13 décembre 2006

Réactions politiques embarrassées après les propos de Pascal Sevran sur l'Afrique

Réactions politiques embarrassées après les propos de Pascal Sevran sur l'Afrique

LE MONDE | 12.12.06 | 13h51 • Mis à jour le 12.12.06 | 13h52

Les propos de l'animateur de France 2, Pascal Sevran, sur la natalité en Afrique, lui ont valu, lundi 11 décembre, une lettre d'avertissement du directeur général de France 2, Philippe Baudillon, rendue publique par la chaîne. Ses déclarations suscitent l'indignation des mouvements antiracistes et provoquent l'embarras de quelques politiques.

Prenant acte des "excuses" présentées par M. Sevran dans Le Parisien dimanche du 10 décembre et du fait que les propos incriminés n'ont pas été tenus à l'antenne, la direction de France 2 lui écrit qu'il n'est "pas pensable que des propos (...) en contradiction flagrante avec les valeurs de service public soient véhiculés dans quelque support que ce soit". Elle lui adresse "une très ferme mise en garde qui a valeur de sévère avertissement" et menace de "remettre en cause" sa collaboration à France 2. L'émission de l'animateur, "Chanter la vie", rassemble chaque dimanche 1,9 million de téléspectateurs.

M. Sevran avait déclaré à Var Matin, le 2 décembre, qu'il "faudrait stériliser la moitié de la planète". Il commentait un passage de son livre Le privilège des jonquilles (Albin Michel), vendu à 50 000 exemplaires, où il désignait les coupables de la famine au Niger, selon lui : "Ils signent leurs crimes en copulant à tout va, la mort est au bout de leurs bites, ils peuvent continuer parce que ça les amuse (...) : faire des enfants, le seul crime impuni." Dans Le Parisien dimanche, l'animateur suggérait d'instaurer "un véritable contrôle des naissances, comme les Chinois l'ont fait", un pays où ont eu lieu des campagnes de stérilisation forcée et des meurtres de bébés de sexe féminin.

Le président du MRAP, Mouloud Aounit, juge les excuses de M. Sevran "bien tardives" et la mise en garde de France 2 "à moitié satisfaisante". "C'est un homme public, il a une responsabilité. Il fallait le suspendre d'antenne jusqu'à ce que les procédures judiciaires débouchent", souligne-t-il. Le MRAP a saisi le parquet, lundi. "Ce que je trouve terrible, c'est qu'il y a eu l'affaire Frêche et l'affaire Finkielkraut (sur les joueurs noirs de l'équipe de France) et que les uns et les autres font sauter les verrous. Il y a une banalisation des stéréotypes racistes", souligne M. Aounit. Mardi, Dominique Sopo, le président de SOS-Racisme et Patrick Lozes, le président du CRAN, devaient tenir une conférence de presse commune.

A l'Elysée, le commentaire est sans ambiguïté : "Il est bien évident que le président condamne de tels propos. Il a été le premier à condamner ceux de Georges Frêche et l'un des seuls à droite", observe l'entourage de Jacques Chirac, interrogé par Le Monde.

Jack Lang, dont l'animateur de télévision invoque le soutien, est plus embarrassé. L'ancien ministre de la culture veut témoigner que M. Sevran est "étranger à toute vision raciste" en précisant qu'il "ne partage ses propos consternants en aucune manière". Et conclut : "Je sais que ce n'est pas politiquement correct, mais je m'en fous : c'est un ami." Bertrand Delanoë assure que "le fond de la pensée de Pascal n'a pas le moindre rapport avec le racisme". L'entourage de Nicolas Sarkozy, envers qui M. Sevran a professé une admiration publique et répétée, est très prudent : "M. Sevran ne fait pas partie du comité de soutien de Nicolas Sarkozy. D'ailleurs il n'y a pas de comité de soutien." Les collaborateurs du président de l'UMP surveillent cependant avec attention les réactions des médias à l'affaire.

Béatrice Gurrey
Article paru dans l'édition du 13.12.06

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