24 octobre 2006

Porter un prénom maghrébin, véritable handicap pour la vie professionnelle

Porter un prénom maghrébin, véritable handicap pour la vie professionnelle

lundi 23 octobre 2006, 17h15

PARIS (AP) - A formation égale, à milieu d'origine identique, une personne portant un prénom maghrébin a moins de chances de connaître une ascension socioprofessionnelle qu'une personne portant un prénom français, selon une étude réalisée par l'Observatoire des discriminations.

"Un prénom signalant une origine maghrébine ou africaine va avoir un effet aggravant sur le parcours", explique le sociologue Jean-François Amadieu dans un entretien téléphonique à l'Associated Press. "La mobilité sociale va être moins bonne".
"Malgré le milieu des parents, malgré le niveau d'instruction, vous avez bien une perte de chances, un accès à l'emploi et des carrières qui sont moins bonnes", ajoute ce professeur de l'université Panthéon Sorbonne (Paris I).

L'Observatoire des discriminations, qu'il dirige, a publié en avril 2006 une étude intitulée "Olivier, Gérard et Mohammed ont-ils les mêmes chances de faire carrière?". Il a analysé les parcours de plus de 400.000 personnes nées entre 1930 et 1959, grâce aux Enquêtes emploi de l'INSEE de 1983, 1986 et 1989 (dernière année pour laquelle les prénoms sont précisés).

"Quelles que soient les années de naissance, systématiquement, on constate qu'il y a bien un impact du prénom", souligne Jean-François Amadieu. Les enfants portant un prénom considéré comme bourgeois auront de meilleures chances de carrière que leurs camarades portant un prénom considéré comme populaire. Et ce, même s'ils sont issus du même milieu social.

L'étude a mis en évidence "également un impact du prénom lorsque ce prénom signale une origine ethnique ou raciale", affirme l'auteur des "Clés du destin" (Ed. Odile Jacob). Et cet impact est encore "plus fort que la différence qu'on observait entre milieu bourgeois et milieu populaire".

Un garçon maghrébin dont le père exerce une profession intermédiaire a "cinq fois moins de chances de devenir cadre" qu'un garçon français appartenant à la même catégorie socioprofessionnelle. Plus frappant, "aucune des filles portant un prénom maghrébin issues du même milieu n'est devenue cadre", remarque Jean-François Amadieu en évoquant une "double discrimination".

Or, "la réussite scolaire des jeunes portant un nom maghrébin est quasiment équivalente à celle des personnes portant un patronyme français de souche", rappelait son étude en avril dernier. "C'est donc en raison des discriminations dans l'accès à l'emploi, de la moindre qualité des emplois obtenus, des passages par la précarité et de déroulements de carrière ralentis que la trajectoire professionnelle est moins bonne". AP

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