14 novembre 2006

Le ministre français de l'intérieur tente de jouer l'apaisement à Alger

Le ministre français de l'intérieur tente de jouer l'apaisement à Alger

LE MONDE | 14.11.06 | 15h45 • Mis à jour le 14.11.06 | 15h45

ALGER ENVOYÉ SPÉCIAL

Nicolas Sarkozy l'a répété tout au long de la première journée de sa visite de deux jours à Alger, lundi 13 septembre : c'est "en étroite liaison" et même "à la demande" du président français, Jacques Chirac, qu'il se trouvait là, à essayer de résorber les brèches dans les relations entre les deux pays, en particulier la question de la colonisation.

"Génocide culturel", avait accusé le président algérien, Abdelaziz Bouteflika. "Rôle positif", avait suggéré l'Assemblée nationale française, avec sa loi controversée du 23 février 2005, abrogée un an plus tard sur proposition de M. Chirac. "On ne peut demander aux enfants de s'excuser pour les fautes des pères", a, pour sa part, résumé le ministre français de l'intérieur, en proposant de se tourner vers l'avenir des relations entre les deux pays.


Plus question, pour l'heure, de traité d'amitié entre l'Algérie et la France. "J'ai toujours pensé que l'amitié n'avait pas besoin d'être gravée dans le marbre d'un traité", avait déclaré le ministre français quelques jours avant sa visite, pour déminer le terrain. A Alger, M. Sarkozy s'est cependant évertué à donner des gages de bonne volonté.


Lors d'une rencontre avec son homologue Yazid Zerhouni, il a confirmé la suppression de la consultation européenne préalable pour les demandeurs de visa français. Qualifiant cette particularité de "mesure vexatoire et inutile", M. Sarkozy s'est félicité d'avoir obtenu la levée du veto de trois pays européens : l'Espagne, l'Allemagne et le Portugal. En 2005, la France a accordé 150 000 visas aux Algériens sur 250 000 demandes.


En matière terroriste, la communication officielle a été réduite au strict minimum. Le ministre de l'intérieur français a toutefois abordé avec M. Zerhouni, puis avec le chef de gouvernement, Abdelaziz Belkhadem, la délicate question du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Les autorités françaises n'avaient pas été informées de l'identité des 2 629 anciens détenus islamistes remis en liberté dans le cadre de la politique de réconciliation nationale. "Il n'y a plus de problème. Les Algériens sont décidés à nous donner des informations. Nous avons intérêt pour notre propre sécurité à travailler main dans la main avec les services algériens", a déclaré le ministre.


"SE COMPRENDRE"


La première partie du programme de visite du ministre français était de nature symbolique. Elle l'a conduit à déposer une gerbe au Monument des martyrs, puis à faire de même dans le cimetière chrétien et juif de Saint-Eugène-Bologhine. En ce lieu, M. Sarkozy a souligné qu'"il y a eu un système, un système colonial, un système injuste qui a fait beaucoup de souffrances. Mais à côté de cela, il y a des hommes et des femmes, quelles que soient leurs origines, qui ont également été victimes de cette injustice (...). Il faut se garder des paroles qui blessent et essayer de se comprendre".


Le ministre de l'intérieur a également pris place quelques minutes dans la basilique Notre-Dame-d'Afrique, qui reste un point d'ancrage spirituel pour les Français d'Algérie.

Une étape du voyage a par ailleurs été tenue secrète jusqu'à lundi soir. Avant sa rencontre avec le président Bouteflika, mardi matin, M. Sarkozy devait aller en hélicoptère se recueillir au monastère de Tibéhirine. Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept moines avaient été enlevés et exécutés. Une instruction est toujours en cours à Paris.

Piotr Smolar

Article paru dans l'édition du 15.11.06

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