Cartes bancaires ou publicitaires ?, par Anne Michel
LE MONDE | 18.01.07 | 13h42
C'est un communiqué discret, au ton neutre, signé d'un groupement d'intérêt économique (GIE) bancaire, le Groupement des cartes bancaires, mardi 16 janvier : il lève l'interdiction faite aux banques d'émettre des cartes "comarquées" avec des enseignes commerciales ou toute autre "marque non bancaire".
Demain, les cartes bancaires délivrées par BNP Paribas, la Société générale, le Crédit mutuel, les Caisses d'épargne, etc., seront frappées d'un logo commercial choisi par leurs soins ou par leurs clients : celui d'un grand distributeur, d'une compagnie aérienne, d'un prestataire de loisirs... ou d'un ordre religieux !
L'information réjouit les groupes de la grande distribution, qui réclament depuis des années - dans l'idée de donner de la vigueur à leurs programmes de cartes privatives - l'abrogation d'une exception française qualifiée d'anachronique dans un marché libéralisé. Les spécialistes du marketing ne cachent pas non plus leur enthousiasme de voir "l'innovation" gagner le secteur protégé des banques : "La libéralisation du marketing des cartes bancaires, c'est plus de services pour les clients, des promotions, des offres ciblées", assure Benoît Lassara, d'Alténor, un cabinet de marketing.
Pourtant, pour les consommateurs, le "comarquage" recèle plus de risques qu'il n'offre d'avantages. A commencer par un mélange des genres malvenu, susceptible d'entamer leur confiance dans leur banque. Tout d'un coup, en effet, le moyen de paiement, dont la sécurité et le bon fonctionnement sont confiés à la Banque de France, devient une marchandise comme une autre, un objet publicitaire banalisé. Le message est brouillé. La banque proposera demain à ses clients non plus un sésame pour retirer l'argent sur son compte à vue et payer en toute sécurité, mais la carte du partenaire avec lequel elle aura conclu le meilleur accord financier.
Surtout, la mesure annoncée change la nature des cartes bancaires. Aujourd'hui cartes de débit, elles seront demain des cartes de crédit, au même titre qu'actuellement les cartes des grands magasins. Bien sûr, le consommateur pourra décider de ne pas utiliser le crédit associé à sa carte. Mais on sait comme l'offre de crédit doit être encadrée pour ne pas déclencher des comportements de surendettement de la part des personnes en difficultés financières.
Les associations de consommateurs mettent en garde contre les crédits vite et facilement souscrits sur les points de vente. Christian Huard (ConsoFrance) s'inquiète de l'arrivée de "ces cartes confuses, risquant d'accroître le surendettement" : "Quelle sera la prochaine étape ? Des billets de banque à l'effigie d'un grand magasin ? Il n'y a pas de raison que les cartes soient traitées différemment des autres moyens de paiement !"
Anne Michel
Article paru dans l'édition du 19.01.07
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire