27 octobre 2006

"Plus qu'un symbole, j'espère être un signal qui va entraîner la machine"

Harry Roselmack, doublure de Patrick Poivre d'Arvor au 20 heures de TF1

"Plus qu'un symbole, j'espère être un signal qui va entraîner la machine"

LE MONDE | 30.06.06 | 13h42 • Mis à jour le 25.10.06 | 14h41

Vous considérez-vous comme un symbole ?

Je ne perçois pas les choses comme cela. Pour moi c'est juste un barreau très important de l'échelle de mon parcours professionnel que je suis en train de gravir d'un seul coup. J'en suis fier. Je le vis comme un journaliste de 33 ans qui présente des journaux à la télévision et à qui on propose de présenter le journal le plus regardé de France et même d'Europe. C'est quelque chose de génial sur le plan professionnel et personnel. Il y a cette dimension de symbole, qui est connexe, dont j'ai évidemment conscience et que j'assume complètement, mais quand j'arrive sur le plateau du JT de TF1, je ne me dis pas que je vais être le premier Noir à présenter le journal. Je me dis : "Tu es journaliste, il va falloir que tu prouves que tu sais faire ce job."

Mettre un présentateur noir au 20 heures, c'est un coup pour TF1 ?

Il y a certes, depuis un moment, cette volonté de la chaîne d'être plus en phase avec le public et de faire un coup. Effectivement le coup est réussi car il y a eu beaucoup de reprises dans la presse, après l'annonce de mon recrutement. C'est spectaculaire parce c'est le 20 heures et que cela marque l'opinion. Il y a eu beaucoup de débats autour de tout cela. Je trouve que c'est bien que ces questions soient abordées. Si cela peut faire avancer les choses... Cela étant, la compétence, à mon avis, est primordiale dans cette affaire. Si j'avais des doutes sur ma capacité à faire le 20 heures, je n'aurais pas accepté la proposition de TF1. Je ne suis pas sûr de réussir le pari, mais je sais que j'ai, a priori, les armes pour le faire et je vais m'atteler à cela.

Ne craignez-vous pas d'être l'alibi de TF1 pour illustrer la diversité ?

C'est un petit risque effectivement. Je me rappelle de débats avec des amis ou dans le cadre un peu plus formel du collectif Averroès, où nous disions que l'objectif serait atteint le jour où il y aurait un Noir au 20 heures. Il va y en avoir un, mais l'objectif est très loin d'être atteint. Plus qu'un symbole j'espère être un signal qui va contribuer à entraîner la machine. Dans des positions aussi stratégiques, en termes d'image et d'audience, pour une chaîne comme TF1, je ne pense pas qu'on puisse parler d'alibi ou alors c'est aller très loin dans cette démarche-là. C'est ce qui me fait dire qu'il n'y a pas que ma couleur qui est entrée en ligne de compte. Sinon ce serait contre-productif.

Chaque été, les remplaçants du 20 heures de TF1 font plus de parts d'audience que les titulaires. Pensez-vous faire aussi bien ?

Je raisonne encore assez peu en terme de parts d'audience même si je sais que c'est effectivement le coeur du fonctionnement de la chaîne. La pression que je me mets, c'est celle d'être au rendez-vous et de bien faire ce que j'aurais à faire. De mon point de vue, je préfère avoir le sentiment d'avoir fait un bon journal, même si l'audience n'est pas spectaculairement élevée, plutôt que le contraire. L'audience, c'est le souci des responsables de la chaîne. Mon souci sera de donner une bonne information aux téléspectateurs et de le faire le mieux possible. L'audience devrait suivre. Avez-vous été sollicité par d'autres chaînes ? Non, je n'ai reçu aucune autre proposition. Le choix que j'ai fait n'est pas un choix d'argent. Les dirigeants de Canal+ savaient qu'il n'y avait rien qu'ils puissent me proposer qui me fasse rester. Ce n'était pas une question de taille de chèque.

Nicolas Sarkozy a annoncé, le premier, votre arrivée au 20 heures de TF1. Cela vous gêne-t-il ?

Cela ne m'a pas gâché le plaisir ! Mais que dire sur cette récupération de la part de Nicolas Sarkozy ? C'est son job ! Malheureusement, il y a une grande partie de la politique qui consiste à essayer de récupérer les choses et à dire qu'on va les régler. Ou, quand ce sont des événements positifs, de dire qu'on y est pour quelque chose. Lui l'a fait parce qu'il a eu, avant les autres, l'information d'un changement imminent à TF1. Il ne savait pas que c'était moi. Il a dit : "Cet été, il y aura un ou une journaliste noir (e) au JT de TF1."

En quoi un JT avec Harry Roselmack sera-t-il différent d'un JT de PPDA ?

Il y aura des petites différences. Mais elles ne seront pas spectaculaires parce qu'il y a une organisation derrière. TF1 a sa rédaction, qui fonctionne très bien et ce travail-là sera le même. Si nous étions en radio, par exemple, je vous dirais qu'il y aurait des différences de ton, d'écriture. En télé, ce qui va changer c'est que je n'ai pas la même tête que Patrick Poivre d'Arvor ou Thomas Hugues. On se rend compte que mettre un Noir, un Asiatique ou un Maghrébin à l'antenne, à des postes considérés comme stratégiques, si le travail est bien fait, cela ne pèse pas sur l'audience. C'est rassurant.

Propos recueillis par Guy Dutheil
Article paru dans l'édition du 01.07.06

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