18 janvier 2007

L'Europe en 2050 : moins d'actifs, plus d'immigrés

L'Europe en 2050 : moins d'actifs, plus d'immigrés


Le Figaro, Publié le 18 janvier 2007

Pour maintenir son niveau actuel de population active, l'Union européenne devrait accueillir 79 millions d'immigrés d'ici à 2050, prévient la Banque mondiale.

LES ÉTATS membres de l'Union européenne (UE) vont devoir surmonter dans les prochaines années un important défi démographique, avertit un rapport de la Banque mondiale rendu public hier (1).

Si cette région veut maintenir sa population active au niveau où elle était en 1995 en ne jouant que sur la seule variable migratoire, elle devra accueillir 79 millions de travailleurs immigrés d'ici à 2050, estime la Banque, en reconnaissant toutefois que ce chiffre « dépasse de loin les niveaux politiquement et socialement acceptables ».

Un tel besoin nécessiterait de multiplier le nombre actuel d'immigrés, qui se situe autour de 26 millions, par quatre au sein de l'EU (en y ajoutant la Suisse). Pour donner une idée de l'ampleur que représenterait un tel flux migratoire, les auteurs du rapport rappellent que l'UE a accueilli 8,8 millions d'immigrés pendant la décennie 90.

Ce besoin en main-d'oeuvre importée est la conséquence du vieillissement de la population. Certes, l'allongement de la durée de la vie va d'abord contribuer à l'augmentation du nombre des habitants du Vieux Continent. De 397 millions aujourd'hui, leur nombre devrait atteindre, selon la Banque mondiale, 407 millions en 2030 avant de revenir à 400 millions en 2050. Au total, la population du Vieux Continent devrait donc très légèrement augmenter entre aujourd'hui et le milieu du siècle. En revanche, à cet horizon la population active devrait « diminuer substantiellement » en raison de la « pyramide des âges » dans ces pays, souligne le rapport. Il est en effet notoirement connu que les générations du baby-boom d'après-guerre vont arriver à la retraite dans les toutes prochaines années.

Le rapport n'envisage pas l'option des politiques publiques pour infléchir la natalité ou réformer les retraites. La seule piste qui leur paraît réaliste est d'autoriser l'importation de travailleurs étrangers.

La Turquie, réserve de main-d'oeuvre

Reste que les réservoirs de main-d'oeuvre originaires d'Europe (centrale et orientale), de Russie et d'Asie centrale sont en voie d'épuisement après les vagues de départs qui ont suivi l'éclatement de l'URSS. Un pays comme la Pologne qui a vu s'exiler plus de 350 000 personnes avant 2003 et sans doute davantage après l'élargissement de 2004, manque aujourd'hui de bras et recrute des Ukrainiens et des Biélorusses. Quant à la Hongrie, son solde migratoire est déjà redevenu positif.

La solution serait donc que l'Europe importe davantage de main-d'oeuvre turque, suggère la Banque mondiale. « Avec une augmentation de 16 millions de sa population en âge de travailler (d'ici à 2050, NDLR), la Turquie pourrait couvrir à hauteur de 12 millions le déficit démographique de l'UE », estime le rapport.

(1) Migrations and Remittances. Eastern Europe and the Former Soviet Union. January 2006. World Bank.

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