10 octobre 2006

Mme Parisot relance sa campagne contre les discriminations en entreprise

Mme Parisot relance sa campagne contre les discriminations en entreprise

LE MONDE | 09.10.06 | 13h38 • Mis à jour le 09.10.06 | 18h53

Un an après la crise des banlieues de novembre 2005, le Medef part en campagne. Avec le ministre de la promotion de l'égalité des chances, Azouz Begag, Laurence Parisot, sa présidente, a convaincu la quasi-totalité des organisations patronales de s'associer à un "Tour de France de la diversité", dont le départ d'une série de dix-sept étapes jusqu'au 7 décembre a été donné lundi 9 octobre de La Courneuve (Seine-Saint-Denis).

Cette opération de sensibilisation essentiellement auprès des PME précède une nouvelle réunion, mercredi 11 octobre, de la négociation interprofessionnelle avec les syndicats sur ce thème, qui pourrait s'achever par un accord, le premier de cette nature signé sous l'ère Parisot.

Depuis son élection en juillet 2005, la présidente du Medef a fait de l'ouverture des entreprises et de la lutte contre toutes les formes de discriminations - liées à l'âge, au sexe, à l'origine sociale ou ethnique ou au handicap -, l'un de ses thèmes de prédilection et de préoccupation.


Elle ne manque pas une occasion de rappeler que "la diversité relève d'une logique morale, éthique mais aussi économique. Plus la diversité est présente, plus la richesse, plus l'invention se déploient et se développent", expliquait-elle en mars avant l'ouverture de discussions avec les syndicats.


Jusqu'à présent, Mme Parisot s'était inscrite dans le droit fil de la Charte de la diversité, l'initiative de Claude Bébéar, ancien président d'Axa, adoptée depuis par 610 entreprises qui se sont engagées à modifier leurs procédures de recrutement comme de gestion des carrières de leurs salariés.


Pour la plupart, les grands groupes ont commencé à changer leurs pratiques, ne serait-ce que pour se mettre à l'abri de poursuites pénales d'une législation nationale et européenne renforcée ou de saisine de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde).

La présidente du Medef se fait fort de mobiliser le réseau territorial de son organisation, avec lequel elle souhaite renforcer les liens, et de sensibiliser les "petits patrons" à cette campagne dont l'objectif est aussi de restaurer la place de l'entreprise dans son environnement proche. Un enjeu qu'elle estime crucial avec la persistance d'un chômage massif dans les "quartiers sensibles" et le sous-emploi des jeunes après la crise du CPE.


Même s'il ne souhaite pas se laisser enfermer dans le débat sur les minorités visibles, la discrimination positive et les quotas, le Medef s'appuie d'ores et déjà sur ses récentes initiatives à l'égard des jeunes des banlieues. En Seine-Saint-Denis, l'association "Nos quartiers ont des talents" présidée par Yazid Chir et animée par le Medef 93 accompagne depuis un an un peu plus de 160 jeunes diplômés de l'enseignement supérieur.


Une opération relayée par le ministère du travail qui devrait s'étendre en Ile-de-France. A Nantes, le Medef de Loire-Atlantique a pris en charge une cinquantaine de jeunes pour les aider à franchir le premier obstacle du dépôt de candidature.


Convaincre sans contraindre : la méthode Parisot révèle toutefois ses limites lors des négociations avec les syndicats. Farouchement opposé à l'instauration du CV anonyme inscrit dans la loi du 31 mai sur l'égalité des chances, le Medef rechigne à admettre toute référence "normative" dans la négociation interprofessionnelle.


Animée par Cathy Kopp, DRH du groupe hôtelier Accor, la délégation patronale devrait pourtant faire un geste si elle veut aboutir. Après trois rencontres, le texte insiste sur la nécessaire vigilance à l'égard de toute forme de discrimination.


Mais les propositions de nommer un "correspondant égalité des chances" dans les entreprises ou d'établir de guide de sensibilisation et de bonnes pratiques sont apparues bien timorées aux syndicats.


"Nous ne pouvons pas nous contenter d'une charte de bonnes intentions", assure Alain Lecanu, délégué CFE-CGC. Tout en reconnaissant les spécificités des petites entreprises, il juge indispensable une extension des principes à tous les salariés quelle que soit la taille de l'entreprise.


Jean-Louis Malys pour la CFDT insiste, lui, sur "la nécessité de passer par les structures existantes du dialogue social et des institutions représentatives pour multiplier les initiatives".

En l'état, les désaccords ne sont pas insurmontables. Et la présidente du Medef mise sur ce premier succès pour affirmer sa méthode de discussion, y compris sur le contrat de travail. Un sujet autrement plus sensible.

Michel Delberghe


AGENDA

MARDI 10 OCTOBRE.

Jacques Chirac intervient devant le Conseil économique et social sur la réforme du dialogue social préparée par le gouvernement.

MERCREDI 11 OCTOBRE.

Négociation sur "la diversité en entreprise" entre les partenaires sociaux au siège du Medef.

SAMEDI 14 OCTOBRE.

Journée de manifestations "décentralisées", à l'appel de la CGT, contre la privatisation de GDF et la fusion avec Suez.

LUNDI 23 OCTOBRE.

Première rencontre entre syndicats et patronat, à l'invitation du Medef, pour discuter de la remise à plat de l'assurance-chômage, du contrat de travail et de la sécurisation des parcours professionnels.

Article paru dans l'édition du 10.10.06

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