Radio Droit de cité en péril à Mantes-la-Jolie
LE MONDE 08.01.07 14h49 • Mis à jour le 08.01.07 14h49
Implantée depuis quinze ans au coeur du Val Fourré, Radio Droit de Cité (RDC), la radio associative des jeunes de Mantes-la-Jolie (Yvelines), risque de ne pas survivre aux dissensions qui opposent les huit salariés, des bénévoles et ses membres fondateurs à l'un des deux "présidents" de la station. L'imbroglio est tel, aujourd'hui, que l'association qui gère cette radio se retrouve face à deux personnes revendiquant sa présidence, et que le conseil d'administration (CA) se divise en deux clans, chacun prenant des décisions opposées...
La crise s'amorce début novembre, lorsque les salariés de RDC se mettent en grève en raison de désaccords avec le président, Lahbib Eddaouidi. Ils détaillent alors au CA une "attitude déloyale et vexatoire", mais aussi "une violation des principes déontologiques et de l'éthique du média", l'équipe estimant que M. Eddaouidi "prône un discours politique", par exemple en interdisant d'antenne tout opposant à l'équipe de l'ex-maire de la ville, Pierre Bédier, député (UMP), président du conseil général des Yvelines, élu de Mantes-la-Jolie - qui a fait appel de sa condamnation du 12 décembre pour "abus de biens sociaux" et "corruption passive". M. Eddaouidi, lui, conteste en bloc les propos des salariés : "On ne m'a jamais fait de reproches concrets !"
Après avoir entendu le président et les salariés, quatre des sept administrateurs (soit la majorité du CA) votent début novembre une motion de défiance à l'encontre de M. Eddaouidi, avant de le révoquer le 29 décembre "au regard de graves irrégularités". Ils élisent alors un "président de transition", Bernard Kossoko, "jusqu'à la tenue de la prochaine assemblée générale ordinaire". Mais, estimant ces décisions "illégales", M. Eddaouidi continue de se proclamer président et d'agir comme tel, quitte à prendre seul, ou avec un seul administrateur, des décisions importantes pour l'avenir de la radio.
UN COMITÉ DE SOUTIEN
Pour sortir de l'impasse, quatre acteurs sociaux mantais reconnus pour leur neutralité décident, jeudi 4 janvier, de réunir M. Eddaouidi et les quatre membres qui l'ont destitué. Ils n'en tirent pas moins un constat d'"échec". "Les quatre membres du CA qui avaient révoqué M. Eddaouidi ont accepté toutes les conditions que celui-ci posait pour que l'association refonctionne normalement, expliquent-ils. Toutes sauf une, que même nous, les médiateurs, ne pouvions accepter : pour élire un nouveau conseil d'administration et un nouveau président, fin janvier, M. Eddaouidi voulait que les quelque 200 personnes qui venaient d'adhérer à RDC auprès de lui puissent prendre part au vote. Or ces adhésions ne figurent nulle part." Etablie fin décembre par le trésorier de l'association et constatée par huissier, la liste des adhésions pour 2006 fait état de 35 personnes à jour de cotisation...
Un comité de soutien à RDC vient de se créer. Il pose une question que beaucoup n'osent formuler à voix haute - et que récuse M. Kossoko, le "président de transition" : "M. Pierre Bédier veut-il récupérer Radio Droit de Cité avec l'aide du président de RDC ?" L'entêtement de l'ex-président Eddaouidi à refuser toute sortie de crise ne cache-t-il pas un enjeu politique, se demandent eux-mêmes les médiateurs ?
Martine Delahaye
Une radio très écoutée par les jeunes de Mantes
Emblème des radios de banlieue, Radio Droit de Cité est essentiellement musicale et destinée aux 15-25 ans. Répondant à sa mission de communication sociale de proximité, la session matinale propose la découverte de métiers. Chroniques et courts reportages ponctuent les émissions qui accueillent des DJ et des artistes de Mantes ou de quartiers populaires et les plages musicales (hip-hop, R&B, black music, soul, reggae).
Article paru dans l'édition du 09.01.07
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