Obama à la conquête de la Maison-Blanche
lefigaro.fr (avec AFP), Publié le 10 février 2007
Le sénateur démocrate Barack Obama a lancé officiellement samedi sa quête historique pour devenir en 2008 le premier président noir des Etats-Unis.
"Je suis devant vous aujourd'hui pour annoncer ma candidature à la présidence des Etats-Unis", a-t-il déclaré devant une foule de milliers de partisans à Springfield dans l’Illinois.
Barak Obama avait annoncé mi-janvier la formation d'un "comité exploratoire", qui lui avait permis de sonder le terrain. Il a finalement choisi de faire le grand saut.
"Je sais que je n'ai pas passé beaucoup de temps à connaître les méandres politiques de Washington. Mais j'y ai passé suffisamment de temps pour savoir que la façon de faire de la politique à Washington doit changer", a-t-il déclaré.
A 45 ans, avec pour principal bagage politique les deux premières années d'un mandat de sénateur, Obama est considéré comme le premier responsable noir à avoir des chances sérieuses à s'emparer de la Maison-Blanche.
Une campagne électorale ouverte
Obama va être désormais confronté à l’épreuve des élections primaires, qui permettront de désigner début 2008 le candidat démocrate à la présidentielle. Et le combat sera probablement difficile.
Sa principale adversaire est la sénatrice de New York, Hillary Clinton, qui dispose déjà d'un trésor de campagne considérable et d'une équipe de conseillers expérimentés, dont beaucoup ont travaillé avec son mari à la Maison Blanche entre 1993 et 2001.
Il sera aussi confronté à un autre adversaire de taille, John Edwards, l'ancien co-listier de John Kerry lors de la présidentielle 2004 qui avait également été son concurrent le plus dangereux lors des primaires.
Etoile montante de la politique outre-Atlantique, Obama fait le pari que les Américains veulent du changement et la fin des années d'affrontement à Washington entre démocrates et républicains.
Barack Obama, le Noir qui monte au firmament démocrate
GUILLEMETTE FAURE.
Le Figaro, Publié le 09 janvier 2007
À 45 ans, le sénateur de l'Illinois, qui compte sur l'attrait de la nouveauté, attend son heure.
« AVEC un nom pareil, il est foutu. » Kris Schultz se souvient de la première fois où elle a entendu parler de Barack Obama, en 2002. Consultante politique, elle plaignait sa collègue qui travaillait pour un candidat au Sénat dont le nom rimait avec Oussama. De l'avis général, quelqu'un dont le patronyme ressemblait à celui du commanditaire des méga-attentats du 11 septembre 2001 n'avait aucune chance de faire carrière en politique.
Deux ans plus tard, Barack Obama était élu sénateur, haut la main. Et aujourd'hui, Kris Schultz, qui a travaillé pour Al Gore en 2000, consacre, bénévolement, tout son temps à « Run Obama », un site Internet dont l'objectif est de convaincre le sénateur de 45 ans de se présenter aux présidentielles de 2008.
Une pétition recueille déjà 16 000 signatures. « On a organisé une soirée de levée de fonds », raconte-t-elle. Les dollars ramassés ont servi à financer un spot télé pressant Obama d'entrer dans la course à la Maison-Blanche. La publicité a été diffusée pendant les vacances de Noël sur les trois chaînes de télévision d'Honolulu : Barack Obama passait ses congés à Hawaii, où il est né.
« Je ne veux pas sembler mièvre, mais il dégage quelque chose de quasi spirituel de lui », avance Kris Schultz. Aux États-Unis, les médias ont trouvé un mot pour cet engouement : l'« obamania ». Ses deux livres sont en tête des ventes, un site Internet, Obamarama, suit ses faits et gestes, et sa virée en décembre dans le New Hampshire, État clé des primaires présidentielles, a charrié tous les journalistes politiques, comme si la campagne de 2008 battait déjà son comble.
