Tony Blair plaide pour une nouvelle approche dans la guerre contre le terrorisme
LEMONDE.FR avec AFP et AP | 20.11.06 | 09h27 • Mis à jour le 20.11.06 | 10h27
Si ce n'est pas une inflexion, cela y ressemble étrangement. Le premier ministre britannique, Tony Blair, a évoqué, dimanche 20 novembre, au Pakistan, une approche différente de la lutte antiterroriste, mettant en avant la "puissance douce" de l'aide économique et de la diplomatie face à la puissance militaire.
A l'issue de ses discussions avec le président pakistanais, Pervez Musharraf, qui a lui aussi prôné l'aide économique et le développement pour l'Afghanistan, Tony Blair a évoqué un changement de cap de la politique occidentale à l'égard du terrorisme mondial, reflétés dans les appels de Washington à impliquer la Syrie et l'Iran dans le règlement des problèmes du Proche-Orient. Interrogé sur les chances de succès des Etats-Unis et de leurs alliés à gagner la "guerre contre le terrorisme", le premier ministre britannique a répondu lors d'une conférence de presse : "On commence à gagner lorsqu'on se met à lutter de manière adéquate, et je pense que nous luttons désormais de manière adéquate, mais que nous devons encore faire plus."
Au même moment, l'ancien secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger affirmait dans une interview à la télévision britannique BBC qu'une victoire militaire en Irak n'était plus possible et appelait les pays de la région, dont l'Iran, à intervenir pour mettre un terme aux violences. Il a mis en garde contre un retrait rapide des troupes de la coalition, qui pourrait déstabiliser les voisins de l'Irak et créer un long conflit. "Un effondrement rapide de l'Irak aurait des conséquences désastreuses. Nous devons redéfinir le cours de la trajectoire, mais je ne crois pas que l'alternative entre une victoire militaire et un retrait total."
UN "DÉSASTRE"
Ces déclarations interviennent alors que Tony Blair est plongé dans l'embarras après avoir semblé admettre vendredi, sur la nouvelle chaîne en anglais d'Al-Jazira, que la guerre en Irak était un "désastre", ce qui a été immédiatement minimisé par son entourage. Au journaliste qui présentait l'intervention de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis comme ayant "été jusqu'à présent plutôt un désastre", le premier ministre a répondu : "Ça l'a été", avant d'enchaîner sur une explication des raisons de la violence en Irak, incriminant "Al-Qaida et les insurgés sunnites d'un côté, les éléments soutenus par l'Iran avec les milices chiites de l'autre".
Après l'émission, l'entourage de M. Blair a déclaré que le premier ministre n'avait fait "qu'accuser poliment réception" de la question qui lui avait été posée et que "présenter [sa réponse] comme une sorte d'assentiment est totalement malhonnête". Peu après l'arrivée de M. Blair à Islamabad samedi pour une visite officielle, le principal porte-parole du premier ministre britannique a enfoncé le clou. "Sa langue a simplement fourché", a déclaré le porte-parole aux journalistes dans la capitale pakistanaise. "Il ne pense pas que [la guerre en] Irak a été un désastre. Il ne pense pas que mettre sur pied un gouvernement démocratiquement élu a été un désastre. Il ne pense pas que s'être débarrassé de [l'ancien président irakien] Saddam Hussein a été un désastre", a insisté le porte-parole.
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