu'un ami noir enrageait contre le racisme de la société blanche : « Nous n'étions pas dans le sud raciste, nous ne vivions pas dans des HLM sans chauffage d'Harlem ou du Bronx, mais à Hawaii. » Dans son dernier livre, The Audacity of Hope, il revient sur ces difficultés à se situer politiquement : « pas facile d'être un candidat noir », écrit-il.

Après des études de sciences politiques et de relations internationales, il va à Chicago travailler dans les quartiers en difficulté. Il reprend des études à Harvard, où il devient le premier Noir à présider la Harvard Law Review. À son retour en Illinois, il travaille pour un cabinet d'avocats et enseigne le droit. Il exerce trois mandats locaux, tente en 2000, sans succès, de se présenter au Congrès, avant de briguer un poste de sénateur d'Illinois, qu'il décroche en 2004 avec 70 % des voix.

Une victoire qu'il attribue à des coups de chance : un rival dont la candidature avait implosé après un scandale sexuel, un autre qui, chose rare aux États-Unis, ne l'attaqua jamais dans ses publicités. Barack Obama aime atténuer ses mérites. Dans son livre, il tourne en dérision la loi tacite « qui veut que mon nom dans un article soit précédé des mots»étoile montante* ». Il dit se méfier de l'engouement dont il bénéficie, conscient de « la rapidité à laquelle le processus peut s'inverser ».

Mais pour ses fans, s'il est allé dans le New Hamsphire, c'est bien qu'il songe à la présidence. Obama nourrit les rumeurs avec plaisir. En décembre, la chaîne de sport ESPN promet une grande annonce de sa part. « Ce soir, j'ai décidé de faire taire les doutes... déclare-t-il, très solennel, et je voudrais annoncer à Chicago et à l'Amérique que je suis prêt... » à soutenir l'équipe des Bears. Et de conclure sa parodie en enfilant la casquette de l'équipe de football local !

Rafraîchir le paysage politique

Obama refuse de commenter l'idée d'une candidature d'Hillary Clinton en 2008. Sa fan Kris Schultz suit la consigne. Elle se contente de dire que son candidat apporte « une nouvelle perspective » et qu'il faut rafraîchir le paysage politique. Les pro-Hillary font valoir qu'Obama, au Sénat depuis deux ans, manque d'expérience. Kris Schultz répète ce qu'avait répondu le sénateur à un journaliste : « Donald Rumsfeld et Dick Cheney avaient les meilleurs CV de Washington, et ils sont à l'origine du fiasco irakien. »

« Son inexpérience peut être un avantage, c'est l'attrait de la nouveauté », souligne le consultant démocrate Hank Sheinkopf. Élu en 2004, Obama a, notamment, échappé au vote de 2002 donnant au président Bush les pouvoirs d'envahir l'Irak. À l'époque, il avait critiqué « une guerre stupide ».

La lutte d'un village québécois contre le communautarisme

La lutte d'un village québécois contre le communautarisme

Hérouxville LUDOVIC HIRTZMANN.
Le Figaro, Publié le 13 février 2007

En interdisant l'excision et la lapidation, le bourg d'Hérouxville a choqué la Belle Province.

SITUÉE à mi-chemin entre Québec et Montréal, la petite bourgade d'Hérouxville, inconnue il y a peu encore, est désormais au centre de nombre de débats au Québec, où règne le politiquement correct. Le 27 janvier dernier, les conseillers municipaux de ce bourg de 1 338 habitants ont adopté des « normes de vie » à l'intention des futurs immigrants. « Nous considérons comme hors norme, est-il notamment écrit dans ce document de cinq pages téléchargeable, le fait de tuer les femmes par lapidation sur la place publique, de les faire brûler vives, les brûler avec de l'acide, les exciser. » Le port du voile est également proscrit.

À l'intérieur de la mairie balayée par le vent et la neige, Denise Cossette, conseillère municipale, prend la parole : « Nous sommes accueillants, mais nous ne sommes pas prêts à la lâcheté culturelle. » Les normes précisent ainsi qu'« aucune loi démocratiquement votée n'empêche une femme d'être soignée par un homme. Ni l'inverse ». Claude Veillant, un costaud, ancien policier, applaudit : « Si on ne fait pas de la prévoyance, on va se faire envahir. » Jusqu'ici, ce n'est pas vraiment le cas. Hérouxville, située à l'écart du monde, n'a attiré qu'une famille de Mauriciens, un Américain et un retraité français, invisibles ces temps-ci.

« Apprendre le Québec »

Le guide Apprendre le Québec n'en continue pas moins d'être distribué à la mairie aux immigrants lors de leur arrivée dans la Belle Province par le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles. Il rappelle que « le Québec est une société où l'accommodement, le compromis et la recherche de consensus sont privilégiés. L'ouverture à la diversité, la tolérance et le respect sont aussi des valeurs très importantes ». Ces « accommodements » de la société québécoise avec ses ethnies, repris par les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés, n'ont jamais été remis en cause pendant des décennies. Soumis légalement à un Canada multiculturel, mais tenté de s'affirmer, le Québec, catholique jusque dans les années 1960, peine cependant à définir aujourd'hui ses valeurs et à se positionner face à ses immigrants.

Ces derniers mois, les heurts se sont multipliés entre les Québécois de souche et les immigrants, à la suite d'accommodements, souvent religieux. Deux conseillers municipaux juifs de Montréal ont demandé l'ajournement des séances du conseil municipal pour respecter le shabbat. Les enfants musulmans de certaines écoles ont été dispensés de cours de musique, celle-ci ne convenant pas à une interprétation du Coran. Les petits sikhs ont obtenu le droit de porter le kirpan (petit poignard, NDLR) à l'école. « Pendant un certain temps, le peuple québécois n'a rien dit. Il faut que cela change, car aujourd'hui, à Montréal, le porc est interdit dans certaines garderies », tonne Luce Drouin, l'épouse du conseiller municipal André Drouin, à l'origine des « normes de vie ».

C'est en octobre qu'André Drouin a, pour la première fois, entendu parler des accommodements raisonnables (1). « Dans certaines piscines, les musulmans demandent que garçons et filles ne se baignent pas ensemble. Je me suis questionné sur ce que nous devrions faire si cela devait arriver à Hérouxville. Nous n'avons qu'une piscine et il n'est pas question d'en construire une deuxième pour de tels accommodements », s'insurge cet ancien ingénieur aujourd'hui retraité. Une opinion que partage la majorité des Hérouxvillois. Luc Paquin, propriétaire du restaurant Timothée, est un ancien cow-boy professionnel. À 44 ans, ce passionné de chevaux qui sert des « omelettes western », s'emporte contre les « accommodements déraisonnables ». Dans le salon de leur maison cossue du lac Castor, les Drouin ont placé trois crucifix, mais ils assurent : « Cela n'a pas de signification religieuse et fait partie de notre patrimoine, c'est tout. »

La démarche d'Hérouxville ne laisse personne indifférent au Québec. Plusieurs municipalités envisagent de se doter de « normes de vie » et demandent au gouvernement de légiférer. Le Congrès islamique canadien pense poursuivre la municipalité d'Hérouxville si celle-ci ne se rétracte pas. Si André Drouin balaie la menace de la main, l'ancien maire de la bourgade, Marc Lefebvre, s'inquiète, lui, des poursuites juridiques « d'organisations musulmanes ». L'affaire des accommodements raisonnables pourrait devenir l'un des enjeux majeurs de la campagne électorale qui se tiendra au Québec au printemps prochain. Le premier ministre, Jean Charest, a tout d'abord tenté de dédramatiser les choses : « Je pense que le cas d'Hérouxville est un cas isolé. » Mais il a ensuite estimé que le débat était allé trop loin. Entre-temps, Mario Dumont, le chef de l'Action démocratique du Québec, un parti populiste, avait compris tout le bénéfice qu'il pourrait tirer de cette situation : « La vraie dérive, a-t-il lancé, a eu lieu dans des accommodements déraison¬nables. Il faut voir Hérouxville comme un cri du coeur. »



(1) Au Québec, l'expression « accommodements raisonnables» désigne l'obligation juridique de tenir compte dans la mesure du possible des besoins particuliers, notamment religieux d'une personne.

