20 novembre 2006

Dieudonné s'explique sur sa visite au FN

Dieudonné s'explique sur sa visite au FN

LE MONDE | 20.11.06 | 14h16

La visite de Dieudonné aux Bleu-Blanc-Rouge, la fête du Front national (FN), samedi 11 novembre, et sa poignée de main à Jean-Marie Le Pen perturbe les admirateurs de l'humoriste. A un tel point que ce dernier a décidé de faire une réunion publique dans son théâtre de la Main d'or à Paris, dimanche 19 novembre. Ils étaient près de 200, d'origines et de religions variées, à se presser à l'ouverture des portes.

Première à se lancer, Ginette Skandrani, une des fondatrices des Verts exclue du parti après notamment sa participation au site Web négationniste de l'Aaargh (Association des anciens amateurs de récits de guerres et d'holocaustes). Présidente de l'association La Pierre et l'Olivier, qui considère que l'Etat d'Israël est illégitime, elle dit comprendre cette visite - "Dieudonné s'est toujours battu pour la liberté d'expression" - mais personnellement elle n'y serait jamais allée car elle a "porté les valises du FLN pendant la guerre d'Algérie".


"Tu nous prends pour des cons comme les autres politiques, explose une jeune algérienne. C'est un coup marketing que tu fais (...). Quand tu luttais contre le sionisme j'étais prête à aller devant toi, mais là, alors que tu soutiens les sans papiers, cette visite, c'est de la politique politicienne".


Même incompréhension chez ce jeune homme qui "après une visite en Israel et en Palestine" a apprécié de pouvoir "rigoler" sur le sujet avec l'humoriste mais "fait des cauchemars la nuit" depuis "ce rapprochement avec le FN". "Tu poses aujourd'hui avec les skins contre lesquels on s'est battu", lance quelqu'un.


"Des racistes, il y en a au PS, à l'UMP et chez nous les Noirs aussi", objecte un défenseur de Dieudonné. "Moi je me reconnais plus dans les assimilationnistes, les antiaméricains, pro-arabes et anti-impérialistes que dans Dominique Strauss-Kahn qui dit que tous les juifs de la diaspora doivent soutenir Israël", commente quelqu'un tandis qu'un autre se dit "tenté par cette idée de faire exploser le système" en soutenant Jean-Marie Le Pen.


"Moi j'ai été au parti communiste, en 2002 j'ai voté Besancenot, au deuxième j'ai voté contre Chirac. Aujourd'hui j'en appelle au bing bang. Qu'on s'unisse pour faire péter le système", s'enflamme un partisan de l'humoriste. Pour ce dernier, la France est dans une "situation prérévolutionnaire" et faire "sauter le système, la pensée unique" n'est pas pour lui déplaire.

S'il "n'appelle pas aujourd'hui à voter Le Pen", il "demande à voir" et revendique le droit de "parler à tout le monde". Aux mécontents, il dit : "je ne suis pas un guide", "je suis un homme seul", un "rebelle" auquel on a "donné le rôle du méchant" et qui "s'en satisfait".

Christiane Chombeau

Article paru dans l'édition du 21.11.06

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