Le ''job dating'' ouvre l'emploi aux handicapés
DELPHINE DE MALLEVOÜE.
Le Figaro, Publié le 13 novembre 2006
Avec ses brefs tête-à-tête pour séduire un employeur, le « job dating », calqué sur le modèle du « speed dating » amoureux, est à l'honneur lors de cette Semaine pour l'emploi des personnes handicapées.
RÉINVENTER les méthodes de recherche d'emploi pour redynamiser le marché : voilà le pari du job dating qui, déjà répandu dans le milieu ordinaire du monde du travail, commence à gagner celui des personnes en situation de handicap.
Le principe est simple : les chercheurs d'emploi, qui ont préalablement envoyé un CV anonyme aux organisateurs de la manifestation, sont choisis par les entreprises présentes en fonction de leurs besoins à pourvoir, pour des entretiens de douze minutes montre en main. Un maximum de six rendez-vous est fixé. La nature du handicap n'est découverte par les recruteurs que lors du face-à-face. À charge pour ces derniers de reprendre contact avec les candidats qui les ont intéressés.
L'avantage d'un tel procédé ? Le confort psychologique d'être démarché par une entreprise et non l'inverse, ce qui est très « revalorisant et motivant », comme en témoigne Bernadette Dumont, jeune handicapée qui a participé à un job dating en juin dernier. « Pour une fois que ce sont les sociétés qui sont candidates, ça fait du bien !, s'exclame-t-elle. Comme elles savent d'emblée qu'on est handicapé, on ne se sent pas inférieur comme cela arrive souvent dans les entretiens traditionnels. Cela permet à tout le monde de se concentrer sur les compétences professionnelles ». Autrement dit, c'est un moyen moderne de faire du « recrutement non compassionnel », comme le disent de nombreuses associations.
Et, à en croire les chiffres, les résultats sont là. En 2005, sur les 720 entretiens organisés au cours des job datings, 70 % des candidats ont été recontactés pour des entretiens approfondis et six mois après, 55 % ont trouvé le chemin de l'entreprise (40 % sous forme de CDI, 15 % en CDD), selon l'Association pour l'insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (l'Adapt). « Tous ne trouvent pas forcément un travail dans une des entreprises ayant participé au job dating, précise Michel Trollé, organisateur pour l'Adapt des job datings en région Basse-Normandie, mais tous ont admis, après enquête, que cette expérience avait été bénéfique et les avait replacés dans une situation de dynamique et de confiance, propice à une recherche efficace d'emploi ».
Un tel succès justifiait que, cette année, le job dating soit mis à l'honneur de la 10e édition de la Semaine pour l'emploi des personnes handicapées, qui débute aujourd'hui. Pas moins de treize villes vont en organiser : Lyon, Caen, Rennes, Auxerre, Paris, Annecy, Bourges, Metz... Nouveauté cette année : une autre forme de job dating, via Internet cette fois, va être expérimenté par webcams interposées.
Ces rendez-vous vont être associés à quelque 150 autres actions dans toute la France, telles que des forums de recrutement, des ateliers-débats ou encore des journées portes ouvertes. Un seul mot d'ordre pour cette semaine de mobilisation et de sensibilisation auprès des entreprises : « Ouvrons la porte à toutes les compétences », scande l'Adapt, organisatrice de cette édition.
Des progrès « significatifs » ont beau avoir été faits « depuis trois ans », comme le souligne Claudie Buisson, directrice générale du Fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph), le défi de l'intégration « est encore loin d'être gagné ».
En effet, sur les quelque 900 000 handicapés actifs, si 680 000 travaillaient en 2005 contre 650 000 en 2004, représentant une hausse de 4,6 %, le taux de chômage est encore de 17 % alors qu'il est de 8,8 % pour l'ensemble de la population.
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