Au Val-Fourré, Bayrou affiche sa différence

Au Val-Fourré, Bayrou affiche sa différence

PHILIPPE GOULLIAUD.
Le Figaro, Publié le 09 février 2007

Le président de l’UDF a défendu son projet pour les banlieues lors d’une visite àMantes-la-Jolie.

« C’EST UNE nouvelle France, mais c’est la France ! La France républicaine, qui demande qu’on lui fasse confiance. » Hier, au Val- Fourré, François Bayrou a dit se sentir à son aise dans ce quartier qui cumule les handicaps, et où on dénombre pas moins de 80 nationalités.

« Il y a des gens qui peuvent être dépaysés, mais moi pas. » Cette France des quartiers – il refuse le qualificatif de « métissée » qu’emploie Ségolène Royal –, a besoin « de compréhension et de bienveillance », affirme le candidat UDF. Elle veut « qu’on ne passe pas son temps à lui renvoyer des stéréotypes, du genre le mouton », a-t-il ajouté, en visant Nicolas Sarkozy.

Car en arpentant pendant plus d’une heure le marché du Val- Fourré, entouré d’une foule de journalistes, cameramen et photographes plus nombreuse que jamais, Bayrou avait à coeur de montrer qu’il est le bienvenu dans les banlieues. Contrairement à Sarkozy, supposé être persona non grata.

Ou encore à Jacques Chirac qui, au même endroit, en 2002, avait essuyé quelques crachats. « On peut dire ce que l’on veut, mais pas que Nicolas Sarkozy est en tête dans les banlieues, en tout cas pas sur le marché du Val-Fourré », a-t-il dit au micro de la radio associative locale Droit de Cité.

« Bienvenue chez nous ! »

De fait, hier, il y avait une chaleureuse effervescence autour de Bayrou. Dans un mélange de curiosité et de sympathie, d’intérêt pour sa démarche et de scepticisme sur son programme. « N’oubliez pas les cités ! », a lancé un très jeune garçon. « Bienvenue chez nous ! », « votez Bayrou ! », « bonne chance ! », lui ont dit certains passants.

Cet accueil n’a pas surpris Aziz Senni, qui lui servait de guide. Ce jeune chef d’entreprise, futur candidat aux législatives à Mantes-la-Jolie, est convaincu que la claque donnée par le président de l’UDF à un enfant qui lui faisait les poches, pendant la campagne de 2002, à Strasbourg, ne lui a pas nui.

« Dans les quartiers, dit-il, sa gifle a été perçue comme un geste de père de famille. » « Ce qui me plaît chez lui, c’est qu’il regarde dans les yeux. Il nous écoute. Mais entre écouter et agir, il y a une différence », a déclaré Farid, 22 ans, après avoir exposé ses difficultés à François Bayrou. « Ici, il y a tout qui manque, le travail, le logement. C’est tout à l’envers. »

Précisément, Bayrou est venu à Mantes-la-Jolie, pour défendre, sur le terrain, les idées présentées mercredi à Bordeaux : construction massive de logements sociaux pour assurer la mixité sociale, plan en faveur des transports en commun pour désenclaver les banlieues, service civique obligatoire de six mois, présence de l’État dans les zones défavorisées à travers la nomination de sous-préfets avec obligation de résidence, priorité à l’éducation, soutien scolaire.

Avec une attention particulière pour les « mamans » qui élèvent seules leurs enfants, au risque de se voir accusées d’être « démissionnaires, alors qu’elles sont abandonnées ».

Des personnalités très influentes dans l'économie

Des personnalités très influentes dans l'économie et les médias

J.-F.A. et L.L..
Le Figaro, Publié le 13 février 2007

Halle Berry, actrice

Revenus annuels* : 16 millions de dollars.

De toutes les femmes qui ¬soutiennent la candidature de Barack Obama, l'actrice Halle Berry (41 ans) est certainement la plus glamour. Pour que son favori soit le premier président noir des États-Unis, l'ex-Miss Teen Ohio se dit prête à verser des milliers de dollars mais aussi à ramasser les gobelets en carton par terre pour que le chemin sur son passage soit propre. Actrice à succès avec des block¬busters comme X-Men, la mythique James Bond girl black gagne aussi sa vie en étant l'image de Revlon et bientôt de la maison de couture Versace. Selon Forbes, elle est la soixante-cinquième personne la plus influente d'Hollywood, juste derrière Scarlett Johansson mais devant Cameron Diaz.

Ken Chenault, PDG d'American Express

Revenus annuels* : 18,8 millions de dollars.

C'est l'un des rares PDG ¬afro-américains de Wall Street. Entré chez AmEx en 1981 comme directeur du planning stratégique, Kenneth I. Chenault (54 ans) s'est fait remarquer en sauvant une division entière de l'entreprise, dans les années 1990, à un moment où elle était malmenée par ses concurrents Visa et ¬Mastercard auprès des consommateurs et boudée par les commerçants pour ses tarifs supérieurs. Nommé à la tête du groupe en 2001, il a dû gérer l'après-11 Septembre alors que les attentats avaient dévasté le siège d'AmEx. Il a réduit les effectifs et les coûts du groupe. Sympathisant ¬démocrate, il est aujourd'hui l'un des patrons américains les plus influents et les plus riches.

Stanley O'Neal, PDG de Merrill Lynch

Revenus annuels* : 48 millions de dollars.

À Wall Street, Stanley O'Neal (50 ans) dénote. Petit-fils d'esclave de l'Alabama, il a travaillé à la chaîne chez General Motors (GM). Le constructeur lui propose une bourse d'études. Il réussit au-delà de toute espérance, devient trésorier de GM, avant d'être recruté par le courtier Merrill Lynch en 1986. Il y franchit tous les échelons (en montrant qu'il sait réduire les coûts), jusqu'à la ¬présidence et direction du groupe en 2002. Il dirige une dizaine de milliers de courtiers qui brassent 1 600 milliards de dollars par an. En 2005, Merrill Lynch lui a attribué plus de 28,8 millions de dollars de stock-options, une prime ¬exceptionnelle de 18,5 millions, en plus d'un salaire de 700 000 dollars. En 2003, Stanley O'Neal a collecté des fonds pour George Bush.

Richard D. Parsons, PDG de Time Warner

Revenus annuels* : 10,64 millions de dollars.

Ancien conseiller du président républicain Gerald Ford à la ¬Maison-Blanche, cet « homme du président » reste une ¬personalité très écoutée. Richard D. Parsons (59 ans) siège, entre autres, aux conseils ¬ d'administration de Citigroup et d'Estée ¬Lauder. Arrivé à la tête de la ¬Warner au moment où les studios de cinéma tiraient la croissance du groupe, il doit aujourd'hui défendre ¬l'existence même de la société contre ¬certains actionnaires (tel le ¬financier Carl Icahn) qui veulent le scinder en quatre : le câble, l'édition, le cinéma et la télévision. Le bras de fer s'est terminé à son avantage mais Parsons a dû céder des actifs (l'édition, la ¬musique, ainsi qu'AOL en Europe).

Will Smith, acteur

Revenus annuels* : 25 millions de dollars

À l'affiche avec son jeune fils Jaden dans À la recherche du ¬bonheur, Will Smith (38 ans) est l'une des stars les plus ¬« bankable » de Hollywood. Avant le cinéma, Will Smith a débuté dans la musique. En 1990, ses albums de rap figuraient en tête des ventes aux États-Unis. ¬Attirés par son charisme, les producteurs de Hollywood ont commencé par lui confier des rôles dans des séries comme le Cosby Show puis Le Prince de Bel-Air. Au milieu des années 1990, il se lance au cinéma. Depuis dix ans, il est en tête du box-office avec Independance Day ou Men in Black. Grand admirateur de Barack Obama, il évoque le politicien dans chacune de ses interviews et se dit prêt à jouer et financer un film sur le candidat à la Maison-Blanche.



