25 octobre 2006

Des élus critiquent l'emballement médiatique sur les banlieues

Des élus critiquent l'emballement médiatique sur les banlieues

LE MONDE | 24.10.06 | 15h00 • Mis à jour le 24.10.06 | 15h00

Des élus locaux s'inquiètent des effets pervers de la forte médiatisation de l'anniversaire des émeutes d'octobre et novembre 2005. Plusieurs maires de la banlieue parisienne se sont alarmés ces derniers jours à l'idée que la pression médiatique et politique ravive les tensions et provoque des incidents dans les quartiers. La présence des journalistes, y compris de médias internationaux, s'est considérablement accrue ces dernières semaines dans les communes touchées par les violences de 2005, en particulier en Seine-Saint-Denis.

"L'emballement médiatique et politique est irresponsable. Il risque de provoquer une sorte d'excitation et pousser des jeunes en quête de médiatisation à des actes coupables", relève le maire de Montreuil, Jean-Pierre Brard, également député (apparenté PCF) de la Seine-Saint-Denis. Le maire UMP de Montfermeil (Seine-Saint-Denis), Xavier Lemoine, critique l'"encouragement implicite" aux émeutes de la part des médias. "Les journalistes veulent savoir si les choses ont changé un an après les émeutes. En un an, on ne va pas régler ce qu'on n'a pas changé en vingt ans, relève l'élu. Mais le fait de poser sans cesse cette question accrédite, aux yeux des habitants, l'idée que rien n'a été fait. Les médias risquent ainsi de légitimer des actions de revendication, dont certaines peuvent être violentes."


Jean-Christophe Lagarde, maire UDF de Drancy (Seine-Saint-Denis), regrette "cette espèce de fébrilité de l'anniversaire" des émeutes de 2005, que "personne n'avait en tête parmi les jeunes". M. Lagarde estime que la situation était relativement calme un mois auparavant. "Comme on ne parle que (des émeutes de 2005) depuis un mois, c'est beaucoup moins calme."
Le député redoute la volonté de récupération politique. M. Lagarde indique ainsi "penser sincèrement" que "le président de la République et le premier ministre verraient bien le ministre de l'intérieur dans la difficulté" et que "celui-ci ne verrait pas forcément d'un mauvais oeil qu'on puisse avoir un plus grand appel à la sécurité". Cette thèse a été reprise, à gauche, par Dominique Strauss-Kahn et Jean-Pierre Chevènement.


Des élus soulignent des comportements irresponsables de la part des journalistes. Le maire de Bondy (Seine-Saint- Denis), Gilbert Roger (PS), assure ainsi avoir refusé des demandes d'entretien "en situation" dans les quartiers pour éviter que la présence de caméras n'avive les tensions.


CRAINTE DE L'INSTRUMENTALISATION


Le maire de Montfermeil s'inquiète à l'idée que des médias puissent instrumentaliser des jeunes afin d'obtenir des scoops. Des élus relèvent que, lors des émeutes de novembre 2005, des journalistes étaient régulièrement arrivés sur les lieux d'incendie avant les forces de l'ordre, signe, pour eux, d'une forme de collusion avec les émeutiers.


Les élus soulignent que les causes des violences de l'automne 2005 n'ont pas été réglées sur le fond. "On n'a pas tiré les enseignements de ce qui s'est passé, indique Gilbert Roger. Il y a eu une explosion, on a éteint le feu. Il restait un fond de braise et on s'est contenté de mettre le couvercle dessus". Une analyse partagée par Thierry Mandon, maire (PS) de Ris-Orangis (Essonne), qui estime que "le terreau est le même qu'il y a un an, pire peut-être, car la situation sociale s'est encore dégradée".


Dans un rapport du 11 octobre, les renseignements généraux estimaient que "la plupart des conditions qui ont amené, il y a un an, un déclenchement de la violence collective (...) sont toujours réunies".

Luc Bronner

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