07 janvier 2007

Le démocrate Keith Ellison a prêté serment sur le Coran

Le démocrate Keith Ellison a prêté serment sur le Coran

LE MONDE 05.01.07 14h55

NEW YORK CORRESPONDANT

Au côté de Nancy Pelosi, le démocrate Keith Ellison, premier musulman élu au Congrès, a prêté serment, jeudi 4 janvier, sur une copie du Coran datant de 1764 et ayant appartenu à Thomas Jefferson, le troisième président des Etats-Unis.

Les membres de la Chambre des représentants prêtent officiellement serment en groupe et sans livre. Mais dans les cérémonies non officielles qui suivent, et notamment lors de la traditionnelle photo, ils ont pris l'habitude de promettre allégeance à la Constitution la main sur la Bible.

"J'ai mis ma main sur le livre qui est la base de ma foi, l'islam, et je pense que c'est une chose merveilleuse pour notre pays", a déclaré l'avocat noir de 43 ans. Il a ajouté : "Je veux envoyer un message aux Américains. Il ne faut pas avoir peur des différences religieuses. Mais maintenant que je l'ai fait, passons à autre chose."

Sa décision a provoqué une polémique. Elle a été dénoncée par la droite conservatrice et religieuse comme "un blasphème à la Constitution". Certains ont appelé à voter une loi contraignant tous les élus à utiliser la Bible, quelle que soit leur appartenance religieuse.
Le président de la très puissante Association des familles américaines (American Family Association), Tim Wildmon, a affirmé que le Coran "représente un changement pour notre société et notre culture s'il est considéré comme l'équivalent de la Sainte Bible".

Keith Ellison s'est multiplié dans les médias pour dénoncer ces attaques : "En Amérique, que vous soyez juif, chrétien, musulman ou d'une autre foi, si vous êtes élu du Congrès, vous devez promettre de respecter et défendre la Constitution. Une Constitution qui interdit au Congrès de voter une loi établissant une religion d'Etat. Une Constitution qui affirme qu'il n'y a pas de critère religieux pour tenir une fonction élective."

Il s'est aussi excusé publiquement pour avoir appartenu pendant dix ans à l'organisation Nation of Islam (Nation de l'islam), dirigée par Louis Farrakhan, qui véhicule une idéologie raciste. "J'ai depuis longtemps pris mes distances et rejeté Nation of Islam, qui propage des idées bigotes et antisémites", a-t-il affirmé.

Un peu à l'image de l'élection en 1960 du premier président catholique des Etats-Unis, John Fitzgerald Kennedy, la présence au Congrès d'un élu musulman est un symbole. Elle a été saluée par les six millions de musulmans américains.

Eric Leser
Article paru dans l'édition du 06.01.07

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