22 octobre 2006

Le mois de l'identité musulmane en France

Le mois de l'identité musulmane en France

LE MONDE | 21.10.06 | 15h45 • Mis à jour le 21.10.06 | 15h45

omment faire le ramadan en France, dans un milieu non musulman, qui plus est lorsqu'on est en contact tous les jours avec la nourriture ? C'est la situation de Karim Bouzid, responsable de la cantine scolaire à l'école Victor-Hugo de Hem, dans le Nord. Ce musulman pratiquant de 37 ans réchauffe les plats, prépare les entrées pour 230 élèves de maternelle et de primaire. "Au cours des premières semaines, j'ai tendance à avoir faim. Je suis toujours entouré de nourriture... Mais, petit à petit, je m'habitue."

Karim prend un petit déjeuner léger, le matin avant 6 heures 45, heure du début du jeûne. Ensuite, il n'absorbe plus ni eau ni nourriture jusqu'à 7 heures du soir. Cette épreuve ne lui pèse pas trop. "On dit que la foi soulève les montagnes. Pour moi, elle calme mon estomac !", plaisante-t-il. Le plus pesant pour lui n'est pas la soif ou la faim, mais les questions incessantes de ses collègues de travail ou des élèves. "Franchement, ils ont du mal à comprendre, dit-il avec l'accent chtimi. Ils m'interrogent sans cesse. Ils s'étonnent que je ne me plaigne pas et que je garde toujours la même forme."

Par réflexe, il est souvent tenté de goûter les plats et se retient au dernier moment. "C'est peut-être cela le plus dur, avoue-t-il. Ne pas pouvoir dire aux enfants qui me demandent si c'est bon quel goût a un plat ou le gâteau du jour..."
A l'heure du déjeuner, Karim Bouzid s'assoit à table avec ses collègues, devant un livre ou un journal, au lieu d'une assiette. "Ce sont eux qui sont gênés. Moi, ça ne me dérange pas." Le responsable de la cantine ne peut guère espérer être encouragé par des coreligionnaires : l'école compte moins de 1 % de musulmans. Son rythme de travail ne diminue pas pendant le mois du jeûne. "Au contraire, je suis plus speed que d'habitude. C'est peut-être un effet de la faim..." Il regrette seulement de ne pas pouvoir consacrer plus de temps à ses dévotions : il est obligé de regrouper en fin de journées ses prières quotidiennes.

En France, le ramadan est la pratique musulmane la plus répandue. Selon un sondage effectué en 2001 par l'IFOP, le jeûne constitue le marqueur identitaire par excellence. 60 % des personnes interrogées disaient le respecter en 1994, 70 % en 2001. Un récent sondage CSA, commandé par l'hebdomadaire La Vie, donne même le chiffre de 88 % des musulmans de France qui respecteraient le jeûne. Un chiffre qui s'élèverait à 94 % chez les moins de 30 ans.

Président du Conseil des démocrates musulmans de France (CDMF), Abderrahmane Dahmane note que le nombre de jeûneurs a commencé à "exploser" à la fin des années 1980. "C'est devenu le mois de l'identité de toute une communauté", explique-t-il. Même discours chez Ali Rahni, porte-parole du Collectif des musulmans de France (CMF) : "De plus en plus de gens jeûnent. C'est peut-être le signe d'un retour à la religion. Pour beaucoup, le ramadan est un moment de partage, de solidarité, de convivialité. Y compris pour des musulmans qui sont d'ordinaire éloignés de la pratique religieuse. Je connais même des gens plutôt portés sur la bouteille qui font le ramadan !"

Xavier Ternisien
Article paru dans l'édition du 22.10.06

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