18 décembre 2006

L'IFOP tente d'isoler le facteur religieux dans le vote

L'IFOP tente d'isoler le facteur religieux dans le vote

LE MONDE | 16.12.06 | 13h26

S'ils cherchent à mesurer l'orientation politique des Français selon
leur confession, les instituts de sondage se heurtent à la loi
informatique et libertés de 1978, qui interdit la constitution de
fichiers en fonction de la religion.

Pour contourner cet obstacle, l'IFOP travaille sur des cumuls
d'enquêtes dans lesquelles la question de la "proximité religieuse" a
été posée. Ils isolent des sous-échantillons qu'ils additionnent, en
croisant leurs réponses sur leur "proximité politique". C'est à cet
exercice que vient de se livrer l'IFOP pour établir une analyse
intitulée : "L'orientation politique des musulmans de France à la
veille de la campagne électorale".

En cumulant 80 vagues d'enquête réalisées en trois ans - à chaque fois
auprès d'échantillons représentatifs de 1 000 personnes -, l'IFOP a
construit un échantillon cumulé de 80 335 personnes, et en a déduit un
sous-échantillon de 2 495 personnes se déclarant de religion
musulmane. Si l'effectif est conséquent, on notera que la
représentativité de ce sous-échantillon est incertaine. Au demeurant,
la loi empêche de connaître la répartition des musulmans par âge, sexe
et catégorie socioprofessionnelle, qui permettrait à un institut de
sondage de "corriger" les données brutes qu'il a recueillies.

Ces réserves posées, l'étude de l'IFOP semble traduire une nette
progression de la proximité au PS des musulmans de France après la
crise des banlieues. Selon, l'IFOP, cette proximité aurait "progressé
de 9 points (de 44,8 % à 53,8 %) entre la période avril-octobre 2005
et la période novembre 2005-avril 2006". Une hausse faite
"principalement au détriment du PC, de l'extrême gauche et des Verts",
note l'IFOP, qui y voit là un "réflexe de vote utile au profit de la
formation de gauche dominante, la seule à même de s'opposer
efficacement à l'élection de Nicolas Sarkozy".

"La droite et l'extrême droite, déjà très largement minoritaires dans
ce segment de l'électorat, ont également vu leur influence se rétrécir
plusieurs mois après les émeutes, mais dans une proportion moindre que
la gauche de la gauche", précise l'institut.

Une précédente étude de l'IFOP, publiée dans Le Figaro du 19 juin,
concernait "l'orientation politique des juifs de France". Réalisée
selon la même méthode, à partir d'un cumul de 69 enquêtes effectuées
entre janvier 2004 et février 2006, elle n'avait permis de dégager
qu'un sous-échantillon de 435 personnes se déclarant de religion
juive. Evoquant "un électorat modéré où les extrêmes de gauche, comme
de droite, font moins recette que dans la moyenne de la population",
l'IFOP avait également relevé que "la communauté juive apparaît comme
l'électorat le plus orienté à droite en comparaison avec les autres
confessions, même si la gauche bénéficie quand même du soutien de plus
d'un tiers de l'électorat juif".

A la suite de cette enquête, le Conseil représentatif des institutions
juives de France (CRIF) avait émis des réserves, évoquant une "absence
de rigueur dans le maniement des indicateurs", que le CRIF jugeait
"maladroite quand elle réactive le trop fameux concept du "vote
juif"".

Jean-Baptiste de Montvalon
Article paru dans l'édition du 17.12.06

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