Oprah Winfrey, PDG de Harpo Productions

Revenus annuels* : 225 millions de dollars.

- Son influence est telle que ses admirateurs lui avaient demandé de se présenter à la Maison-Blanche. Préférant se consacrer à son empire basé à Chicago, Oprah Winfrey (52 ans) soutient le démocrate Barack Obama. À la tête d'une fortune évaluée par Forbes à 1,5 milliard de dollars, elle est la femme la plus riche du show-business américain. Son talk-show quotidien est regardé par neuf millions d'Américains. C'est sur son plateau que Jennifer Aniston est venue pleurer après sa rupture avec Brad Pitt. Ophrah Winfrey est avant tout une femme d'affaires avisée qui développe Harpo ¬Productions dans la presse, la radio, la production de films ou de comédies musicales à Broadway et sur Internet (oprah.com).

* Selon le classement Forbes pour 2005

La communauté noire au coeur des stratégies marketing

La communauté noire au coeur des stratégies marketing

Jean-François Arnaud, Charles Gautier et Léna Lutaud.
Le Figaro, Publié le 13 février 2007

Industriels et publicitaires ciblent de plus en plus les consommateurs noirs pour leur pouvoir d'achat, mais aussi parce qu'ils lancent les modes. Exemples.

LA SCÈNE se déroule dans les bureaux du département marketing du groupe de spiritueux Hennes. Les experts sont en train de débattre du nom d'un nouveau cognac qui doit être lancé sur le marché américain. « Plus clair, plus féminin, s'enthousiasment les stratèges, nous l'appellerons Pure Witz. » A priori, cela sonne bien, mais ce choix va s'avérer désastreux. C'est une mauvaise idée que de baptiser « blanc pur » l'un des alcools fétiches de la communauté noire américaine. Certains ont crié au racisme, ce qui est excessif, d'autres ont souri de cette bévue manifeste de marketing. Mais au final, les magnifiques flacons de Pure Witz ont connu un flop retentissant outre-Atlantique. Le cognac est pourtant devenu l'alcool communautaire des Noirs américains. « Nous ne pouvons que nous féliciter du succès de nos produits dans cette communauté qui aime les belles choses et finit toujours par être copiée par les autres », se félicite-t-on chez Martel, la prospère filiale du groupe Pernod Ricard qui possède plusieurs marques concurrentes et développe aux États-Unis un marketing très ciblé sur la communauté noire.

Une mésaventure similaire a touché le champagne de luxe Cristal de Roederer, devenu une sorte d'emblème de la culture hip-hop après que le très influent rappeur Jay-Z, à la fois chanteur, patron d'une maison de disques et d'une chaîne de discothèques, lui eut dédié une chanson.

Maladroitement, dans une inter¬view à un magazine économique au printemps dernier, le patron de la maison de champagne semblait douter de l'intérêt de devenir le champagne avec lequel les rappeurs new-yorkais arrosent des jeunes filles en discothèque. La réponse ne s'est pas fait attendre. Jay-Z a accusé le patron de Roederer de racisme et prononcé le boycott de la marque. Au¬jourd'hui on boit du Dom Pérignon chez Jay-Z, de quoi consoler le groupe LVMH qui possède cette marque ainsi que le cognac Pure White.

Dans un tout autre secteur, Chrysler va consacrer jusqu'à un quart de ses investissements de marketing (250 millions de dollars) pour toucher une audience multiculturelle. Contacté par le rappeur Snoop Dog pour posséder l'une des toutes premières Chrysler 300C, le patron allemand de DaimlerChrysler, Dieter Zetsche, a été d'abord un peu interloqué. Puis il s'est rendu à l'un de ses concerts à Detroit et a finalement décidé d'associer l'image de la berline au rappeur. On l'aperçoit d'ailleurs dans ses clips.

Deux tiers de la classe moyenne

Les géants de la beauté, Unilever, Procter & Gamble et L'Oréal s'intéressent aussi de près à cette communauté qui s'embourgeoise. Outre le rachat de deux marques spécialisées (Softheen et Carson), L'Oréal a investi dans un centre de recherche sur le cheveu crépu, frisé et défrisé à Chicago. Tous les grands groupes ont désormais des lignes de produits dédiées aux Afro-américaines. Iman, la mannequin épouse de David Bowie, a lancé sa ligne Iman cosmetics. Et pour cause : selon L'Oréal, la cliente « ethnique » dépense trois fois plus hors coiffure que les autres, et utilise neuf fois plus de produits capillaires.

Ces exemples donnent un aperçu du nouveau pouvoir des Afro-américains aux États-Unis. « Les Noirs constituent les deux tiers de la classe moyenne », analyse Nicole Bacharan, historienne spécialiste des États-Unis. « Les marques utilisent de plus en plus les célébrités noires pour se donner une image cool et moderne. » Même si la communauté noire reste très touchée par le chômage et la pauvreté, les regards se tournent en effet de plus en plus vers les nouveaux milliardaires noirs. Ce ne sont plus forcément des stars du basket ou de la musique. Dans le sport, ils ont conquis les disciplines des WASP (les protestants blancs d'origine anglosaxonne), comme le golf (Tiger Woods) et le tennis (les soeurs Williams). Dans les affaires, on ne comptait que six grands patrons noirs en 2000, ils sont dix-huit aujourd'hui, selon le magazine Black Enterprise. Et les Afro-américains avocats, médecins et chefs d'entreprise, de plus en plus nombreux, constituent une bourgeoisie qui ne vote pas forcément démocrate, mais défend les politiques de discrimination positive. Le métis Barack Obama, qui peine à se faire accepter des descendants d'esclave car lui-même est le fils d'un immigré kenyan et d'une blanche du Kansas, va devoir compter avec ces électeurs aussi courtisés qu'exigeants.

Derrière Obama, l'argent n'a pas de couleur

Derrière Obama, l'argent n'a pas de couleur

De notre correspondant à Washington PHILIPPE GÉLIE.
Le Figaro, Publié le 13 février 2007

Le sénateur noir attire les soutiens prestigieux et les contributions financières au-delà de sa communauté.

À L'AMORCE de sa campagne pour conquérir la Maison-Blanche, Barack Obama critique « la politique pourrie par l'argent et l'influence ». Mais, pour tenir sa promesse de « changer l'Amérique », le jeune sénateur noir de l'Illinois, qui a lancé samedi sa candidature, doit en passer par le système qu'il dénonce, et dans lequel il excelle.

Le potentiel de cette étoile montante de la politique américaine se calcule en billets verts. Pour son élection au Sénat en 2004, il avait levé près de 15 millions de dollars, provenant à plus de 90 % de donations individuelles. Il a de nouveau récolté plus de 16 millions pendant la campagne pour les législatives de novembre dernier, bien que son fauteuil n'ait pas été remis en jeu. Cela lui a permis de distribuer les prébendes et de nouer des alliances pour l'avenir. Dans la présidentielle, la barre est estimée à 100 millions de dollars pour aborder en bonne position les primaires dans un an. Hillary Clinton, qui part favorite dans le camp démocrate, serait capable de récolter 500 millions d'ici au scrutin de novembre 2008, record historique.

Soros, Clooney, Winfrey

De sa capacité de rivaliser dépendent en grande partie les chances d'Obama. Dès l'annonce de sa candidature, le milliardaire George Soros lui a versé 2 300 dollars, représentant la limite symbolique des donations individuelles. Surtout, il a organisé pour lui une collecte de fonds en invitant de riches financiers démocrates dans ses bureaux de New York. À Hollywood, les trois associés des studios Dreamworks, Steven Spielberg, Jeffrey Katzenberg et David Geffen feront de même le 20 février avec 200 de leurs amis. On y verra des stars comme George Clooney ou Barbra Streisand et des milliardaires comme Warren Buffett ou le magnat des médias Haim Saban. Mais il est trop tôt pour choisir son camp : on retrouve en général les mêmes derrière Hillary Clinton.

