par Gérard Bon
PARIS (Reuters) - Persuadé d'incarner un courant majoritaire, mais boudé dans les sondages, Philippe de Villiers n'a pas renoncé à jouer les trouble-fête et à se qualifier pour le second tour de la présidentielle de 2007.
Le souverainiste, qui se veut le candidat des "bistrots et pas des bobos", mise sur un déclic semblable à celui qui a favorisé la victoire du "non" au référendum de mai 2005 sur la Constitution européenne.
"Je suis l'alternative à droite pour les patriotes qui pensent que Le Pen n'a plus d'avenir, et je suis l'alternative à droite pour ceux qui pensent que Sarkozy n'est pas fiable", explique-t-il à Reuters.
Néanmoins, cet ancien du Parti républicain, président du Conseil général et député de Vendée, plafonne toujours entre 3% et 5% dans les sondages d'opinion.
Il a été l'un des premiers à annoncer sa candidature pour un "patriotisme populaire" et contre "l'islamisation progressive de la France".
Accusé par le président du Front national d'être un sous-marin de Nicolas Sarkozy, le "vicomte" a pourtant des mots très durs envers le président de l'UMP qui dit "toujours deux choses à la fois" et à chacun "ce qu'il veut entendre".
"Derrière des mots paravents, il mène la même politique laxiste que ses prédécesseurs", affirme-t-il, au troisième étage de ses nouveaux locaux, dans un discret immeuble du XVe arrondissement de Paris.
"SARKOZY, UN CHIRAC MINIATURISE"
"Sarkozy, c'est un vote trompeur. Les Français ont été trompés par Chirac, qui a fait une politique de gauche. Et ils seront trompés demain par Sarkozy, qui est un Chirac miniaturisé", ajoute-t-il.
Depuis plusieurs mois, le président du petit Mouvement pour la France (MPF), issu d'une famille normande anoblie en 1595, tente surtout de mordre sur l'électorat frontiste.
Fin 2005, le ralliement de l'ancien maire FN d'Orange Jacques Bompard, puis de Bernard Antony, autre figure d'extrême droite en conflit avec Jean-Marie Le Pen, l'a encouragé à constituer un véritable appareil politique.
Depuis, son secrétaire général Guillaume Peltier s'efforce de développer un outil dont les affiches et les slogans évoquent ceux du FN, où lui-même a fait ses premières armes.
"C'est la stratégie de la sangsue", confiait un cadre du MPF à L'Express au printemps dernier.
Mais à en croire les sondages, Jean-Marie Le Pen fait mieux que résister. Avec 15% des intentions de vote, il progresse même par rapport à la campagne de 2002, qui l'a vu se qualifier au second tour de l'élection présidentielle.
En outre, le MPF ne semble pas avoir enregistré de nouveaux ralliements d'édiles du FN. Son local, en cette période de pré-campagne, impressionne surtout par son calme.
Lorsqu'on lui demande pourquoi il a refusé la "main tendue" par le président du FN en vue d'une "Union des patriotes" pour 2007, Philippe de Villiers répond : "Le Pen, c'est fini. C'est le dernier tour de piste, il ne construit rien derrière".
Les proches du "vicomte" espèrent, eux, que le dirigeant du FN ne parviendra pas à recueillir les 500 signatures de maires nécessaires à sa candidature.
Philippe de Villiers lui-même n'est pas tout à fait assuré de pouvoir se présenter. "J'ai assez de promesses pour pouvoir accéder à la sérénité et pas assez pour être tout à fait tranquille", dit-il.
Sous une photo du Vendée Globe, course de voiliers autour du monde en solitaire et sans escale qu'il a contribué à lancer, Philippe de Villiers fait le pari que la campagne se jouera dans les derniers mois.
"Je pense qu'on va vers une élection surprise en 2007 et que ceux qui sont donnés gagnants aujourd'hui seront les perdants, et inversement", affirme-t-il.
"Au moment où la campagne va commencer, les Français voudront du neuf", ajoute-t-il, estimant que la focalisation des médias sur le duel entre Nicolas Sarkozy et la présidentiable socialiste Ségolène Royal va les "user".
Quelle serait sa position en cas de second tour Royal-Le Pen ? "Pour l'instant, je n'imagine qu'une seule chose, c'est Royal-Villiers".
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