«Des idées toutes faites, genre banlieue=délinquance»
Deux jeunes de banlieue expliquent à «Libération» pourquoi ils n'apprécient pas Nicolas Sarkozy
Par Ludovic Blécher
LIBERATION.FR : Dimanche 3 septembre 2006 - 16:57
Smaïn, demandeur d’emploi (Nanterre)
Ce qui dérange chez Sarkozy, c’est «d’abord le style», dit Smaïn, un demandeur d’emploi de 27 ans. «Trop dur, trop sec, trop sûr de lui avec des idées toutes faites genre banlieue=délinquance», le personnage agace ce jeune de Nanterre qui attend un peu plus de «respect de la part d’un homme politique». Mais au delà des mots, Smaïn dénonce l’absence de bilan d’un homme qui «veut convaincre, à tort, qu’il est différent». «Il est comme les autres. Il fait peut-être des discours plus percutant mais ça fait dix ans que rien n’évolue en banlieue». Titulaire d’un BTS d’assistance technique d’ingénieur, Smaïn n’a jamais trouvé de travail dans son domaine. «A cause des discriminations à l’embauche», précise-t-il. «C’est à ça qu’il faut s’attaquer en priorité plutôt que de demander aux commissariats de faire des chiffres, estime Smaïn. Le vrai malaise ses banlieues vient surtout des difficultés pour trouver du travail. On attendait de Sarkozy qu’il règle les problèmes de discrimination à l’embauche avec la même fermeté que les problèmes de délinquance». Et Smaïn se dit en recomptant «la tonne de CV» qu’il a envoyé pour rien, qu’en la matière le Sarko show ne lui a pas été d’une grande utilité.
Barhim, 23 ans (Bondy).
«Un mec qui est incapable de se remettre en question», ça n’inspire pas confiance à Barhim, 23 ans, étudiant en licence d’administration économique et sociale qui vit dans une cité de Bondy (Seine-Saint-Denis). «Monter au créneau, balancer des petites phrases, il sait faire, constate-t-il. Mais écouter les autres, adapter ses idées à la situation» et corriger le tir «après avoir balancé des mots qui choquent comme Karcher et racailles c’est au dessus de ses forces». De Sarkozy il dresse le portrait suivant: «Un type borné qui vend sa politique comme on vend un produit au lieu de chercher des réponses aux problèmes des quartiers». Selon Brahim, chacune des sorties du ministre de l’Intérieur en banlieue prouvent qu’il est avant tout en campagne d’images. «Arriver entouré de 50 policiers pour montrer devant les caméras qu’on a pas peur des jeunes de cité, c’est facile, estime Brahim. Mais c’est de l’affichage électoral, pas de l’action politique».
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