Lors de ces réunions de levées de fonds (fundraisings), l'écrasante majorité de l'assistance est blanche. D'après une étude, les Noirs et les Hispaniques ne représentaient que 1 % des contributeurs en 2000 (les Blancs 96 %). Obama, métis élevé à Hawaï, est capable de dépasser les clivages raciaux, mais il a aussi besoin du vote noir : selon un sondage CBS, celui-ci serait pour l'instant acquis à Hillary Clinton (52 %, contre 28 %). Certains leaders de la communauté afro-américaine ont beau mettre en doute sa « négritude », des personnalités noires ont pris son parti : la star de la télévision Oprah Winfrey, l'actrice Halle Berry, le fondateur du magazine Black Enterprise Earl Graves, l'éditrice des revues Ebony et Jet, Linda Johnson Rice, et d'autres, moins célèbres, mais capables de mobiliser les énergies et les générosités, comme les avocats de Los Angeles, Michael Lawson et Vivienne LaBorde, ou le gérant du fonds de placement Keel Capital, Godfrey Gill.

Les entreprises, elles, répartissent avec prudence - et souvent discrètement - leurs contributions entre plusieurs candidats. En 2005-2006, elles ne représentaient que 7 % des sommes collectées par le comité d'action politique d'Obama, Hopefund : 461 000 dollars provenaient de cabinets d'avocats et de lobbyistes, 370 000 dollars d'institutions financières et de fonds de placement, 150 000 dollars du secteur des médias et 109 000 dollars de groupes immobiliers. Les chiffres officiels des premières contributions ne seront publiés qu'en mars. Mais Obama a déjà innové en demandant à la Commission fédérale électorale (FEC) s'il pourrait éventuellement revenir au système de financement public pour l'élection générale (plafonné à 85 millions de dollars), après y avoir renoncé pour les primaires.

13 février 2007

Barack Obama lance officiellement sa candidature à la Maison Blanche

Barack Obama lance officiellement sa candidature à la Maison Blanche

LEMONDE.FR avec Reuters et AFP | 10.02.07 | 19h37 • Mis à jour le 12.02.07 | 10h57

Le sénateur Barack Obama avait annoncé, mi-janvier, la formation d'un "comité exploratoire" qui lui avait permis de sonder le terrain ; il a finalement choisi de faire le grand saut, en annonçant officiellement sa candidature à la Maison Blanche, samedi 10 février.

"Je suis devant vous aujourd'hui pour annoncer ma candidature à la présidence des Etats-Unis", a-t-il déclaré devant une foule de milliers de partisans à Springfield, dans l'Illinois. "J'admets qu'il y a une certain présomption, une certaine audace, à faire cette annonce. Je sais que je n'ai pas passé beaucoup de temps à connaître les méandres politiques de Washington. Mais j'y ai passé suffisamment de temps pour savoir que la façon de faire de la politique à Washington doit changer", a-t-il souligné.

Alors que ses détracteurs mettent en cause son manque d'expérience, le sénateur a décidé de faire de sa jeunesse (il a 45 ans) un atout. Rappelant à la foule que les Etats-Unis avaient surmonté de nombreux défis, de la guerre d'Indépendance à la Grande Dépression en passant par la guerre de Sécession, il a lancé : "A chaque fois, une nouvelle génération s'est levée et a fait ce qu'il fallait faire. Aujourd'hui, on nous appelle. C'est au tour de notre génération de se lever." Avant de dresser la liste des défis que le pays doit affronter : "une guerre qui n'en finit pas, une dépendance au pétrole qui menace notre avenir, des écoles où trop d'enfants n'apprennent pas et des familles qui ont des difficultés financières alors qu'elles travaillent dur".

M. Obama s'est longuement exprimé sur la guerre en Irak, qu'il a d'ores et déjà placé au cœur de sa campagne. "Il est temps de tourner la page, a-t-il dit, il est temps de commencer à ramener nos soldats à la maison. Faire savoir aux Irakiens que nous ne resterons pas pour toujours dans leur pays est le seul espoir que nous avons d'amener chiites et sunnites à la table des négociations."

Son positionnement clair sur l'Irak pourrait lui permettre de rallier nombre de voix au sein du Parti démocrate. Il s'est d'ores et déjà hissé rapidement parmi les favoris, avec John Edwards et Hillary Clinton. Après le lancement officiel de sa candidature, il doit se rendre dans l'Iowa et le New Hampshire, environ un an avant la primaire démocrate dans ces deux Etats.

Surdiplômées et sous-payées

Surdiplômées et sous-payées

Par Urmila JAGANNATHAN
QUOTIDIEN : lundi 12 février 2007

On a beau le savoir, les chiffres sont toujours aussi frappants. Même parmi les diplômés des meilleures écoles de France, les femmes sont discriminées : selon un sondage Ipsos (réalisé du 15 septembre au 10 novembre 2006, auprès de 7 233 diplômées), en moyenne, leur salaire n'atteint jamais celui de leurs homologues masculins. En fin de carrière, les femmes issues des grandes écoles touchent des salaires inférieurs de 24 % à celui des hommes. Et l'écart est déjà très prononcé en tout début de carrière : la dernière ligne des fiches de paie des hommes de 30 ans ou moins est supérieure de 18 % à celles des femmes.

Le sondage, présenté mercredi par Grandes Ecoles au féminin (GEF), une association regroupant neuf grandes écoles françaises (de l'ENA à HEC ou Polytechnique), ne concerne certes que 0,5 % de la population active : l'élite la plus diplômée. Des résultats surprenants car concernant une population homogène. Ils montrent que le niveau de responsabilité et les salaires sont les terrains des plus grandes inégalités. Les résultats de l'enquête abolissent les clichés sur l'origine des disparités dans la vie professionnelle ¬ que ce soit dans le privé ou dans la fonction publique. La maternité et une mobilité réduite seraient des facteurs surestimés. La quasi totalité (96 %) des mères d'un ou deux enfants de moins de 3 ans continuent à travailler. Elles effectuent 50 heures en moyenne, un taux comparable à leurs collègues hommes. Même si elles le pouvaient matériellement, elles ne renonceraient pas à leur vie active. Et elles effectuent presque autant de déplacements que les hommes et une large majorité se dit prête à aller travailler à l'étranger (76 % pour les femmes contre 83 % pour les hommes).

Selon les femmes elles-mêmes, les freins à leur promotion viendraient des différences de comportement : quatre femmes sur dix estiment qu'elles demandent moins d'augmentation et qu'elles ne savent pas mettre en avant leur travail. Elles disent avoir moins le goût du pouvoir que les hommes et ne pas profiter de leurs réseaux informels. Cette attitude est moins identifiée, selon Véronique Préaux-Cobti, la présidente de GEF. «Elle met en évidence une des raisons de ces différences. Les femmes la reconnaissent, alors que la majorité des hommes ne la perçoivent pas.» Comment lutter contre une inégalité homme-femme ressentie surtout par les femmes ? GEF tâche d' «éclairer la réalité» . De sensibiliser et de rendre visibles les handicaps des parcours féminins dans le monde du travail. Une campagne en direction des médias et des directeurs des ressources humaines est prévue. Surtout auprès des futurs diplômés avant leur entrée dans la vie professionnelle. Pour qu'ils ne reproduisent pas le vieux schéma.

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Jean-Marie Le Pen replace l'immigration au centre des débats

Jean-Marie Le Pen replace l'immigration au centre des débats

LEMONDE.FR avec AFP | 13.02.07 | 08h49 • Mis à jour le 13.02.07 | 10h55

Le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, était l'invité de l'émission sur TF1 "J'ai une question à vous poser", lundi 12 février. Il a été interrogé par un échantillon représentatif de cent Français sélectionnés par la Sofres. A plusieurs reprises, il a nié être raciste ou xénophobe, tout en soulignant le risque de "submersion" de la population française par l'immigration.

