Les Latinos et les Noirs américains hésitent entre confrontation et coopération
mercredi 1 novembre 2006, 14h29
ATLANTA (AP) - La forte immigration des hispaniques, qui forment désormais la première minorité ethnique des Etats-Unis, bouleverse les relations entre les Latinos et les Noirs américains, et les deux communautés hésitent entre une alliance contre les discriminations et une concurrence entre groupes défavorisés.
Selon les statistiques officielles américaine -qui recensent comme hispaniques tous les habitants qui ont des origines dans un pays hispanophone- ces derniers représentent 14,5% de la population (400 millions d'habitants), contre 12,1% pour les Noirs.
Le Sud, berceau historique à la fois de la ségrégation entre Blancs et Noirs et de la lutte des Afro-américains pour les droits civiques, est aujourd'hui une des régions américaines qui accueille le plus de nouveaux migrants, majoritairement hispaniques.
A Houston ou Los Angeles, la compétition entre les Noirs et les hispaniques se fait sentir de plus en plus souvent, notamment pour l'accès aux emplois les moins bien payés. Beaucoup de ceux qui se disent hostiles à l'immigration affirment que les nouveaux immigrés acceptent des salaires plus bas que les autres.
"Si vous descendez au niveau du travailleur de base, l'antagonisme reste présent, alors que les politiciens ne parlent que de points de vue partagés", estime Nicolas Vaca, auteur du livre "L'Alliance présumée: le conflit non-dit entre les Latinos et les Noirs".
Pourtant, nombre d'employeurs du Sud, notamment des fermiers, affirment qu'ils ne trouvent pas assez de travailleurs pour récolter les pêches ou plumer les poulets. Et les statistiques montrent que les hispaniques souffrent non seulement moins du chômage (5% contre 9% pour les Noirs), mais gagnent aussi plus que les Noirs. En 2005, leurs revenus étaient supérieur de 10% en moyenne à ceux des Noirs.
Cette animosité, qui débouche parfois sur des violences aux relents racistes, se traduit aussi sur la scène politique. Les Noirs du Sud semblent plus favorables qu'ailleurs aux restrictions à l'immigration et on a vu en Géorgie des parlementaires afro-américains combattre des aides destinées aux entrepreneurs hispaniques au motif qu'elles seraient mises en place au détriment des aides accordées aux Noirs. Ray Nagin, le maire noir de la Nouvelle-Orléans, a également exprimé publiquement sa crainte de voir sa ville (60% de Noirs avant Katrina) "submergée de travailleurs immigrés" employés à la reconstruction après l'ouragan Katrina.
Mais certains sont persuadés que la difficile lutte des Noirs contre la ségrégation peut servir de modèle à l'intégration des hispaniques, notamment dans le Sud. Pour l'Association nationale pour l'avancement des gens de couleur (NAACP) et le Conseil national "La Raza" (La race), les Noirs constituent à la fois le modèle et l'allié parfait pour les hispaniques, notamment les immigrés qui se battent pour obtenir un assouplissement des lois sur l'immigration.
"Il y a un lien très naturel entre les communautés afro-américaine et hispanique", estime le président de la NAACP Bruce Gordon. Selon lui, "il y a un effort qui vise à créer de l'animosité" entre les deux communautés, mais "nous avons intérêt à nous unir et nous devrions trouver un moyen de tirer parti de cette occasion".
C'est ce qu'ont tenté de faire plusieurs leaders noirs en évoquant une lutte commune contre la discrimination lors d'une grande manifestation à Atlanta qui a rassemblé 50.000 personnes favorables à l'immigration -un thème plus proche des préoccupations des hispaniques.
C'est aussi dans un comté majoritairement noir de la banlieue d'Atlanta qu'est née à la rentrée la première école bilingue anglais-espagnol de Géorgie. Pour Yolanda Hood, une mère de famille noire qui y a inscrit son fils de cinq ans, "si nous sommes plus sensibles aux revendications des hispaniques, c'est à cause de tous les préjudices auxquels nous avons été confrontés." AP
01 novembre 2006
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