Beaucoup d'élus maghrébins en Belgique
LE MONDE | 11.10.06 | 15h01
BRUXELLES CORRESPONDANT
Une forte augmentation du nombre d'élus d'origine étrangère a été enregistrée dans les trois grandes régions belges à l'occasion des élections municipales du dimanche 8 octobre en Belgique. A Bruxelles, près de 150 conseillers municipaux d'origine étrangère ont été élus, sur 663 au total.
Les élus d'origine marocaine et turque sont les plus nombreux mais on relève aussi de nombreux Africains, des Latino-Américains, un Pakistanais et un Chinois. A Saint-Josse, l'une des 19 communes formant Bruxelles c'est un Belge d'origine turque, Emir Kir, socialiste, qui est devenu la figure la plus populaire. Il s'est cependant désisté au profit du bourgmestre (maire) sortant, membre du même parti.
La tendance est semblable dans les grandes villes de Wallonie et de Flandre. On retrouvera des conseillers d'origine étrangère à Charleroi, Liège, Anvers, Gand, etc. Plusieurs d'entre eux accéderont à des postes d'échevins (adjoints au maire), empruntant le sillage de Faouzia Hariche, une élue d'origine algérienne qui gérait déjà l'important réseau scolaire de Bruxelles-Ville.
Si, officiellement, cette évolution de la représentation étrangère est commentée de manière positive parce qu'elle reflète bien la réalité sociologique du pays elle pourrait, à terme, susciter quelques tensions au sein des partis. "La question d'un réel partage du pouvoir sera bientôt posée", prédit Marco Martiniello, politologue à l'université de Liège.
Le chercheur relève qu'au-delà de la stratégie immédiate des partis, qui entendent éviter qu'une partie de l'électorat leur échappe, on voit apparaître des interrogations sur le danger d'un "vote ethnique". Le débat sur une représentation véritable et durable des communautés étrangères n'a, lui, pas encore eu lieu.
En revanche nombre d'étrangers résidents non originaires des pays membres de l'Union européenne, qui avaient la possibilité de voter pour la première fois aux municipales, l'ont peu utilisée. Contrairement aux Européens, qui peuvent voter depuis 2000, ils ne pouvaient être éligibles. Les conditions étaient qu'ils résident depuis au moins cinq ans dans le royaume, qu'ils s'inscrivent sur les listes électorales et qu'ils s'engagent à respecter la Constitution.
Ces résidents sont environ 100 000, soit 10 % des étrangers, qui représentent un million de personnes, dont la moitié d'Européens (la Belgique a dix millions d'habitants). Seules 20 % des personnes qui auraient pu s'inscrire sur les listes l'ont fait, soit 20 000. Cette proportion, plutôt décevante pour les partisans de la loi votée en 2005, était le signe, pour les adversaires de celle-ci, que les esprits n'étaient pas mûrs pour une telle avancée.
Au soir de l'élection, plus personne n'a toutefois contesté cette disposition, sauf l'extrême droite xénophobe flamande. A Anvers, où son parti a piétiné pour la première fois - 33,5 %, + 0,5 % - Filip Dewinter, leader du Vlaams Belang, a affirmé que ses adversaires avaient profité du vote de la "légion des étrangers", dans laquelle il englobait à la fois les immigrés non belges et les personnes naturalisées.
Jean-Pierre Stroobants
Article paru dans l'édition du 12.10.06
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