"Je ne suis pas raciste", et "je l'ai démontré, non pas par des déclarations, mais par des actes", a déclaré M. Le Pen en réponse à Stéphane, un carreleur de 35 ans, qui s'était dit "révulsé" par le racisme. Et le candidat de souligner qu'à trois reprises au moins dans sa carrière politique, il a présenté aux élections des candidats noir ou d'origine arabe, qu'un couple noir a élevé ses enfants, et que "pendant l'intervention de la France à Suez, [il a] enterré des morts égyptiens selon la règle musulmane".

PAS "XÉNOPHOBE", MAIS "FRANCOPHILE"

Le candidat a répété, plus tard, qu'il n'était pas "xénophobe" mais "francophile". Il a rappelé qu'il était pour la "préférence nationale", que "tous les pays du monde pratiquent". "S'il n'y a pas de travail chez nous" pour les immigrés, "il faut qu'ils retournent chez eux", d'autant que "la plupart d'entre eux ne nous ont pas demandé l'autorisation de venir", a déclaré M. Le Pen.

Interrogé à plusieurs reprises sur les difficultés de logement des Français les plus modestes, le candidat à la présidentielle n'a eu de cesse de lier ce sujet au thème de l'immigration. Il a affirmé que "jamais M. Borloo ne pourrait construire assez de logements", ceux-ci étant "occupés par les immigrés arrivant par vagues successives" et qui ont "la priorité". "La politique d'immigration suivie depuis trente ans est criminelle, a-t-il également déclaré. Nous avons accueilli dix millions de personnes au cours de cette période. Il faut que ce torrent cesse."

Interrogé après l'émission, le président du Front national s'est déclaré satisfait d'un dialogue courtois et de la bonne écoute des citoyens. Il a regretté que les grands sujets comme la défense ou la politique étrangère n'aient pas été abordés, en ironisant sur le fait qu'il n'avait pas eu "droit à deux heures".

12 février 2007

La prime au racisme

La prime au racisme

Par Sonya FAURE
QUOTIDIEN : lundi 12 février 2007

Michel, 35 ans, a été victime d'injure raciale. Et s'est fait virer.
«C'est une collègue qui m'a prévenue : un manager de ma boîte de logiciels informatiques m'aurait traité de "Sale négro". C'était il y a deux ans, elle ne m'avait d'abord rien dit. Mais, en avril dernier, elle a décidé de partir de l'entreprise et a lâché le morceau. J'étais moi aussi manager commercial, embauché dans la multinationale depuis neuf ans. Mes résultats ont toujours été très corrects, mes objectifs toujours dépassés. Je décide d'abord de ne pas faire de vagues, je signale juste à ma direction, par lettre, que j'ai été victime d'injure raciale, sans dénoncer mon collègue.

L'été passe, je reviens de vacances, le service commercial où je travaille a été réorganisé. On m'apprend que mon nouveau supérieur... sera désormais le collègue qui m'a insulté. Je dis immédiatement au service des ressources humaines que c'est impossible, que ça pose, je me souviens de mes mots, "un gros problème de confiance"... Et je demande à la DRH de mener une enquête interne sur l'affaire de l'injure raciale. En fait, l'échange a eu lieu entre deux collègues par messagerie informatique instantanée.

Aucune trace informatique n'est restée. Mais le collègue à qui il a envoyé le message informatique a témoigné de l'insulte devant la DRH. Le collègue raciste a nié avoir tenu de tels propos, mais, chose curieuse, il s'est aussi excusé. Résultat de l'enquête interne, quelques semaines plus tard, j'ai une réunion avec la DRH qui me dit : "Il y a des choses dans le dossier, merci de nous avoir prévenus." En gros : "On va lui tirer l'oreille." "Notre objectif, c'est de te garder", poursuivent-ils... avant d'achever : "Mais on ne voit pas d'autres solutions, il va falloir que tu travailles sous ses ordres."

La suite s'est déroulée par mail. La direction m'a écrit que, dans cette affaire, il y avait "absence de réelle gravité". Que "M. X s'était en outre excusé." Je préviens la direction que je fais appel à un avocat. Et que je refuse toujours le poste. On me répond que j'ai une attitude irresponsable. Puis en novembre, un courrier : devant mon entêtement, un licenciement à mon encontre est envisagé. Ils me demandent de ne pas revenir à mon bureau. Je reviens quand même. "Tu es en insubordination caractérisée, pars tout de suite", me menace-t-on. La DRH me prévient : "Si tu t'obstines, nous ferons appel à un tiers." Je n'ai pas eu envie de quitter l'entreprise entre deux videurs. Les syndicats m'ont dit que c'était déjà arrivé à d'autres ex-salariés. Je suis parti. J'ai été licencié pour faute : refus de poste. J'ai déposé un dossier à la Halde, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations.

Mon entreprise a signé la Charte de la diversité. Vous savez, celle qui engage les sociétés à respecter des principes de non-discrimination...»

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Les confessions "sans haine" de Jacques Chirac

Les confessions "sans haine" de Jacques Chirac

LE MONDE | 10.02.07 | 13h16 • Mis à jour le 10.02.07 | 13h19

C'est un extraordinaire document. Jacques Chirac a rencontré à plusieurs reprises cet été, puis une dernière fois en janvier, le journaliste Pierre Péan, qui confessa François Mitterrand dans Une jeunesse française (Fayard, 1994). Il en est résulté un autre livre, L'Inconnu de l'Elysée, qui sera publié chez le même éditeur, le 17 février. L'hebdomadaire Marianne (daté 10-16 février) s'est assuré l'exclusivité de ses bonnes feuilles, parues samedi. Elles recèlent des scoops, quelques arrangements avec l'histoire et permettent de mieux lire l'actualité.

A dix semaines du premier tour de l'élection présidentielle, le chef de l'Etat s'exprime sur le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy. Il remet les choses à leur place. Alors qu'il parle pour la première fois de sa fille Laurence, minée depuis l'âge de 15 ans par l'anorexie - "c'est vraiment le problème de ma vie" -, Pierre Péan l'interroge sur les trahisons politiques au regard de cette souffrance. "Je me fous éperdument que Sarkozy ou tel autre... Je me fous de beaucoup de choses." Il dit encore : "Je suis insensible à la haine et tout aussi insensible au découragement. Je ne crois pas aux sondages, qu'ils soient bons ou mauvais. C'est ma grande différence avec Sarkozy... Je lui dis toujours : "Arrête de te fier aux sondages !""

Il est vrai que le candidat Chirac ne leur a pas accordé une importance excessive en 1995. Et c'est ancien ! En 1969, Pierre Juillet, au trente-sixième dessous, présente à Georges Pompidou des enquêtes d'opinion déplorables. Au café, où se retrouve l'équipe de campagne, le candidat choisit la terrasse : "Il faut se montrer, avec les sondages que l'on a." Jacques Chirac de rétorquer : "Tout ça ne vaut rien. Vous serez élu." Une petite anecdote que le secrétaire général de l'Elysée, Frédéric Salat-Baroux, tient de la bouche du président et qu'il a soigneusement rapportée au Monde, il y a peu.

Soyons justes, si les bons sondages de Nicolas Sarkozy l'indiffèrent, le chef de l'Etat reconnaît beaucoup de qualités à son ministre de l'intérieur. "C'est un homme actif, intelligent, un homme politique de premier ordre." En 2002, lorsqu'il l'a nommé ministre de l'intérieur, il a considéré que "c'était un atout pour la majorité et pour la conduite de l'action publique". M. Chirac, qui a souvent reproché au président de l'UMP d'être libéral, atlantiste et communautariste, relève : "c'est une bonne chose, des évolutions de sa part" et "beaucoup de points de convergence".
Sur le communautarisme, "j'ai noté aujourd'hui son adhésion à un principe fondamental à mes yeux : la France n'est pas, et ne sera jamais une addition de communautés. La nation française est une et indivisible". Nicolas Sarkozy est "spontanément plus libéral que moi", souligne aussi le président, portant sur le libéralisme - qu'il appliqua lors des privatisations entre 1986 et 1988 - une cinglante condamnation. "Je suis convaincu que le libéralisme est voué au même échec que le communisme et qu'il conduira aux mêmes excès. L'un comme l'autre sont des perversions de la pensée humaine", dit-il.

