24 octobre 2006

Discrimination: la tête, le nom et l'adresse de l'emploi

Discrimination: la tête, le nom et l'adresse de l'emploi

lundi 23 octobre 2006, 17h16

LA COURNEUVE, Seine-Saint-Denis (AP) - Nom, couleur de peau, adresse. Autant de critères utilisés par certains recruteurs pour exclure des candidats, à en croire les témoignages de chômeurs rencontrés devant l'ANPE de La Courneuve (Seine-Saint-Denis).

"Ils prennent que des blancs!", dénonce Awa Traoré, une Française de 51 ans d'origine malienne, qui cherche un emploi de femme de ménage.

Kheïra Bekkal raconte qu'elle enchaîne les petits boulots tout en cherchant un emploi depuis quatre ans. Ses CV n'obtiennent "jamais de réponse", déplore cette Française née en Algérie, qui élève seule ses trois enfants. "C'est le racisme, avec le nom".

Titulaire d'un BTS de comptabilité, Mazrui, 25 ans, ne trouve pas d'emploi dans ce domaine. Il a répondu à une vingtaine d'annonces correspondant à son profil. Mais ses lettres de candidature restent la plupart du temps sans réponse. Dans les rares cas où il a reçu une lettre -de refus-, le motif n'est pas précisé.

"C'est peut-être mon nom", avance le jeune homme d'origine malgache et comorienne, qui ne souhaite pas donner le sien. Il explique qu'il ne joint jamais de photographie à ses CV. Et il utilise parfois une adresse à Paris pour que le recruteur ne sache pas qu'il habite à La Courneuve. D'après lui, il y a une "question peut-être de confiance, de peur", vis-à-vis des jeunes de cités.

Autant d'obstacles pour trouver un emploi. "C'est très difficile surtout de s'orienter dans un travail de bureau", observe Mazrui, en racontant l'une des mésaventures qu'a connues sa petite amie.

Tatiana, 22 ans, avait décroché un entretien d'embauche pour un poste de marketing. Comme elle porte un nom de famille lusophone, "ils ont cru que c'était une Portugaise". Lorsqu'elle est arrivée dans l'entreprise, "ils ont vu que c'était une Sénégalaise" d'origine cap-verdienne. Tatiana a demandé l'homme avec qui elle avait rendez-vous. L'hôtesse d'accueil a répondu qu'il était présent et qu'elle allait le prévenir. Elle s'est absentée cinq minutes et, à son retour, a annoncé qu'il n'était pas là.

D'après Mazrui, ces déconvenues sont fréquentes. "Elle me l'a dit souvent: son nom passe mais son visage ne passe pas". La jeune fille, qui habite Stains, a décroché un CDD à Disneyland Paris grâce à "une copine qui l'a pistonnée". Mazrui, lui, travaille ponctuellement pour une société de livraison, également grâce à un ami. Son cousin, qui a un BTS d'électrotechnicien, n'a pas non plus trouvé d'emploi dans son domaine de compétences et "il fait des livraisons à La Poste".

Pour augmenter ses chances de trouver un emploi, Labou, qui avait travaillé dans la confection en Tunisie, a suivi un stage pressing il y a deux ans. Le patron qui dispensait cette formation a ensuite embauché l'une des stagiaires, une femme "d'origine française", précise-t-elle. "C'est peut-être à cause du foulard", avance cette femme de 35 ans qui cache ses cheveux sous un voile. "Je ne trouve pas d'autre cause".

Adjèle, une habitante du Bourget de 37 ans, souligne qu'il est difficile de déceler d'éventuelles discriminations. "Des fois, on envoie des CV et on n'est pas rappelé. Donc on ne peut pas savoir trop ce qui est à la base" du refus, note cette femme qui était opératrice de saisie au Togo et qui souhaite suivre une formation en bureautique et comptabilité. AP

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