08 février 2007

Le soutien de Nicolas Sarkozy à l'hebdomadaire sème la confusion dans les institutions musulmanes

Le soutien de Nicolas Sarkozy à l'hebdomadaire sème la confusion dans les institutions musulmanes

LE MONDE | 08.02.07 | 14h50

En s'invitant au procès des caricatures, mercredi 7 février, Nicolas Sarkozy a jeté le trouble chez les représentants officiels des musulmans de France. La lettre de soutien qu'il a adressée à Charlie Hebdo, poursuivi par la Grande Mosquée de Paris et par l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), porte certes la signature du candidat de l'UMP à l'élection présidentielle. Mais pour les membres du Conseil français du culte musulman (CFCM), le coup vient bien du ministre de l'intérieur, chargé des cultes, leur "ami", leur "parrain", l'homme qui "a fait" le CFCM.

Sous le coup de l'émotion, une réunion d'urgence a été convoquée mercredi soir à la Grande Mosquée de Paris, une démission collective du bureau ayant été évoquée par l'un des proches du président du CFCM, Dalil Boubakeur.

En dépit de la colère persistante de certains membres du bureau, M. Boubakeur a choisi l'apaisement, se contentant de dénoncer "l'instrumentalisation de cette affaire par les chefs des partis politiques" et de déplorer "la politisation d'une affaire judiciaire tendant à dénoncer un acte de provocation créant l'amalgame entre terrorisme et islam".

Cette immixtion de la politique au procès était la hantise des plaignants. Leur décision de porter l'affaire en justice relevait d'une volonté de "jouer le jeu républicain". "Nous avons préféré cette démarche à l'appel aux manifestations de rue, rappelle un proche de M. Boubakeur. Mais nous ne sommes pas maîtres du calendrier judiciaire." Les organisations musulmanes ont tenté, en vain, de repousser les audiences après les élections présidentielle et législatives. "Ils ont senti que tout cela allait déraper, commente un proche du dossier. A partir du moment où François Hollande et François Bayrou venaient témoigner pour soutenir Charlie Hebdo, Nicolas Sarkozy ne pouvait pas être en retrait."

L'ISLAM, "SEUL" CONTRE TOUS

En agissant ainsi, le président de l'UMP inscrit sa campagne dans la défense de la laïcité et répond aux critiques l'accusant de promouvoir le communautarisme ; mais il prend le risque de se couper durablement d'une partie des cadres musulmans, jusque-là acquis à sa cause.

Ce que certains considèrent donc comme une "trahison" vient s'ajouter aux turbulences récurrentes qui agitent le CFCM et aux attaques venues de la gauche, notamment du Parti socialiste. Dans un document publié récemment, le PS qualifie cette institution de "coordination fantoche (...) tenue par les intégristes de l'UOIF". Un jugement qui fait craindre aux représentants du culte musulman une remise en cause du CFCM et une réorganisation de l'islam de France en cas de victoire de la gauche à l'élection présidentielle.

"Avec toute cette affaire, on constate une fois encore que l'islam en France dérange et qu'il est seul face aux politiques, à la presse et aux intellectuels qui se pressent au procès", estime un membre du bureau du CFCM.

Il se console en évoquant certains des résultats d'un sondage publié, jeudi 8 février, par l'hebdomadaire Le Pèlerin. Selon cette enquête, trois quarts des Français estiment "inacceptable" de se moquer publiquement d'une religion, des représentants, des croyants ou du fondateur d'une religion. Ils sont en revanche 48 % (contre 45 %) à trouver inacceptable que les représentants des religions aient recours aux tribunaux pour poursuivre ceux qui les critiquent.

Stéphanie Le Bars
Article paru dans l'édition du 09.02.07

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