Sarkozy l'a ulcéré quand il a critiqué, à Washington, le 12 septembre 2006, l'"arrogance" française et la "grandiloquence stérile" de son pays - il visait Dominique de Villepin - au moment de la crise irakienne à l'ONU. Prudent, M. Chirac se contente de dire qu'il " existe des différences d'approche, s'agissant notamment de la relation avec les Etats-Unis". Il s'explique longuement sur l'Irak, ayant "répété trente-six fois à Bush qu'il commettait une erreur monumentale".

Le président raconte aussi sa version de la prise de la mairie de Neuilly par Nicolas Sarkozy, au nez et à la barbe de Charles Pasqua, en 1983. " J'ai dû rendre un arbitrage. A Pasqua, j'ai dit : "Tu n'iras pas, tu vas laisser ta place à Sarkozy. Il est jeune. Il faut pousser les jeunes". A peine élu, Sarkozy n'a cessé d'expliquer que je n'y avais été pour rien. (...) Cela aurait dû faire tilt..." Bernard Pons a, en fait, souvent raconté que Jacques Chirac l'avait envoyé pour sonder Nicolas Sarkozy. Persuadé de sa détermination à y aller, le président du RPR avait tout simplement laissé faire.

Prudence encore sur la trahison de 1995 : "Il y a un défaut que je n'ai pas, c'est celui d'être rancunier. C'est un sentiment qui m'est totalement étranger." Il assaisonne davantage Edouard Balladur, moquant sa vanité. Mais reconnaît que le lâchage du premier ministre de l'époque, dont il raconte précisément les circonstances, lui a " fait de la peine".

Jeter la rancune à la rivière... Une célèbre expression de 1982, lorsque Giscard et Chirac projetaient de se réconcilier lors d'un déjeuner chez Drouant. Cette rivière n'est pas près de couler. Habituellement discret sur son vieil ennemi, M. Chirac se lâche. Il raconte le fameux dîner à Brégançon, où les Giscard avaient convié leur moniteur de ski et sa femme, en compagnie des Chirac. Les uns très habillés, sur la recommandation d'Anne-Aymone, les autres plutôt sport. Et très gênés. " Cela a été affreux. (...) On ne fait pas des choses comme ça. Ou alors on prévient. (...) Les deux invités étaient terrorisés. Vous vous rendez compte : ils se retrouvaient face au président de la République et au premier ministre, et à leurs épouses en robe longue."

Jacques Chirac explique pourquoi il conserve son amitié à Charles Pasqua, malgré ses fréquentations " hautement contestables". Jean-Charles Marchiani, par exemple, que Chirac nomma, à sa demande, préfet du Var : "un grand tort dans ma vie". "Dans toutes les histoires d'otages où il s'est attribué un rôle, c'était largement bidon", révèle-t-il. "Marchiani réclamait sans cesse de l'argent - que je ne lui donnais pas. Pasqua, lui, voulait que je prélève sur les fonds spéciaux de Matignon", ajoute-t-il.
C'est Jean-Marie Le Pen, auquel il fut opposé au second tour de 2002, qui fait l'objet de sa plus grande exécration. "J'ai toujours été allergique au Front national, c'est quasiment physique, je ne peux supporter tout ce qui est racisme et xénophobie", dit-il. Il s'explique sur la sulfureuse photo témoignant de sa poignée de main avec Le Pen, en 1987 - un coup monté par le président du FN, dit-il. Il "charge" aussi Balladur, qui a essayé de le convaincre, comme Pasqua de pactiser avec Le Pen en 1988 : "Cela Edouard, jamais ! On perdra peut-être les élections, mais si on les perd, ce ne sera pas pour cette raison-là."

Ces valeurs allant souvent de pair avec la défense des opprimés, cela donne lieu, chez Jacques Chirac, à des révélations étonnantes. Il dit comment, approché par le roi du Maroc, Hassan II, à la fin des années soixante, il s'était fait le militant discret de l'ANC (African National Congress), le mouvement qui luttait contre l'apartheid en Afrique du Sud. En clair son porteur de valises.

Il prouve son incontestable culture, ayant laissé dire pendant des années qu'il était "un analphabète"... "Je me disais, au moins on me fout la paix, j'ai mon domaine privé". Et ne cache pas son admiration pour François Mitterrand "homme très intelligent et cultivé, pas du tout comme moi" ! Ils font partie du même club, excessivement restreint, des chefs d'Etat réélus. Ils avaient le même conseiller en communication, René Pilhan. Ils ont désormais le même biographe.

Béatrice Gurrey
Article paru dans l'édition du 11.02.07

08 février 2007

Les médias de la diversité récompensés

Les médias de la diversité récompensés

LE MONDE | 02.02.07 | 14h47 • Mis à jour le 02.02.07 | 14h47

A défaut d'être visibles, les médias créés par et pour les populations issues des migrations en France se multiplient. Selon l'Institut Panos Paris (IPP) - qui oeuvre à faire connaître ce qu'ils produisent -, les "médias français des diversités" représenteraient a minima une cinquantaine de radios et plus de cent quarante titres de presse écrite, sur papier ou via Internet.

Leurs voix et leurs regards restant méconnus du grand public, l'organisation non gouvernementale IPP a donc décidé, en cette "Année européenne de l'égalité des chances pour tous", de créer le premier "Prix média des diversités" en France afin de mettre en lumière ceux qui, par leurs reportages, ont contribué en 2005-2006 au pluralisme de l'information en apportant "un nouvel éclairage sur les questions de diversité, de dialogue interculturel, de citoyenneté, d'identité...".

Dans le studio 104 de la Maison de la radio, mercredi 31 janvier, la soirée de remise des prix a été lancée par le Ministère des affaires populaires, groupe hip-hop mi-ch'ti mi-méditerranéen. Ont ensuite été récompensés, en presse écrite, un article de Respect magazine, "le mag qui secoue les ghettos" - créé fin 2003 et vendu en kiosque -, avec une mention spéciale pour un papier publié dans Gazelle, bimestriel de la femme maghrébine francophone, créé en 2005.

Deux articles parus sur Internet ont été primés : l'un de Micro Cités/Phocée-culturel.org, webzine marseillais, l'autre de Bondyblog.fr, ce blog créé à l'automne 2005, au moment des révoltes de banlieue, animé par des jeunes d'une cité de Bondy.

Au titre de la radio ont été récompensés trois reportages réalisés respectivement par Radio Accords, créée en 1991 dans le Poitou, par Radio Dijon Campus et par Radio Mangembo, de Melun (Seine-et-Marne).

Les partenaires de ce prix - Radio France, RFI, La Vie, lemonde.fr, l'EPRA et TF1 - diffuseront ou soutiendront de nouveaux reportages réalisés par les professionnels lauréats d'un prix.

Martine Delahaye
Article paru dans l'édition du 03.02.07


Les Lauréats du Prix Médias des diversités

LEMONDE.FR | 07.02.07 | 15h12 • Mis à jour le 07.02.07 | 17h14

Le 31 janvier dernier s'est tenue la première édition française des "Prix Media des diversités", initiés par l'institut Panos, ONG qui oeuvre pour la diversité des médias et le pluralisme de l'information.

Le jury, composé de professionnels des media grand public et des media des diversités, de chercheurs et de personnalités du monde associatif et institutionnel, a remis six trophées et une mention spéciale.

