18 décembre 2006

La République et la Nation l'emportent sur le communautarisme dans la campagne

La République et la Nation l'emportent sur le communautarisme dans la campagne

LE MONDE | 16.12.06 | 13h26 • Mis à jour le 16.12.06 | 13h35

Campagne présidentielle oblige, tout ce qui touche de près ou de loin
au communautarisme est (provisoirement ?) passé de mode. S'il continue
- comme ses rivaux et adversaires - de ménager différentes communautés
qui représentent autant d'électorats potentiels, le président de
l'UMP, Nicolas Sarkozy, ne prononce presque plus jamais un discours
sans chercher à se défaire d'une image qui lui colle à la peau. "C'est
par l'éducation que nous lutterons contre le communautarisme", a-t-il
ainsi déclaré à Angers, le 1er décembre, lors de sa première réunion
publique de campagne.

Sa rivale, Ségolène Royal, n'est pas en reste. Massivement investie
par les militants socialistes après avoir mené campagne sur la nation
et l'ordre, elle vient de mettre en scène le ralliement à sa
candidature de l'ultrarépublicain Jean-Pierre Chevènement, assurant
que le début de cette "alliance au long cours" est "un moment très
important pour l'histoire de la gauche".

Notion d'inspiration anglo-saxonne, le communautarisme a effectué une
percée dans le débat public français il y a un an, à la faveur des
émeutes urbaines - perçues comme un symptôme de la faillite du modèle
français d'intégration - ainsi que des débats historico-mémoriels sur
la colonisation et l'esclavage, qui ont relancé des revendications
identitaires. Cette période, également marquée par la création du
Conseil représentatif des associations noires (CRAN), semble presque
révolue.

Pressentis comme étant susceptibles - dans des registres
diamétralement opposés - de "surfer" sur cette vague en 2007, la
députée (app. PS) de Guyane Christiane Taubira et l'humoriste
Dieudonné ont l'un et l'autre jeté l'éponge. Ces hypothèques levées,
les deux candidats dominants font assaut de républicanisme.

Apôtre de la discrimination positive - jusqu'à souhaiter publiquement
la nomination d'un "préfet musulman" -, M. Sarkozy a entamé son virage
sur l'aile il y a plusieurs mois. Le 9 mai, lors d'un meeting à Nîmes,
M. Sarkozy avait soudainement exalté "la France de toujours",
"rassemblée" et "fraternelle". L'ex-séguiniste Henri Guaino, qui n'est
pas étranger à ce changement de langage, est formel : "La France est
foncièrement anticommunautariste. Le principe d'égalité est sa clé de
voûte. L'unité est une obsession. On ne peut revendiquer le
communautarisme si on veut incarner ce pays."

"TOTALE EXASPÉRATION"

Selon l'économiste antilibéral, la perspective de la présidentielle a
"fait remonter à la surface ce qu'il y a de plus profond dans le
pays". La "société" aurait "repris le pouvoir", imposant aux candidats
à la magistrature suprême une feuille de route républicaine. "La
présidentielle va construire un imaginaire national qui rend
impossible toute réduction communautariste", assure Stéphane Rozès,
directeur de l'institut CSA-Opinion. Pascal Perrineau, directeur du
Centre d'études de la vie politique française (Cevipof), note "le
retour d'une certaine idéologie républicaine".

Les chiraco-villepinistes, qui ont attaqué sans relâche M. Sarkozy sur
ce terrain, l'ont bien compris : la présidentielle, qui sonne l'heure
du rassemblement, s'accommode mal de l'expression des différences. Le
sociologue Michel Wieviorka, qui avait participé à la création du CRAN
et salué l'émergence d'un "modèle post-républicain", constate que "le
débat s'est crispé en devenant une affaire de mémoires, mettant en
cause l'Etat-nation".

Les multiples et interminables débats où chacun fut invité à revisiter
des pages sombres de l'histoire de France ont probablement lassé.
Surtout au sein de l'électorat de droite, où l'on n'apprécie que très
modérément le thème de la repentance. "Ça a provoqué une totale
exaspération", affirme M. Guaino. Ce dernier souligne, en outre, le
"problème majeur" que pourrait soulever, "dans un contexte de
pénurie", le principe de discrimination positive s'il était appliqué
sur des critères ethniques.

Tout en récusant l'accusation de communautarisme, le CRAN espère que
ses revendications seront entendues en dépit de ce contexte moins
favorable. Il parie à mi-mots sur la permanence d'un clientélisme
inhérent à toute campagne. "Si certains candidats étaient tentés de
faire l'impasse, je crains pour eux que ce la ne se traduise de
manière négative dans les urnes", indique son porte-parole,
Louis-Georges Tin.

La bataille va se poursuivre aussi à la base, où l'on se dispute la
représentativité des Noirs : une autre association, le Collectif DOM,
entend réclamer la dissolution du CRAN, au motif qu'il aurait été
fondé "sur un principe ouvertement racial" et "manifestement
discriminatoire".

Jean-Baptiste de Montvalon
Le CRAN va interroger les candidats

Le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) va
prochainement rendre public le questionnaire qu'il entend adresser aux
principaux candidats déclarés à l'élection présidentielle. Ces
derniers seront interpellés sur différents thèmes, parmi lesquels la
politique d'immigration, la mise en oeuvre de "statistiques de la
diversité", le statut des départements et territoires d'outre-mer,
l'apprentissage de la langue créole, etc.


Article paru dans l'édition du 17.12.06

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