Mosquées d'Annecy incendiées : l'armée mise en cause lors de la deuxième journée du procès
LEMONDE.FR avec AFP | 05.12.06 | 19h48 • Mis à jour le 05.12.06 | 20h50
Le rôle de l'armée a été au cœur des débats, mardi 5 décembre, pour la deuxième journée devant les assises de Haute-Savoie, où sont jugés quatre hommes accusés d'avoir incendié des mosquées, en mars 2004, à Annecy et dans sa banlieue.
Michel Guégan et Anthony Savino, âgés de respectivement 25 et 24 ans, étaient tous deux militaires au 27e bataillon de chasseurs alpins (BCA). Ils comparaissent jusqu'à vendredi, avec deux civils, pour ces dégradations. Un troisième militaire du BCA, Bruno Abello, âgé de 24 ans, est jugé avec deux jeunes femmes pour ne pas avoir dénoncé les faits.
"Le fait qu'il y ait trois militaires sur sept accusés mérite que l'on se pose des questions", avait dit avant la séance Me Michèle Blanc, avocate de trois parties civiles – SOS Racisme, l'Union islamique en France et la Ligue des droits de l'homme.
Des interrogations renforcées par l'attitude butée d'Anthony Savino lorsqu'on lui parle de l'armée. Evoquant le contexte, le jeune homme explique : "A l'époque, j'étais intoxiqué par tout ce qu'on racontait." "Dans l'armée ?", lui demande alors le président, Philippe Busché. "Je ne peux pas trop parler parce que je suis surveillé", répond Anthony Savino. Me David Métaxas, avocat de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), revient alors à la charge, enfermant un peu plus le jeune homme dans son silence : "Je ne parlerai pas de l'armée."
PAS DE RÉSEAUX EXTRÉMISTES DANS LE BATAILLON
"En se taisant, il couvre l'autorité militaire", estime Me Marc Dufour, qui défend un autre accusé. Pour l'avocat, "toute l'institution n'est pas en cause, mais on ne veut pas reconnaître qu'il peut y avoir un certain endoctrinement au sein de l'armée". Michel Guégan, dont le contrat avec le 27e BCA avait été résilié un an avant les faits, a lui estimé qu'à l'armée, il avait subi "un bourrage de crâne patriotique".
Appelés à témoigner en faveur de M. Savino, deux de ses supérieurs au 27e BCA ont nié la présence de réseaux extrémistes, même clandestins, dans le bataillon. "Nous n'avons pas le droit de nous exprimer sur des sujets religieux ou politiques. C'est dans notre code de soldat", a soutenu le sergent-chef Jérôme Billy. "Quand un militaire émet des opinions racistes, on en rend compte et soit on lui fait la morale, soit il est sanctionné", a renchéri Franck Masue.
Ce fut le cas d'Anthony Savino, puni pour avoir affiché une affiche du Front national dans son armoire. Pour ces deux responsables, si l'armée porte une responsabilité, c'est de ne pas avoir prévenu le passage à l'acte. "Pour nous, cette affaire, c'est un échec parce qu'on n'a rien décelé", a regretté M. Masue. "On culpabilise quand même un peu, parce que en tant que cadres de contact, nous avons un peu un rôle d'éducateurs", a poursuivi M. Billy. Le procès se poursuivait mardi soir par l'étude des faits survenus dans la nuit du 4 au 5 mars 2004, à Seynod et Annecy.
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