De nombreux obstacles à la mise en oeuvre de la diversité
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD,
Le Figaro, Publié le 09 novembre 2006
Les syndicats, le patronat et le gouvernement redoublent d'ardeur pour promouvoir la diversité.
LA FRANCE serait-elle en passe de franchir un cap dans la lutte contre les discriminations ? À en juger par la quantité d'acteurs qui se saisissent du thème de la diversité, le sujet semble en tout cas s'ancrer dans le paysage, à défaut pour l'instant de produire des résultats probants. À commencer par les partenaires sociaux, qui s'apprêtent à signer à la quasi-unanimité un accord national visant à lutter contre les discriminations à l'embauche. Chef de file de la délégation patronale lors des négociations, Cathy Kopp estimait hier que « la France commence à sentir un frémissement sur cette question ». Mais un frémissement seulement, car ce thème de la diversité révèle une profonde complexité dès lors que l'on entre dans le concret.
En compagnie d'une poignée de dirigeants d'entreprise réunis par le Medef Ile-de-France, Cathy Kopp a tenté d'en expliquer les raisons. « C'est un sujet difficile à traiter, car on l'aborde différemment selon les catégories discriminées », a-t-elle expliqué. Exemple simple : s'il est facile de compter les femmes dans une entreprise pour évaluer l'égalité hommes-femmes, il est en revanche rigoureusement interdit de recenser les salariés en fonction de leurs origines ethniques. Comment, dès lors, évaluer l'efficacité des moyens mis en oeuvre pour développer la diversité ?
Une mesure d'autant plus difficile à réaliser que l'objectif même de ces politiques de diversité est lui aussi difficilement quantifiable. « Le but de la diversité c'est l'intégration, expliquait James Gisbert (Carrefour). Dès le recrutement, il faut penser à la gestion de carrière et à l'évolution du salarié dans l'entreprise. » Mais, là aussi, comment mesurer les évolutions de carrière ?
Fonds de soutien
À quelques kilomètres de la réunion du Medef, le ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances, Azouz Begag, avançait une proposition : labelliser les entreprises ayant signé la charte de la diversité. « Cette labellisation donne confiance », a-t-il estimé, sans toutefois préciser quelle forme elle pourrait prendre. Pour le ministre, cela permettrait au moins de « baliser le terrain de ceux qui sont fiers d'appliquer la loi républicaine ».
Signe que, depuis la crise des banlieues, le gouvernement se penche de près sur la diversité, Renaud Donnedieu de Vabres a lui aussi engagé le combat. Le ministre de la Culture a ainsi annoncé hier la création d'un fonds de soutien à « la création cinématographique et audiovisuelle traitant de la diversité de la France et de l'égalité des chances ». Doté de 10 millions d'euros, ce fonds vise à soutenir près de 500 projets par an « dont le récit, pour les oeuvres de fiction, ou le sujet, pour les documentaires ou les magazines, a trait à la diversité de la France », a précisé le ministre.
Depuis la création de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) il y a deux ans, les initiatives se sont ainsi multipliées. Certaines d'ordre symbolique, d'autres plus concrètes. Mais le combat est loin d'être gagné. Car, paradoxalement, les publics réputés discriminés ne répondent pas toujours présent, persuadés pour certains de n'avoir aucune chance d'être embauchés. Samedi, à Clichy-sous-Bois, très peu de jeunes ont ainsi assisté à la Journée nationale de la diversité organisée par la mairie PS pour favoriser les rencontres avec des employeurs. Lever ce malentendu persistant représente l'autre défi de la lutte contre les discriminations.
10 novembre 2006
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