Le Monde.fr, partenaire du prix et membre du jury, publie aujourd'hui les articles lauréats dans la catégorie Presse électronique :

• "Le Viking et l'Africain" d'Idir Hocini, publié sur le Bondy Blog le 19 août 2006.
• "Chibanis bannis, les impôts veulent leur peau" d'Anne Aurélie Morëll, publié par "Phocée Culturel" le 11 mars 2006.

Chibanis bannis, les impôts veulent leur peau

Chibanis bannis, les impôts veulent leur peau

LEMONDE.FR | 07.02.07 | 14h56 • Mis à jour le 07.02.07 | 16h59
Micro Cités / Phocée Culturel

Privés d'avis fiscal depuis près de six mois par les services des impôts de Marseille, environ 4 000 « vieux » immigrés maghrébins ne peuvent plus bénéficier des mimina sociaux, couverture santé et autres allocations. Des ouvertures de droits et une source de revenu pourtant vitales, pour des personnes qui ont parfois travaillé plus de quarante ans -voire même combattu - pour la France et qui peinent à se mobiliser. Certains y voient la main du gouvernement...
Plusieurs rassemblements ont eu lieu jeudi 9 mars 2006.

"Dans quinze ans, nous serons tous morts, il n'y aura plus personne ici... Que veut le gouvernement ? Que nous disparaissions plus vite ?". Tristesse, déception et détresse se lisent dans le regard de ce Chibani (terme désignant respectueusement un ancien), habitant près de Belsunce à Marseille, et qui devrait couler une retraite heureuse. Débarqué en France, puisqu' "on" était venu le chercher, apte qu'il était – après visite médicale – à (re)construire le pays, il y a travaillé plus de trente-cinq ans. Dans les mines, dans le bâtiment. "J'ai toujours cotisé, déclaré et payé mes impôts en temps et en heure, je n'ai jamais eu d'ennuis avec la justice ou la police, je n'ai jamais contrevenu à la loi... Que pouvais-je faire de plus ?". Il a déposé une demande de nationalité française récemment, toujours en cours.

Aujourd'hui, il est atteint d'un cancer. "Heureusement", il bénéficie d'une chimiothérapie en France, traitement médical inaccessible en Algérie, faute d'une retraite suffisante. Ses droits, y compris à l'accès aux soins, et ceux de bien d'autres sont en passe d'être remis en cause...

Un "Rentrez chez vous !" camouflé

Car l'ensemble des vieux travailleurs rencontrés - originaires du Maghreb, notamment d'Algérie - subissent les pires tracasseries administratives. Ils se voient refuser la délivrance de leur avis fiscal par les services des impôts de Marseille et ce depuis juillet dernier. De nombreuses femmes, les Chibanias, rencontrent le même problème. Elles sont veuves pour la plupart et ont parfois travaillé dur plusieurs décennies, vivant de ménages ou de menus travaux.

Si l'ordre donné aux agents, de bloquer les déclarations d'impôts des désormais « indésirables », émane du directeur du Centre des impôts, M. Bovigny, celui-ci agirait semble-t-il sur injonction du ministre du Budget de l'époque, Nicolas Sarkozy. Une thèse que confirme le président de l'association Le Rouet à Cœur Ouvert, Michel Pirrotina : "on ne peut que voir la main du tandem Villepin-Sarkozy derrière cette décision". Les raisons officielles invoquées : "lutter contre les abus" et les fraudes.

La note ministérielle incriminée, en date du 23 juillet 2005, n'a été rendue publique qu'en novembre, plongeant dans le flou et la circonspection près de 4 000 immigrés retraités. La plupart refusent de croire cela possible et attendent, espérant toujours recevoir l'avis d'imposition ou de non-imposition, véritable sésame social pour percevoir le minimum vieillesse et l'allocation logement. Des courriers, provenant de l'assurance maladie et exigeant la production de cet avis pour obtenir une carte de sécurité sociale, tendraient à prouver que les services ont communiqué entre eux.

La confiscation de cette attestation indispensable ressemble à s'y méprendre à un arrêté d'expulsion déguisé. D'abord expulsés de chez eux (immeubles laissés à l'abandon, hôtels meublés) pour certains, du fait de la "réhabilitation" du centre ville et du secteur du Rouet, ils sont désormais "invités", incités par l'absence de ressources, à quitter le territoire français.
A "rentrer chez eux" en somme.

Mobilisation laborieuse

Une minorité se mobilise, soutenue par des associations locales (Centre Ville pour Tous, Le Rouet à Cœur Ouvert, la LDH,...), et multiplie les actions : manifestations, rencontres avec les services fiscaux qui ne fléchissent pas, avec des avocats. Ni promesses, ni réelles avancées à la clef. Saisie en janvier dernier, la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) a mis en demeure la direction des impôts de lui livrer certains documents, concernant ce blocage. Une plainte a été déposée auprès de l'institution et le tribunal administratif de Marseille a également été sollicité, sans résultats pour le moment. Les audiences restent à fixer.

L'association du Rouet, par le biais de ses représentants, Michel Pirrotina et Josiane Cholvy, viennent de soumettre une proposition de projet de loi qui, ils l'espèrent, sera soutenue par des parlementaires de gauche. Un projet de loi qui "prendrait enfin en compte les spécificités des vieux travailleurs immigrés maghrébins". Plusieurs rassemblements ont eu lieu dans la journée du jeudi 9 mars. A 14 heures, place des Oubliés, puis vers 18 heures devant l'Hôtel des impôts, Chibanis, acteurs associatifs et hommes politiques, se sont réunis pour réclamer la délivrance de l'avis. Plusieurs élus sont engagés dans la lutte, dont le député PC marseillais Frédéric Dutoit.

Actuellement, moins de 300 dossiers auraient été "régularisés". Et pour cause, la "régularisation" s'annonce être un redoutable parcours du combattant. Les impôts réclament treize quittances de loyer, parfois difficiles à obtenir, pour l'année 2004. Si la personne visée les fournies, "on lui réclame son passeport", indique un communiqué de l'association du Rouet. Un procédé tout à fait illégal, permettant de vérifier les visas, les allers-retours effectués, et le nombre de jours passés sur le territoire français. Les Chibanis sont en effet tenus de résider 183 jours par an en France, soit environ six mois. A défaut de quoi ils seraient privés de leurs droits. Une législation qui ne tient pas compte qu'à l'heure de la retraite, les anciens aspirent à retourner régulièrement au "pays", auprès de leur famille, multipliant les allers-retours. Impossible qui plus est de résider en France en permanence, leurs ressources n'étant généralement pas suffisantes. Là-bas, le coût de la vie est moindre, ce qui leur permet de jongler.

Une poignée de "vieux" laissent éclater leur colère, tandis que les autres la contiennent. "Comment un fils d'immigré [Nicolas Sarkozy, NDLR] peut-il nous faire ça ?". La majorité ne peut se rebiffer. Ils manquent d'informations d'abord. Encore faut-il qu'ils puissent les décrypter ensuite, et soient en mesure de répliquer à coups de paperasses. Beaucoup ne savent ni lire ni écrire (faisant la fortune de quelques écrivains publics peu scrupuleux, mais fâcheusement seuls à les "aider") et baissent les bras. Ils croient sur parole les agents qui leurs disent "attendez, ça va arriver", et pensent innocemment que la République "ne peut pas [les] traiter ainsi". La guerre contre l'administration se joue en partie sur ce terrain. C'est loin d'être gagné.

Oubliés

Ahmed Zeghouda, lui, a perdu toutes ses illusions. "Dès l'année dernière", il s'est inquiété auprès des impôts de ne rien recevoir. Il s'est fait éconduire, peut-être vingt fois. Arrivé fin 1964, et ayant travaillé jusqu'à sa retraite en 2000, il n'a jusqu'alors eu "aucun problème". Si ce n'est des broches dans le genou et les deux hanches, vestiges d'années de labeur passées à terrasser, construire des routes, des lignes de métro...

