Rien n'a changé à Clichy-sous-Bois, par Dominique Dhombres
LE MONDE | 27.10.06 | 13h56
Pendant un an, un journaliste et un jeune habitant de Clichy-sous-Bois ont filmé la vie dans cette cité de la banlieue parisienne. On pouvait voir le résultat, jeudi 26 octobre, dans "Envoyé spécial", sur France 2.
C'est à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) qu'ont commencé, le 27 octobre 2005, les émeutes qui se sont propagées dans la France entière après la mort, dans un transformateur électrique, de deux adolescents poursuivis par la police. On suit les pas de deux animateurs noirs, Amad Ly et Goune Traoré, employés par la municipalité. Le premier a créé l'association ADM (Au-delà des mots) pour venir en aide aux familles des deux adolescents tués, le second enseigne le hip-hop.
Ils sont aussi tous les deux des "médiateurs" chargés de faire revenir le calme quand les quartiers s'embrasent. Ils habitent l'un et l'autre aux Bosquets, un grand ensemble construit dans les années 1960. Sur des images d'archives de l'époque, on voit le centre commercial et des enfants qui jouent dans les bacs à sable au pied des immeubles. Tout cela a disparu. "Il y avait un boucher, un libraire, une pharmacie et une boulangerie", se souvient Amad. Les locaux ont été abandonnés puis murés de parpaings. Les bacs à sable ont été remplacés par une dalle de béton parsemée de conteneurs à ordures.
Les commerçants sont tous partis. Il ne reste plus que le marché à ciel ouvert, le mercredi et le samedi. Les habitants ont l'impression d'être relégués à l'écart de tout, méprisés, oubliés. La moitié a moins de 20 ans. "Ça ne sert à rien", dit un adolescent noir en montrant sa carte d'identité française.
"Ici, après 18 heures, il n'y a rien", confirme Goune. Sa jeune femme en a assez de la cité. Elle voudrait qu'ils aillent s'installer à Londres, où la couleur de la peau, pense-t-elle, entre moins en ligne de compte que dans la banlieue parisienne. "Je ne veux pas que ma fille grandisse ici", dit-elle.
Après les émeutes de 2005, Clichy-sous-Bois a vu défiler beaucoup de monde. Jamel Debbouze et Joey Starr ont participé, le 21 décembre 2005, avec le maire (PS), Claude Dilain, à un meeting destiné à inciter les jeunes à s'inscrire sur les listes électorales. Jamel a lancé ses formules favorites : "On est français, on est fiers. On est nés ici. On a grandi ici. On est des icitiens."
Environ mille personnes se sont inscrites en 2005, soit cinq fois plus que l'année précédente. Mais ce que montre surtout ce reportage, c'est que, dans la vie quotidienne de ses habitants, rien n'a vraiment changé depuis un an à Clichy-sous-Bois.
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(Cette chronique s'interrompt jusqu'à notre édition datée mardi 7 novembre.)
Dominique Dhombres
Article paru dans l'édition du 28.10.06
28 octobre 2006
Rien n'a changé à Clichy-sous-Bois
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