Les mots de Khaled Kelkal
LE MONDE | 16.11.06 | 16h13 • Mis à jour le 16.11.06 | 16h13
Il était rattrapable", dit Fayssal Sabir, l'un des deux acteurs, avec Zakaria Meggouane, du spectacle de la Ferme du Bonheur, en lisière du campus de Nanterre (220, av. de la République, tél. : 01-47-24-51-24), intitulé Khaled Kelkal, une expérience de la banlieue. Sur l'affiche, le visage du principal suspect de la vague d'attentats de l'été 1995, tué par des gendarmes le 29 septembre suivant. Au centre de la photo, un point d'interrogation.
Au lendemain de sa mort, un chercheur allemand en sciences sociales et politiques, Dietmar Loch, proposait au Monde un long entretien réalisé avec le jeune homme en 1992, lors d' une étude de terrain dans la banlieue lyonnaise. La transcription de ce texte fut publiée dans Le Monde daté du 7 octobre 1995. Reprise dans son intégralité, elle devient un texte théâtral.
Ce n'est pas la première fois. En mai 1996, un étudiant, François Durègne, et un de ses amis, David Psalmon, décidaient de porter ce dialogue au théâtre, à l'université Paris-III. La présidente de l'université avait alors reçu un message lui faisant part de "l'inquiétude du ministère de l'intérieur". Roger des Prés, le metteur en scène du texte et créateur du lieu, s'est vu, lui, accusé de "prôner le terrorisme". Il en faudrait plus pour le décourager et il est décidé à rejouer à l'été 2007, dans les quartiers de Nanterre, "au pied des cités", une version "moins bobo", en provoquant "le dialogue avec les gens". En attendant, les spectateurs s'installent comme ils en ont envie sur des bancs de bois et des chaises d'écolier. On ne paye qu'à la fin, ce qu'on veut. Seule obligation : laisser les comédiens face à face. Fayssal pour son "premier rôle de sociologue" (il a un DEA de sociologie), Zakaria, pour jouer Khaled Kelkal, avec une sincérité formidable. "C'est facile", dit-il. Le texte porte dans son étonnante simplicité. Oui, on se laisse à penser qu'en quinze ans, rien n'a changé. Oui, en 1992, Khaled Kelkal était "rattrapable", ancien bon élève devenu petit truand mais rêvant de mariage et de "progéniture". Et d'un travail qu'il aimerait, dans la biologie ou la chimie. Pas "en électricité" ou des "petits boulots de peinture".
Zakaria vient d'une cité de banlieue, mais rêve de théâtre. Sa mère lui paye le cours Florent, mais, quand elle a vu la pièce, elle s'est retenue de ne pas l'attraper par la peau du cou en lui disant : "Viens mon fils, on rentre !"
Zakaria n'a pas le temps d'aller au théâtre, il joue les vendredis, samedis et dimanches (jusqu'au 30 novembre) et partage le reste de son temps entre ses cours de théâtre et le lycée. Elève de terminale, il prépare "un bac pro de comptabilité", mais ce qu'il voulait, c'était un bac littéraire.
Martine Silber
Article paru dans l'édition du 17.11.06
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