02 octobre 2006

Soutiens mesurés autour de Robert Redeker

Soutiens mesurés autour de Robert Redeker

LE MONDE | 30.09.06 | 15h31

Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris à la suite des menaces circulant sur Internet contre Robert Redeker, professeur de philosophie et auteur d'une tribune contre l'islam publiée dans Le Figaro du 19 septembre. Cette enquête, qui concerne des faits de "menaces de mort" et "d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", a été confiée à la Direction de la surveillance du territoire (DST).

De nombreuses associations et personnalités ont condamné les menaces dont l'essayiste, placé sous protection policière, est la cible. Dalil Boubakeur, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), estime qu'elles émanent de radicaux dont "il ne faut pas faire le jeu".

Claude Lanzmann, directeur de la revue Les Temps modernes, dont Robert Redeker est membre du comité de rédaction, considère que "ces réactions sont la démonstration même que ce que Robert Redeker a écrit n'est pas faux". "Il y a une grande peur aujourd'hui, poursuit-il. On va jusqu'à interdire un opéra à Berlin (Idomeneo, de Mozart). C'est comme si les juifs demandaient que l'on retire du Marchand de Venise, de Shakespeare, les scènes où il est question de la livre de chair (réclamée par l'usurier juif Shylock)." En son nom et en celui de sa revue, le directeur des Temps modernes a signé, vendredi 29 septembre, une pétition de soutien à Robert Redeker.

L'association Reporters sans frontières (RSF) condamne "sans appel les menaces" contre l'enseignant, estimant que "la censure idéologique ne doit pas se substituer au débat". Les deux principales fédérations de l'éducation nationale, la FSU et l'UNSA-Education, défendent "la liberté d'expression". "Quoi que chacun puisse penser du contenu de cette tribune, le recours à la menace de mort est inadmissible et la liberté d'expression doit être fermement défendue dès lors qu'elle s'inscrit dans le cadre de la loi", estime la FSU.

"PROPOS PROVOCANTS"

En revanche, la Ligue des droits de l'homme (LDH) se montre critique à l'égard de l'essayiste : "M. Redeker nous a habitués à de tels débordements qui traduisent son peu de rigueur intellectuelle comme sa haine de l'islam et des musulmans." La LDH ajoute cependant : "L'on ne saurait admettre que quiconque, fût-ce en raison d'idées nauséabondes, soit l'objet d'intimidations de quelque nature qu'elles soient. On ne combat pas les idées de M. Redeker en le transformant en victime."

Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) condamne à la fois "les propos provocants de M. Redeker" et "ces inadmissibles intimidations et menaces de mort". Il estime que "toute forme de violence en appelle, hélas, d'autres en retour, parfois plus extrémistes encore".

En signant sa tribune, M. Redeker s'est présenté comme "professeur au lycée Pierre-Paul-Riquet de Saint-Orens-de-Gameville" (Haute-Garonne). Le maire (PCF) de cette ville, Christian Sempé, regrette qu'il ait ainsi "impliqué le lycée et la ville". "Il parle beaucoup pour quelqu'un qui se cache, s'étonne l'élu. On l'instrumentalise."

Le proviseur du lycée, Pierre Donnadieu, raconte : "Au lendemain de la parution de l'article dans Le Figaro, M.Redeker m'a téléphoné pour me dire "Je ne peux plus venir au lycée"." Le chef d'établissement précise que Robert Redeker est un enseignant "qui ne laisse pas indifférent" : "Il suscite autant d'adhésion que de réprobation. Même ceux qui partagent ses opinions ont trouvé qu'il avait abusé en ajoutant le nom du lycée à sa signature."

Alain Beuve-Méry, Xavier Ternisien et Stéphane Thépot (à Toulouse)
Article paru dans l'édition du 01.10.06

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