Elemiah, ange gardien de la diversité
LE MONDE | 22.09.06 | 14h32 • Mis à jour le 22.09.06 | 14h32
ous n'avons pas le temps d'attendre d'éventuels quotas." Yamina Benguigui a fait sien depuis longtemps le discours sur la discrimination positive. Mais cette fois, elle passe à l'action.
L'auteure et réalisatrice du Plafond de verre et de Mémoires d'immigrés lance une nouvelle société de production, en association avec le financier Marc Ladreit de Lacharrière, propriétaire de Fimalac.
Elemiah - "le nom de mon ange gardien", dit-elle - a un objet social précis : produire des films, téléfilms, documentaires, séries, sagas, écrits, dialogués, réalisés ou interprétés par des artistes français issus de l'immigration maghrébine et africaine. Une dimension "non pas communautaire, mais ethnique", assume sans fard la réalisatrice d'origine algérienne, qui insiste sur cette logique d'intégration de la diversité de la société française.
"Le public est prêt, mais les entreprises de médias n'y croient pas encore vraiment, se désole-t-elle. La télévision véhicule une France qui n'existe pas."
Elemiah se propose donc de "mettre à niveau" tous ces talents issus des cités qui ne trouvent pas de débouchés, souvent en raison de leurs origines, pour qu'ensuite, "ils deviennent simplement des professionnels reconnus, parmi d'autres, à qui les producteurs et les chaînes de télévision feront appel pour leur talent". Des jeunes artistes, dit-elle, la contactent régulièrement, "comme on jette une bouteille à la mer".
Marc Ladreit de Lacharrière, qui avait croisé Mme Benguigui dans les quartiers nord de Marseille, dans les années 1990, lorsqu'il s'occupait de la Fondation agir contre l'exclusion (FACE) de Martine Aubry, insiste lui-aussi sur "l'objectif humain de cette nouvelle entreprise : intégrer la diversité". Mais le financier prévient, il ne s'inscrit pas dans une démarche de mécénat : "Elemiah est destinée à faire du profit". Mme Benguigui insiste, elle, sur "le marché" que représente le public issu de l'immigration, pour les télévision mais aussi "pour les DVD" à destination "de gens qui ne vont pas au cinéma, mais qui regardent la télé".
Les deux associés ne dévoilent pas le montant des moyens financiers mis en oeuvre, mais ils seront "illimités", disent-ils. A peine créée, Elemiah a acquis les droits d'adaptation du livre de Maryse Condé, Moi Tituba, sorcière, qui raconte l'histoire d'une esclave antillaise et dont va être tirée une saga en trois épisodes pour France Télévisions. Un projet de long métrage est également en cours avec StudioCanal, ainsi qu'une série pour France 2, Aïcha, racontant le quotidien d'une fille de banlieue.
"On va mettre la qualité et les moyens ; les chaînes n'auront plus d'excuses", conclut Mme Benguigui.
Pascal Galinier
Article paru dans l'édition du 23.09.06
26 septembre 2006
Elemiah, ange gardien de la diversité
Libellés :
diversité,
entreprises,
immigration,
presse,
rh,
sports/arts
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire