Les habitants des banlieues refusent d'être les otages de la campagne présidentielle
LEMONDE.FR avec AFP | 16.10.06 | 17h19 • Mis à jour le 16.10.06 | 20h19
A l'approche du premier anniversaire du soulèvement des banlieues, Dominique de Villepin a rencontré, lundi 16 octobre, à Matignon, les responsables d'associations présentes sur le terrain des zones urbaines sensibles. Tous ont exprimé un sentiment d'inquiétude face à l'aggravation de la situation. "On est un peu inquiets à l'approche de la date anniversaire parce que, quand même, il y a des tensions dans les quartiers", a déclaré Hassan Ben M'Barek, porte-parole du collectif Banlieues respects, à l'issue de cette réunion, à laquelle assistaient également les ministres des sports et de la promotion de l'égalité des chances, Jean-François Lamour et Azouz Begag.
Karim Oumnia, PDG d'une entreprise d'équipements sportifs, a mis en garde contre les amalgames, affirmant qu'il "ne faut pas que ces tensions deviennent la lutte d'une partie de la France contre l'autre" car "ce ne sont pas les cités qui font ces événements, mais quelques personnes, et la majorité des habitants, qui sont Maghrébins ou Africains, sont contre ces événements".
STIGMATISATION DES BANLIEUES
Les associations ont dans l'ensemble regretté que le discours politique, à l'approche des élections présidentielles, stigmatise les banlieues et les immigrés. "Toutes les thématiques qui opposent les citoyens les uns aux autres, les structures les unes aux autres, les magistrats aux policiers, sont un discours dangereux et nous serons tous perdants si on continue", a ainsi estimé Ali Aïssaoui, d'UNIR (Union nationale des initiatives républicaines). De même, Stéphane Ouraoui, président de Pas de quartier, tous citoyens, redoute que les habitants des banlieues dites "difficiles" ne soient "les otages de la prochaine campagne présidentielle".
Enfin, le collectif Banlieues respects a réitéré sa demande d'un "débat parlementaire" sur l'utilisation des 700 millions d'euros accordés après les émeutes. "100 millions ont été attribués aux associations et 600 millions aux élus locaux", a relevé M. Ben M'Barek. "Au bout d'un an, on s'aperçoit que ceux qui en ont profité sont les grands réseaux associatifs nationaux et les élus locaux", alors que les associations de terrain "n'ont pratiquement rien eu du tout", a-t-il regretté. Le premier ministre devrait leur donner une réponse "prochainement" sur ce débat. Il a toutefois rappelé que, depuis les émeutes de l'automne 2005 dans les banlieues, "plus de cent mesures ont été décidées et sont actuellement mises en œuvre pour inverser des processus de ségrégation et d'exclusion sociale".
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