L'Insee dresse un portrait de l'immigration en France
LEMONDE.FR | 24.08.06 | 10h05 • Mis à jour le 24.08.06 | 10h05
En 2004, 4,9 millions d'immigrés résidaient en France métropolitaine, soit 8,1% de la population, selon une étude de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) publiée jeudi 24 août. 40 % d'entre eux ont la nationalité française (36 % cinq ans plus tôt), acquise par naturalisation ou par mariage.
Ces chiffres sont toutefois à considérer avec précaution. Si l'institut comptabilisait 4,2 millions d'immigrés en 1990, il n'en avait recensé que 100 000 de plus en 1999. Catherine Borrel, auteure de cette étude de l'Insee, reconnaît que le dernier chiffre de 1999 "a [été] sous-estimé". Dans Le Figaro du 24 août, Michèle Tribalat, directrice de l'Institut national d'études démographiques (INED) met en garde contre une exploitation des chiffres de l'Insee trop hâtive. La démographe estime que "le solde migratoire - bilan des entrées et sorties d'étrangers et de Français - est parfaitement inconnu puisque seules les entrées d'étrangers le sont à peu près".
NIVEAUX DE FORMATION EN PROGRESSION
L'étude de l'Insee relève que depuis 1982, "le niveau de formation des immigrants a fortement progressé". Quatre fois plus d'immigrés détiennent un diplôme de l'enseignement suspérieur. Certes, 41 % des 30-49 ans détiennent au mieux un certificat d'études primaires (17 % chez les non-immigrés), mais près d'un immigré sur quatre (24 %) est diplômé du supérieur, un niveau comparable à celui des Français de souche (29 %). Cette amélioration est due à l'arrivée de nouveaux migrants mieux formés : 33 % de ceux installés en France depuis moins de 10 ans sont diplômés du supérieur, contre 27 % arrivés il y a 10 à 19 ans.
Au total, 60 % des immigrés résident dans les trois grands bassins urbains d'emplois que sont l'Ile-de-France (où un habitant sur six est immigré), les régions PACA (4 sur 10) et Rhône-Alpes (1 sur 10). Ils sont très peu présents dans l'ouest de la France comme la Bretagne, la Basse-Normandie ou les Pays de la Loire. Quant aux DOM, ils hébergent 6 % des immigrés, principalement en Guyane.
ORIGINES GÉOGRAPHIQUES
"Les immigrés originaires d'Afrique et d'Asie sont plus nombreux sur le territoire qu'en 1999. C'est l'inverse pour ceux issus des anciens courant migratoires d'Espagne et d'Italie", constate l'institut.
En 2004, 1,7 million venaient des 25 pays de l'UE actuelle, comme en 1999, mais leur origine géographique évolue : Italiens, Espagnols et Polonais, issus d'une immigration plus ancienne, diminuent, les Portugais se maintiennent et les Britanniques, attirés par le parc immobilier français, font une percée (+ 45 000). Malgré un bond de 37 % des Européens de l'Est (hors UE), la part du Vieux Continent parmi les immigrés ne cesse de baisser : de 57 % en 1975, elle est tombée trente ans plus tard à 40 %.
Un million et demi d'immigrés viennent du Maghreb, soit 220 000 de plus qu'en 1999, presque exclusivement des Algériens et Marocains. Le reste du monde totalise 1,4 million de personnes, soit 29 % des immigrés (20 % en 1999), un afflux dû essentiellement à l'Asie et à l'Afrique sub-saharienne dont les natifs, issus des anciennes colonies françaises, sont 570 000 (+ 45 % en 5 ans).
PARITÉ HOMMES-FEMMES
Après des décennies de domination masculine liée à l'afflux de main-d'œuvre non qualifiée, hommes et femmes immigrés sont désormais à égalité. Le point d'équilibre a été atteint il y a cinq ans, conséquence du regroupement familial qui a succédé dans les années 1970 à l'immigration de travail, essentiellement masculine. Chez les Maghrébins, Turcs et Portugais, les hommes restent encore majoritaires.
Enfin, note l'Insee, grâce aux nouveaux arrivants, la population immigrée n'a pas vieilli entre 1999 et 2004-2005, contrairement aux non-immigrés. Ce sont les premiers arrivés, Italiens, Espagnols ou Polonais, qui sont les plus vieux, tandis qu'un immigré sur cinq venu d'Afrique sub-saharienne a moins de 25 ans.
Avec Reuters et AFP
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