Des bagagistes musulmans de l'aéroport de Roissy portent plainte pour discrimination
LEMONDE.FR avec Reuters et AFP | 20.10.06 | 07h17 • Mis à jour le 20.10.06 | 10h51
Quatre bagagistes de confession musulmane ont saisi le tribunal administratif de Pontoise, jeudi 19 octobre, contre une décision de la préfecture de Saint-Denis de leur retirer leur badge permettant d'accéder à une zone sensible de l'aéroport de Roissy. "Un référé en suspension de la décision du préfet de retirer leur habilitation pour cause de confession musulmane a été déposé cet après-midi", a indiqué l'un de leurs avocats, Me Daniel Saadat.
Une autre plainte pénale contre X a été déposée dans l'après-midi pour "discrimination" auprès du procureur de la République de Bobigny au nom de la CFDT, a ajouté un autre avocat des bagagistes, Me Eric Moutet.
Selon les avocats, plusieurs dizaines de musulmans se sont récemment vu retirer leur badge de travail, délivré par la préfecture et permettant l'accès à la zone sous douane, réputée sensible en termes de sécurité, car proche des pistes.
LE SOUS-PRÉFET INVOQUE UN "RISQUE TERRORISTE"
Le sous-préfet chargé de la zone aéroportuaire de Roissy, Jacques Lebrot, a confirmé que la préfecture avait soit retiré leur badge ou leur habilitation à plusieurs dizaines de personnes qui "menaçaient la sûreté d'une zone réservée qui s'étend sur 2 500 hectares". Cette décision a été prise, selon lui, à l'issue d'une enquête de l'unité centrale de lutte antiterroriste (Uclat) qui a duré plusieurs mois et a conclu que plusieurs personnes présentaient un risque "de vulnérabilité ou de dangerosité" pour la zone.
Jacques Lebrot a assuré que le retrait des badges était indépendant de leur confession musulmane et a insisté sur "la recherche terroriste" motivée par les attentats de Madrid et de Londres. "Le risque terroriste est très important en France. (...) Pour nous, quelqu'un qui va passer des vacances plusieurs fois au Pakistan, cela nous pose des questions", a-t-il dit, assurant que plusieurs bagagistes y avaient séjourné dans "des camps d'entraînement".
"Nous sommes en niveau de Vigipirate rouge, donc il y a une recherche de gens qui pourraient porter préjudice à la sûreté de la zone", a-t-il dit, assurant que la préfecture de Seine-Saint-Denis s'était alignée sur le rapport de l'enquête antiterroriste.
GESTION ET ATTRIBUTION DES BADGES MISES EN CAUSE
"Des procédures de licenciement sont en cours, car sans badge [les bagagistes] ne peuvent pas travailler", a souligné Me Moutet.
Aucun motif n'a été, selon lui, invoqué, à l'exception que les bagagistes, maghrébins, n'ont "pas démontré qu'ils avaient un comportement 'insusceptible' de porter atteinte à la sûreté aéroportuaire".
La CFTC Air France a déposé un préavis de grève pour le 23 octobre pour dénoncer la gestion de ces badges et leur attribution au niveau de l'ensemble du personnel. "Il suffit que vous n'ayez pas payé une contravention ou votre pension alimentaire pour que votre badge soit retiré !" a déploré Alex Pesic, secrétaire général de la CFTC, selon lequel la grève n'a rien à voir avec cette affaire.
En août 2006, les quatre employés musulmans avaient été convoqués par la préfecture de Seine-Saint-Denis. Deux à trois jours plus tard, ils s'étaient vu signifier par courrier le retrait de leur badge, ont expliqué les avocats. Leur entretien avait notamment porté sur leur religion ou encore leurs prêches, ont-ils dit.
Dans un communiqué, le collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) dénonce une "chasse aux employés musulmans".
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