14 octobre 2006

Les positions se durcissent autour du groupe scolaire musulman de Décines

Les positions se durcissent autour du groupe scolaire musulman de Décines

LE MONDE | 12.10.06 | 15h43 • Mis à jour le 12.10.06 | 15h43

LYON CORRESPONDANTE RÉGIONALE

L'opposition entre la communauté musulmane et le recteur de l'académie de Lyon, Alain Morvan, se durcit. Pour la deuxième fois en moins d'une semaine, deux cents manifestants, soutenus par les responsables de la grande mosquée de Lyon et du conseil régional du culte musulman (CRCM), se sont regroupés, mercredi 11 octobre, devant les grilles du rectorat pour protester contre le refus du recteur d'autoriser l'ouverture du groupe scolaire Al-Kindi à Décines (Rhône).

Le 5 octobre, les manifestants avaient demandé l'instauration d'un dialogue avec le recteur. Cette fois-ci, ils réclament sa démission, dénonçant la "xénophobie" et "l'islamophobie" qui entourent, selon eux, ce dossier. Kamel Kabtane, recteur de la grande mosquée de Lyon, et Azzedine Gaci, président du CRCM, ont lu une lettre qu'ils ont fait parvenir la veille au ministre de l'éducation nationale pour lui demander un entretien, dans laquelle ils évoquent "la grave dégradation" de leurs relations avec le recteur.


Porté par l'association Al-Kindi, regroupant des associations musulmanes, le projet de groupe scolaire privé musulman hors contrat de Décines s'est heurté à une double opposition du recteur : un premier projet dans une mosquée s'était vu opposer au mois de juin un refus pour raison d'hygiène, une décision validée par le conseil académique de l'éducation nationale (CAEN) et le conseil supérieur de l'éducation (CSU). Un second projet sur le site administratif d'une ancienne usine a été refusé, le 31 août, refus confirmé par le CAEN.


Après avoir évoqué des problèmes de sécurité liés à une pollution des sols et de la nappe phréatique ainsi que la proximité d'une conduite de gaz, le recteur de Lyon avait finalement invoqué une défaillance du directeur pressenti pour diriger l'établissement.


Des arguments jugés "fallacieux" par l'association, qui a fait appel de la décision. Celle-ci reconnaît quelques maladresses ou incohérences dans la gestion du dossier mais se dit victime d'une discrimination et réclame le droit d'être traitée comme les communautés catholique et juive, qui gèrent depuis de longues décennies des établissements privés.


"MÉTHODES FASCISANTES"


Avant la manifestation de mercredi, le collège Al-Kindi avait organisé une journée portes ouvertes pour permettre aux 140 élèves qui s'étaient préinscrits de profiter de leur établissement. Une cinquante d'élèves, dont une majorité de jeunes filles voilées, ont assisté à des cours donnés par des professeurs bénévoles. "Nous voulions démontrer que nous disposons des meilleures conditions pour accueillir des élèves", a commenté Ahmed Derrer, professeur de mathématiques.


Alain Morvan a expliqué, mercredi, qu'il ne céderait pas devant ces "tentatives d'intimidation" menées selon lui par des "intégristes" et des "islamistes". "Nous sommes en face d'un complot contre la République et ses lois, s'est-il insurgé. Moi je ne veux pas qu'on vende la France à la découpe. Les manifestants sont venus me traiter de taliban sous mes fenêtres. Ce sont des méthodes fascisantes. Bientôt ils lanceront une fatwa contre moi."

Alain Morvan a récusé toute accusation d'obstruction, expliquant qu'il avait proposé à l'association Al-Kindi, le 8 février 2005, de prendre contact avec sa division de l'enseignement supérieur pour que celle-ci lui fournisse toutes les précisions réglementaires auxquelles elle devait se conformer. Déçu, a-t-il dit, de l'attitude de Kamel Kabtane, le recteur a affirmé qu'il l'avait rencontré le 13 juillet lors de la célébration de la fête nationale et que ce dernier lui avait dit "toute son hostilité au projet Al-Kindi", lui demandant de s'y "opposer".

Sophie Landrin

Article paru dans l'édition du 13.10.06

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