Le vent de l'« obamania » se lève le soir du 27 juillet 2004. Devant les délégués démocrates rassemblés pour la Convention du parti, ce grand Noir inconnu tient un discours de réconciliation politique. Il n'y a pas « une Amérique rouge » des républicains et « une Amérique bleue » des démocrates. « On prie aussi dans les États bleus », dit-il et « on a aussi des amis homosexuels dans les États rouges », ajoute-t-il, cassant les stéréotypes socioculturels américains. Fils d'un étudiant kenyan marié à une fille de Blancs du Kansas qui partageaient « une foi infinie dans les possibilités de ce pays », il projette sur scène une image d'une Amérique multiraciale nettoyée de ses tensions, comme un Tiger Woods de la politique.
Des études à Harvard
Obama n'a pas le profil classique de l'homme politique noir. Il n'est pas issu du mouvement des droits civiques ou de l'Église. Fils d'un Africain, il a, comme son père, étudié à Harvard. Si sa femme, Michelle, passée elle aussi par Harvard, est une Noire de Chicago, son parcours à lui est plus proche de celui des immigrants que des Noirs américains. Il a grandi à Hawaii. Sa mère s'est remariée avec un Indonésien et il a des demi-frères et soeurs sur plusieurs continents. Dans son premier livre, Dreams from My Father, publié en 1995, il raconte que plus jeune, il était mal à l'aise lorsqu'un ami noir enrageait contre le racisme de la société blanche : « Nous n'étions pas dans le sud raciste, nous ne vivions pas dans des HLM sans chauffage d'Harlem ou du Bronx, mais à Hawaii. » Dans son dernier livre, The Audacity of Hope, il revient sur ces difficultés à se situer politiquement : « pas facile d'être un candidat noir », écrit-il.
Après des études de sciences politiques et de relations internationales, il va à Chicago travailler dans les quartiers en difficulté. Il reprend des études à Harvard, où il devient le premier Noir à présider la Harvard Law Review. À son retour en Illinois, il travaille pour un cabinet d'avocats et enseigne le droit. Il exerce trois mandats locaux, tente en 2000, sans succès, de se présenter au Congrès, avant de briguer un poste de sénateur d'Illinois, qu'il décroche en 2004 avec 70 % des voix.
Une victoire qu'il attribue à des coups de chance : un rival dont la candidature avait implosé après un scandale sexuel, un autre qui, chose rare aux États-Unis, ne l'attaqua jamais dans ses publicités. Barack Obama aime atténuer ses mérites. Dans son livre, il tourne en dérision la loi tacite « qui veut que mon nom dans un article soit précédé des mots»étoile montante* ». Il dit se méfier de l'engouement dont il bénéficie, conscient de « la rapidité à laquelle le processus peut s'inverser ».
Mais pour ses fans, s'il est allé dans le New Hamsphire, c'est bien qu'il songe à la présidence. Obama nourrit les rumeurs avec plaisir. En décembre, la chaîne de sport ESPN promet une grande annonce de sa part. « Ce soir, j'ai décidé de faire taire les doutes... déclare-t-il, très solennel, et je voudrais annoncer à Chicago et à l'Amérique que je suis prêt... » à soutenir l'équipe des Bears. Et de conclure sa parodie en enfilant la casquette de l'équipe de football local !
Rafraîchir le paysage politique
Obama refuse de commenter l'idée d'une candidature d'Hillary Clinton en 2008. Sa fan Kris Schultz suit la consigne. Elle se contente de dire que son candidat apporte « une nouvelle perspective » et qu'il faut rafraîchir le paysage politique. Les pro-Hillary font valoir qu'Obama, au Sénat depuis deux ans, manque d'expérience. Kris Schultz répète ce qu'avait répondu le sénateur à un journaliste : « Donald Rumsfeld et Dick Cheney avaient les meilleurs CV de Washington, et ils sont à l'origine du fiasco irakien. »
« Son inexpérience peut être un avantage, c'est l'attrait de la nouveauté », souligne le consultant démocrate Hank Sheinkopf. Élu en 2004, Obama a, notamment, échappé au vote de 2002 donnant au président Bush les pouvoirs d'envahir l'Irak. À l'époque, il avait critiqué « une guerre stupide ».
14 février 2007
Obama à la conquête de la Maison-Blanche
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