Les "vieux" se retrouvent régulièrement sur la Place des Oubliés, du nom dont elle a été rebaptisée, entre le Cours Belsunce et la Porte d'Aix. Ils y entretiennent un semblant de lien social, la dernière bribe qui leur reste, et "chauffent [leurs] vieux os au soleil". Parce qu'ils sont presque tous atteints d'affections professionnelles ou liées à l'âge. Pour que passe le temps, les structures d'accueil étant quasi inexistantes*. Pour se tenir informer, aussi, des dernières nouvelles les concernant.

Dans le quartier du Rouet, quelques îlots subsistent - sous forme d'immeubles décrépis et sciemment laissés à l'abandon par les propriétaires - parmi les gravats. La rue Jean Alcazar n'est que portes murées, maisons en démolition. Au bout, juste avant le chantier de construction d'un bâtiment flambant, un petit immeuble. Ou plutôt un gourbi, un squat officiellement créé, une ruine. A l'intérieur, des Chibanis. C'est ici qu'ils vivent, dans des chambres dénuées de tout confort, de toute dignité, inadaptée aux handicaps de l'âge. Seuls. Depuis tant d'années, ils n'ont "pas pu faire venir [leur] femme", encore moins leurs enfants laissés au "bled". Une surface d'habitation et un revenu minimums étant les conditions sine qua non requises. Auparavant, ils payaient un modeste loyer. Mais la propriétaire ne donne plus signe de vie depuis la prise d'un arrêté d'expulsion, se refusant à tous travaux. Pourtant, les sanitaires qui se situent à l'extérieur en auraient franchement besoin.

Ces vieux immigrés font non seulement face à la solitude, à la maladie et à l'insalubrité de leurs conditions de vie, mais aussi à l'oubli et à la nostalgie**. L'un du fait de l'ingratitude d'une société dont ils sont pourtant les "produits", et pour qui ils ont lutté et travaillé. L'autre parce qu'on leur interdit de rejoindre leur pays d'origine, parfois devenu étranger d'ailleurs, 183 jours par an. Ils sont là depuis vingt, trente, quarante, cinquante ans. Ils ont construit routes, édifices, métro, Marseille ! On leur demande de prendre leurs cliques et leurs claques du jour au lendemain, sans rien, sans argent, sans merci, sans au revoir... Eux, si fragiles déjà.

"Pas de chasse aux Arabes"

Gouvernements successifs, régions, départements, villes,... A tous les étages, l'Etat plaide en faveur d'une meilleure prise en charge et considération des personnes âgées, depuis la canicule meurtrière de 2003. Si la misère et la solitude n'ont pas de couleur, l'avis d'imposition paraît lui en avoir une. Karim Behadj, chargé de communication à la direction des services fiscaux des Bouches-du-Rhône a beau jeu d'assurer dans Libération qu' « Il n'y a pas de chasse aux Arabes ». Et tant pis si nos dirigeants actuels entrent en contradiction avec leur propre majorité, qui avait pris des engagements sous Raffarin, et leurs institutions, le MCI (Haut Conseil à l'Intégration) et la Halde. En effet, un rapport commandé en 2005 au MCI par le premier ministre d'alors (sur demande du Président de la République) prévenait : "la question de ces personnes, de leur dignité, de leur droit d'habiter dans un logement décent, de leur droit à percevoir les prestations sociales et leur retraite dans des conditions normales, (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui) est cruciale pour qui souhaite assurer tout simplement leur égalité avec leurs compatriotes". L'étude avait été menée par Blandine Kriegel, accompagnée notamment de Myriam Salah-Eddine, adjointe au maire de... Marseille.

A Paris, Lyon, Nice, des vieux sages subissent le même quotidien. Sont parfois expulsés sans ménagement, comme dans la capitale ou encore à Carqueiranne. Mais ne connaissent pas encore les affres de "l'invisibilité" fiscale. Quelques-uns de nos interlocuteurs se sont ouvertement interrogés sur l'éventualité que "l'opération marseillaise" ne soit qu'une expérience pilote qui, si elle s'avérait concluante, serait appliquée au niveau national. Une question de temps ?

Article publié le 11 mars 2006 sur le site Micro Cités / Phocée Culturel.

* Notons le rôle du centre social Belsunce, qui leur offre entre autres un petit-déjeuner.
** Lire La double absence, Des illusions de l'émigré aux souffrances de l'immigré d'Abdelmalek Sayad, édité en 1999 après sa mort aux éditions du Seuil.

Anne Aurélie MORËLL

Le soutien de Nicolas Sarkozy à l'hebdomadaire sème la confusion dans les institutions musulmanes

Le soutien de Nicolas Sarkozy à l'hebdomadaire sème la confusion dans les institutions musulmanes

LE MONDE | 08.02.07 | 14h50

En s'invitant au procès des caricatures, mercredi 7 février, Nicolas Sarkozy a jeté le trouble chez les représentants officiels des musulmans de France. La lettre de soutien qu'il a adressée à Charlie Hebdo, poursuivi par la Grande Mosquée de Paris et par l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), porte certes la signature du candidat de l'UMP à l'élection présidentielle. Mais pour les membres du Conseil français du culte musulman (CFCM), le coup vient bien du ministre de l'intérieur, chargé des cultes, leur "ami", leur "parrain", l'homme qui "a fait" le CFCM.

Sous le coup de l'émotion, une réunion d'urgence a été convoquée mercredi soir à la Grande Mosquée de Paris, une démission collective du bureau ayant été évoquée par l'un des proches du président du CFCM, Dalil Boubakeur.

En dépit de la colère persistante de certains membres du bureau, M. Boubakeur a choisi l'apaisement, se contentant de dénoncer "l'instrumentalisation de cette affaire par les chefs des partis politiques" et de déplorer "la politisation d'une affaire judiciaire tendant à dénoncer un acte de provocation créant l'amalgame entre terrorisme et islam".

Cette immixtion de la politique au procès était la hantise des plaignants. Leur décision de porter l'affaire en justice relevait d'une volonté de "jouer le jeu républicain". "Nous avons préféré cette démarche à l'appel aux manifestations de rue, rappelle un proche de M. Boubakeur. Mais nous ne sommes pas maîtres du calendrier judiciaire." Les organisations musulmanes ont tenté, en vain, de repousser les audiences après les élections présidentielle et législatives. "Ils ont senti que tout cela allait déraper, commente un proche du dossier. A partir du moment où François Hollande et François Bayrou venaient témoigner pour soutenir Charlie Hebdo, Nicolas Sarkozy ne pouvait pas être en retrait."

L'ISLAM, "SEUL" CONTRE TOUS

En agissant ainsi, le président de l'UMP inscrit sa campagne dans la défense de la laïcité et répond aux critiques l'accusant de promouvoir le communautarisme ; mais il prend le risque de se couper durablement d'une partie des cadres musulmans, jusque-là acquis à sa cause.

Ce que certains considèrent donc comme une "trahison" vient s'ajouter aux turbulences récurrentes qui agitent le CFCM et aux attaques venues de la gauche, notamment du Parti socialiste. Dans un document publié récemment, le PS qualifie cette institution de "coordination fantoche (...) tenue par les intégristes de l'UOIF". Un jugement qui fait craindre aux représentants du culte musulman une remise en cause du CFCM et une réorganisation de l'islam de France en cas de victoire de la gauche à l'élection présidentielle.

"Avec toute cette affaire, on constate une fois encore que l'islam en France dérange et qu'il est seul face aux politiques, à la presse et aux intellectuels qui se pressent au procès", estime un membre du bureau du CFCM.

Il se console en évoquant certains des résultats d'un sondage publié, jeudi 8 février, par l'hebdomadaire Le Pèlerin. Selon cette enquête, trois quarts des Français estiment "inacceptable" de se moquer publiquement d'une religion, des représentants, des croyants ou du fondateur d'une religion. Ils sont en revanche 48 % (contre 45 %) à trouver inacceptable que les représentants des religions aient recours aux tribunaux pour poursuivre ceux qui les critiquent.

Stéphanie Le Bars
Article paru dans l'édition du 09.02.07