25 septembre 2006

Les banques parient sur la diversité des salariés

Les banques parient sur la diversité des salariés

LE MONDE | 21.07.06 | 13h41

Les banques veulent apparaître comme des entreprises "citoyennes". Après avoir pris des mesures pour réintégrer les exclus dans le circuit bancaire - mesures renforcées après la crise des banlieues, fin 2005 -, elles multiplient les initiatives pour promouvoir la diversité. Qu'elle soit liée à l'âge, au sexe et à l'origine ethnique.

La Société générale a présenté, jeudi 20 juillet, une nouvelle politique de recrutement antidiscriminante. Grâce à des accords avec l'ANPE et les Assedic, la banque de Daniel Bouton s'engage à embaucher plus de jeunes non diplômés, issus de l'immigration ou habitant les quartiers défavorisés et plus de chômeurs. Par ailleurs, la Société générale, aidée d'un "Conseil de la diversité" - créé en mars, selon un modèle éprouvé chez Total -, va défendre l'égalité hommes-femmes. Elle vise 40 % de femmes parmi les cadres en 2008, contre 35 % aujourd'hui.

"Notre but est de transformer la diversité, chez nous une réalité économique (la moitié des effectifs sont hors de France et 54 % des salariés sont des femmes), en levier pour le développement", explique Jocelyn Phelps, directeur de projets. L'un des moyens pour y parvenir passe par "la mobilisation de tous les talents", poursuit-elle : sur les 300 personnes qui forment le "vivier à très haut potentiel" de la banque, 22 % sont des femmes et 15 % des étrangers !

Cette démarche n'est pas isolée : de bonne ou de mauvaise grâce, cédant à la pression des pouvoirs publics ou à celle d'une opinion qui reconnaît aux entreprises des responsabilités sociales, toutes les banques se mettent à la diversité. Sofia Merlo, chargée de la gestion des carrières chez BNP Paribas, refuse d'y voir un effet de mode.

Il s'agit, pour elle, d'une politique d'avenir, fondée sur une "logique d'efficacité économique" : "La promotion de femmes et de non-Français dans l'encadrement supérieur constitue une vraie valeur ajoutée", estime Mme Merlo, précisant "que 60 % des effectifs se trouvent hors de France" . "La diversité, dit-elle, constitue un atout pour notre développement !"

Depuis deux ans, BNP Paribas a modifié ses méthodes de recrutement : les "recruteurs" reçoivent une formation antidiscrimination et, la nationalité des candidats à l'embauche n'est plus mentionnée.

Cette politique a porté ses fruits : la banque vient d'apprendre, le 4 juillet, qu'elle avait passé avec succès un contrôle antidiscrimination conduit par la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) sur plusieurs grandes entreprises. BNP Paribas, qui reçoit 180 000 candidatures par an, envisage d'adopter, en 2007, le curriculum vitae (CV) anonyme, mis en place avec succès par l'assureur Axa.

"CHANGEMENT DE MENTALITÉS"

Les banques mutualistes ne sont pas en reste. "Un Français sur deux étant client de la Caisse d'épargne, nous avons plus que tout autre la responsabilité de favoriser la diversité, dit Philippe Lesieur, à la direction des ressources humaines de l'Ecureuil. Nos clients doivent se reconnaître dans nos collaborateurs."

M. Lesieur veut "avancer vite, sur tous les fronts" : cette année, la priorité est au recrutement depersonnes handicapées (déjà 2 % des effectifs) et à la féminisation des cadres (30 % aujourd'hui). Quelque 250 000 euros par an, pendant trois ans, ont été débloqués pour réduire les écarts de rémunérations hommes-femmes.

"Il faut se réjouir de cette floraison d'initiatives, lancées avec dix ans de retard sur les banques britanniques. Elles augurent d'un changement des mentalités !", estime Alexandra Palt, chargée de la promotion de l'égalité à la Halde. La mobilisation des banques est d'autant plus appréciée, que celles-ci sont l'un des premiers employeurs privés, avec près de 40 000 embauches prévues chaque année d'ici à 2010.

Daniel Lebègue, président de l'Institut français des administrateurs et ancien directeur général de la Caisse des dépôts, veut accélérer le mouvement. Il va créer, en septembre, un groupe de travail sur la place des minorités visibles dans les conseils d'administration : "Il n'y a pas beaucoup de Zinédine, de Fatima ou d'Abou dans l'encadrement supérieur des entreprises du CAC 40 et a fortiori dans les conseils d'administration. Changeons les choses ! La diversité d'approches, de compétences et d'expériences profite aux entreprises."

Anne Michel
Article paru dans l'édition du 22.07.06

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