Banlieues: une "Marche des doléances" symbolique à Paris
mercredi 25 octobre 2006, 18h10
PARIS (AP) - Le coeur y était, pas le nombre. Un an après les violences urbaines de l'automne 2005, ils n'étaient que quelques centaines -jeunes et militants associatifs issus pour la plupart des quartiers dits "sensibles"- à défiler mercredi à Paris pour porter à l'Assemblée nationale et au Sénat les critiques et les attentes de quelque 20.000 citoyens, recueillies au cours d'un tournée dans 120 villes ces dix derniers mois.
Partie de la place Denfert-Rochereau peu après 15h, cette "Marche des doléances" a rejoint les abords de l'Assemblée où une délégation a déposé une partie des cahiers, tandis qu'une autre en faisait de même au Sénat.
Quelques militants de la Fédération syndicale unitaire (FSU), de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) -dont son président Mouloud Aounit- ou encore de la CGT et de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) s'étaient joints au cortège, sans bannières ni pancartes, une exigence des organisateurs -le collectif AC Le Feu- soucieux d'éviter "toute récupération et tout affichage d'une couleur politique quelle qu'elle soit".
"Le plus grand parti politique, c'est le peuple", pouvait-on lire sur une banderole en tête du cortège, tandis qu'une autre proclamait: "Pour une politique choisie et non subie. Voter, c'est exister", dernier thème décliné en jaune sur des T-shirts noir distribués durant le défilé.
Ces deux slogans rappelaient les deux angles d'action du collectif AC Le Feu (Association, Collectif, Liberté, Egalité, Fraternité, Ensemble, Unis) créé en décembre 2005 par deux militants associatifs à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), d'où étaient parties les violences de l'année dernière au soir du 27 octobre, suite au décès de deux adolescents électrocutés après s'être réfugiés dans un transformateur alors qu'ils étaient poursuivis par des policiers.
"Ce qui s'est passé l'année dernière, c'était un cri d'alarme, le témoignage d'une souffrance. Cette souffrance, on a voulu la traduire en rendant la parole aux citoyens par les cahiers de doléances, et en les incitant à aller s'inscrire sur les listes électorales", a expliqué Mohamed Mechmache, porte-parole et co-fondateur du collectif à l'origine de la marche, avec Samir Mihi.
"On apporte aujourd'hui au monde politique des choses, des outils qui émanent de la voix de la population, pas des sondages. Aux politiques d'en faire quelque chose", a-t-il ajouté. Quant à la faible mobilisation, "ce n'est pas grave", a-t-il estimé. "L'important, c'est la conviction".
Plusieurs "marcheurs" se disaient toutefois déçus de leur petit nombre. "Je m'attendais à beaucoup plus de monde. Peut-être qu'on n'a pas été assez entendus", confiait ainsi Séverine, jeune éducatrice de rue à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne).
"C'est vrai que c'est dommage. Mais il y a assez de caméras pour témoigner de cette marche", remarquait de son côté David, 20 ans, étudiant, à la vue du nombre de journalistes présents, presque plus nombreux que les manifestants avant le départ du cortège.
Mouloud Aounit, de son côté, faisait ce constat: "En 1983, il y a eu la marche pour l'égalité des chances. Des gens ont défilé pour que leurs enfants n'aient pas à subir ce qu'ils vivaient alors. Et 23 ans plus tard, ce sont ces enfants qui manifestent parce qu'ils subissent la même chose, peut-être même encore plus durement". AP
26 octobre 2006
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