Incendies de mosquées : le racisme pour mobile
De notre correspondant à Annecy (Haute-Savoie) SERGE PUEYO.
Le Figaro, Publié le 05 décembre 2006
L'un des accusés est un ancien hooligan du PSG.
POUR LA PREMIÈRE fois en France, des auteurs d'incendies volontaires contre des lieux de culte comparaissent devant une cour d'assises. Depuis hier, quatre hommes poursuivis pour avoir mis le feu dans la nuit du 5 mars 2004 à la mosquée d'Annecy et à une salle de prière de Seynod doivent répondre de leurs actes devant les assises de Haute-Savoie.
Ce quatuor est composé de Nicolas Paz, 29 ans, videur de boîte de nuit et ex-hooligan du PSG dans le fameux Kop Boulogne, Michel Guegan, 25 ans, magasinier et ex-militaire du 27e bataillon de chasseurs alpins (BCA), Anthony Savino, 24 ans, membre de ce même 27e BCA et Damien Gallaud, 26 ans, chauffeur-livreur. S'ils ont décidé de passer à l'action, « c'est parce qu'ils n'aimaient pas les Arabes ». Les quatre hommes ont voulu dénoncer « une invasion étrangère du sol français mettant en danger les valeurs et les cultures de notre pays ». À l'époque des faits, Michel Guegan était parfois surnommé « SS ». Chez lui, les enquêteurs ont retrouvé des croix gammées, des insignes SS, des affiches de propagande et des CD de musiques militaires nazies. Sur une photo, Guegan pose aux côtés de Jean-Marie Le Pen. Il est vêtu d'un tee-shirt avec une vierge qui porte un enfant à la tête d'Hitler.
Aujourd'hui, le jeune homme n'assume pas ses idées. « Si je m'intéressais à l'armée allemande, c'est au niveau historique, pas idéologique, assure-t-il. J'étais fasciné par la puissance militaire des Allemands. » Le président lui rappelle qu'il a appartenu pendant un an au Front national. Pourquoi avoir quitté ce mouvement ? « Parce que c'était une bande de gros cons. Un parti qui se veut radical devrait adopter des solutions radicales. » Une ex-petite amie de Guegan le présente comme « calme, très tolérant, il avait même des amis maghrébins ». Né de père inconnu, adopté à l'âge de 5 ans, Guegan quitte l'armée après avoir eu un conflit avec son supérieur d'origine musulmane « qui voulait me faire craquer ».
Nicolas Paz, lui, se met à pleurer lorsqu'il évoque son enfance difficile dans une cité parisienne « où j'étais rejeté parce que j'étais blanc ». Puis lance énervé : « Si j'ai mis le feu à cette mosquée, c'est par réaction à ce qui se passait en Irak, à la rancune que j'avais car ma mère a été violée dans sa jeunesse en Algérie. La marraine de mon fils a aussi été violée par trois Maghrébins. C'est une réaction politique, je ne suis pas un nazi, juste un nationaliste. » Nicolas Paz revient sur ses années de hooligan au PSG : « On donnait rendez-vous à d'autres hooligans de clubs adverses et on se mettait sur la gueule. Mais il n'y avait pas de mort. Mes amis sont encore au Kop Boulogne et je n'en ai pas honte. »
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